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Samedi à Cité Mangalkhan : ils piétinent leur ami à mort pour une vieille bagarre
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Irshaad Olitte
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By Irshaad Olitte
Published on 2nd August, 2008
 
Jean-Marc Cotte, le carreleur, a été torturé à mort dans la nuit de samedi à dimanche sans qu’un voisin ne lève le petit doigt pour venir à son secours. Ivres, ses quatre «amis» l’ont tabassé et piétiné.
 

 
Le crime est si atroce qu’il laisse sans voix. A la Cité Mangalkhan, Floréal, les habitants ne cessent de se présenter au no L15 pour présenter leurs condoléances aux parents de Jean-Marc Cotte. Ce carreleur de 38 ans a été battu à mort sur le terrain de foot de la localité dans la nuit de samedi à dimanche dernier.

Prostrée dans le salon, Véronique, la sœur cadette de la victime, la trentaine, ne comprend pas ce drame qui frappe la famille de plein fouet. Installée en France, elle était venue à Maurice pour des vacances pépères, voilà qu’elle est en plein dans un scénario de guerre de gangs.

Jean-Marc n’avait pourtant rien d’un mafieux, et ses assassins non plus. Jean-Vincent Lacariate, 32 ans; Jean-François Silvano Rajaram, Jean-Lindley Michaël Myrtle et Stéphano Lajeunesse, tous âgés de 19 ans, étaient, avant d’être ses compagnons de beuverie, voisins et amis.

Véronique multiplie les théories quant à cet acte crapuleux. S’ils s’en sont pris à lui, se dit son frère Jean-François, c’est que Jean-Marc avait du succès auprès de la gent féminine. Il collectionnait les conquêtes. «Ce qui aurait rendu ses amis fous de jalousie car ils étaient des «losers», sans emploi fixe ou sans emploi du tout…»

Homme à femmes, ce célibataire croquait la vie à pleines dents, ne ratait pas un bal, sortait comme il n’est pas permis pour un homme de son âge et était dans le vent, soupire Véronique. Il est sorti samedi pour soi-disant faire des courses mais il n’est jamais revenu.

C’est là qu’il est tombé sur ses assassins. Loin des hypothèses de Jean-François et de Véronique, ils ont expliqué à la Major Crimes Investigation Team (MCIT) de Curepipe les motifs de leur tabassage à mort. C’est tout simplement à cause d’une vieille querelle datant de plus d’un an.

A l’époque, disent-ils, ils avaient organisé un «plan bwar» chez un ami commun. Jean-Marc, l’alcool lui étant monté à la tête, s’est bagarré avec la sœur de ce dernier et l’aurait même frappée.

Jean-François Silvano Rajaram, Jean-Vincent Lacariate et Jean-Lindley Michaël Myrtle.Ce samedi soir, au bar, Jean-Vincent Lacariate, Jean-François Silvano Rajaram, Jean-Lindley Michaël Myrtle et Stéphano Lajeunesse, complètement ivres, sont revenus sur l’incident. Jean-Marc n’aurait pas apprécié l’allusion et se serait disputé avec eux.

La discussion s’est envenimée après la fermeture de la taverne. Il est minuit passé. Ils le prennent à bras-le-corps, le déshabillent et lui tapent dessus. Le tirant par les pieds, ils le traînent sur plus de 300 mètres sur l’asphalte, en passant par trois ruelles.  Malgré les supplications et les cris de douleur de Jean-Marc, ils sont bien décidés à lui régler son compte. Les habitants qui l’entendent appeler au secours n’interviendront pas, se disant sans doute que c’est une bagarre d’ivrognes. Jean-Marc ne peut esquiver les coups. Ces compères le frappent à cousp de pied et de poing et tentent de lui jeter une brique à la figure. Ils sont tellement ivres qu’ils ne parviennent pas à la soulever. De guerre lasse, ils le piétineront à plusieurs.

«Ça kaliter batter la, zotte ine préfère touye li pou li pas dénonce zotte plitar», glisse un enquêteur. «Ça banne meurtriers là, nou ti conne zis zotte bon côté. Kan ti arive ça, nou ti pé doute banne lot dimounes, nou pas ti penser ki zot ça», pleure une parente de Jean-Marc.

C’est dimanche que des jeunes partant jouer au foot feront la macabre découverte. Méconnaissable, Jean-Marc gisait dans une mare de sang et son corps était marbré de coups. «Pas ti capav guetté mo dire ou! So lecorps ti éna rapé partou, lor so la gorge partou éna blessures et so la tête ine gagne tapé partou côté, c’est ène vrai cauchemar», confie l’un de ceux qui se trouvaient sur le lieu du drame.

L’équipe de l’inspecteur Seebaruth, des sergents Deewoo, Vincent et Bhurosah et du caporal Runglall sont vite remontés aux quatre assassins après une discrète enquête dans le voisinage. Ils ont été les derniers vus en compagnie de la victime, samedi.

Entre-temps, les conclusions de l’autopsie du Dr Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste, tombent. Jean-Marc est mort d’une hémorragie cérébrale causée par une fracture du crâne. La brique trouvée à ses côtés n’y est pour rien. Ses agresseurs lui ont sauté dessus à pieds joints.

En début d’après-midi, dimanche, Jean-Vincent Lacariate fut le premier embarqué par les enquêteurs. Après un interrogatoire serré, il livre ses complices et Jean-François Silvano Rajaram ainsi que Jean-Lindley Michaël Myrtle seront coincés.  Stéphano Lajeunesse, à l’origine de la bagarre mortelle, s’est constitué prisonnier. Tous quatre ont comparu devant le tribunal de Curepipe, lundi, pour assassinat.

Roland, le père de Jean-Marc, ne souhaite qu’une chose : «Zotte besoin pas gagne caution et reste en prison à vie ! C’est comme si des bêtes avaient tué mon fils. Le 13 octobre, il devait souffler ses trente-neuf bougies.»