Cloîtrée dans sa chambre, c’est sur l’insistance de sa mère qu’Archana s’est finalement montrée à nous quand nous sommes partis à sa rencontre, mardi, à Plaine-Magnien. Notre présence la gêne tellement qu’elle évite de nous regarder. Elle nous dit bonjour avant de s’empresser de regagner sa chambre. Sa réaction est compréhensible, vu son état physique. La maladie l’a rendue méconnaissable.
Obèse, elle a le visage anormalement gros et la peau très foncée. Pourtant, petite fille, elle était de teint clair.
Le calvaire d’Archana commence alors qu’elle a cinq ans. Ses parents décident de l’emmener à l’hôpital Nehru, à Rose-Belle, en constatant qu’elle brunissait étrangement. Ils ne comprenaient pas non plus comment une enfant de son âge pouvait prendre autant de poids en si peu de temps. Au début, ils croyaient que son surpoids était héréditaire. La fillette est hospitalisée à plusieurs reprises et subira divers tests dix ans durant mais sa maladie n’a jamais été diagnostiquée.
Les médecins impuissants
Face à son cas, les médecins demeurent perplexes, ne parvenant pas à définir la source de ses problèmes de poids et de peau. Tant et si bien qu’un de ces praticiens finira par s’irriter par les nombreuses visites de sa maman, Aussoo Bibi, à l’hôpital. Il lui dira : «Mo fine fatiguer cause avec ou ! Ou pas comprend narien. Sak fois ou pou vine l’hôpital ! Ou bizin koné ki ou pé donne ou tifi manger pou li vine coumsa !»
Les remarques du médecin ne décourageront nullement la maman et encore moins le père d’Archana. Ils insistent qu’ils doivent savoir la cause de ce mal.
Leur fille est découragée à force d’être hospitalisée sans savoir pourquoi. Au fur et à mesure qu’elle grandit, elle refuse d’aller à l’école et évite de sortir. Après avoir fréquenté une école prévocationnelle pendant trois ans, elle est maintenant en Form I dans un collège privé. Ses parents la poussent à fréquenter l’école pour qu’elle se fasse des amis car ils ne supportent pas l’idée qu’elle se renferme davantage sur elle-même. Archana refuse même d’aller chez des proches afin d’éviter d’être l’objet de curiosité des gens et les questions gênantes. Elle en a marre d’expliquer qu’elle est ainsi parce qu’elle est malade et non parce qu’elle se gave de nourriture. Pour fuir ces désagréments, elle ne sort donc jamais.
Inopérable à Maurice
L’an passé, un examen CT Scan effectué à l’hôpital SSR a révélé que l’adolescente avait une tumeur au cerveau. Son médecin traitant devait finalement avouer aux parents qu’un tel cas est inopérable à Maurice.
C’est à partir de là que la famille a entamé des démarches auprès du ministère de la Santé pour que leur fille soit opérée en Inde. Le ministère financera l’intervention à hauteur de Rs 200 000. Pour trouver les Rs 200 000 restantes, nécessaires à cette intervention délicate, ses parents entreprennent actuellement une quête.
Ce qui n’est guère évident pour sa mère en raison de l’attitude, déplorable, de certaines personnes. Ainsi, elle a été brutalement congédiée par un habitant de Chemin-Grenier. Idem dans un temple du Sud où un religieux l’a vertement chassée, lui affirmant qu’elle n’avait pas le droit de collecter de l’argent dans l’enceinte du temple. «J’ai compris qu’il ne voulait pas que les dévots versent de l’argent dans ma boîte au détriment de sa caisse. Pour un homme religieux, il a été particulièrement insensible au cas d’Archana», dénonce Aussoo Simrick. Elle n’a à ce jour recueilli que Rs 4 000 et elle est autorisée à quêter jusqu’au 4 septembre.
Si vous voulez aider Archana à retrouver le sourire, contactez ses parents sur le 739 2130. Son numéro de compte est le 282 885 943 (MCB).