Faire partir Amédée Darga
d’Enterprise Mauritius. Cela
semble être la mission assignée
par un trio de parlementaires
travaillistes composé de Suren Dayal,
Lormesh Bundhoo etYatin Varma. Dans
la foulée, ils ne se gênent pas pour
embarrasser leur collègue de parti Rajesh
Jeetah, à travers une salve de questions
pertinentes à l’Assemblée nationale.
Selon nos recoupements, la stratégie
est bien calculée. A quelques semaines de
l’expiration du contrat d’Amédée Darga,
les trois parlementaires intensifient leur
offensive contre le président d’Enterprise
Mauritius. Motif ? Ils ont eu vent d’une
éventualité de maintenir Amédée Darga
en poste après le 7 septembre 2008. Cette
éventualité ne pourrait être possible qu’à
travers un amendement à la Constitution
d’Enterprise Mauritius, à travers
l’assemblée générale. Cet amendement
aurait pour objectif d’enlever la
restriction du mandat d’un directeur qu’à
trois ans seulement.
Au fait de la situation au sein de
l’Enterprise Mauritius et muni des
documents confidentiels, le trio Dayal-
Bundhoo-Varma fait feu de tout bois sur
certaines décisions d’Amédée Darga. Et
avec une telle intensité que le ministre
Rajesh Jeetah a laissé des plumes à
l’Assemblée nationale. Cette démarche
ne plaît pas au ministre de l’Industrie et
du Commerce. Dos au mur, il n’a pu
cacher son irritation jusqu’à lancer : «
I
see a lot of fishy business going on. »Une
phrase lâchée au moment où Yatin Varma
déposait un document confidentiel sur la
table de l’Assemblée nationale. Plus
précisément une copie du procès-verbal
de la réunion du Conseil d’administration
d’Enterprise Mauritius, tenue le
vendredi 13 avril 2008. Cette remarque
n’a pas plu à Suren Dayal, l’auteur de
toutes les questions pièges sur Enterprise
Mauritius. D’ailleurs, il l’a fait savoir à
Rajesh Jeetah : « Je ne suis pas d’accord
avec le ministre quand il parle de
démarches louches. Nous ne faisons que
notre travail de parlementaires. » Ne
cachant pas sa colère concerant le fait que
des documents confidentiels sont en
circulation, le ministre a annoncé son
intention de mener une enquête : «
There
is one thing I am going to do. I am going
to conduct an inquiry to see what is
happening here. » . A une question de
Rajesh Bhagwan, le ministre Jeetah a
concédé avoir travaillé de concert avec
Amédée Darga dans le cadre des projets
pour la SADC.
Malgré que le Parlement entrera en
congé, ces trois parlementaires ne
comptent pas entrer en hibernation. Ils
suivront de très près les développements du côté d’Enterprise Mauritius. Amédée
Darga doit se méfier de Suren Dayal, très
redoutable dans le rôle de chasseur de
têtes. En 2006, à la suite d’une salve
d’attaques du même Dayal, Nirvan
Veerasamy avait préféré quitter son poste
comme Chief Executive d’Air Mauritius.
Induit en erreurTout laisse croire que le courant passe
mal entre l’Enterprise Mauritius et le
ministère de tutelle. Pour preuve, Rajesh
Jeetah a été induit en erreur par un
membre du personnel d’Enterprise
Mauritius. En conséquent, la semaine
dernière, le ministre a induit l’Assemblée
nationale en erreur. Mitraillé de questions
par le trio Dayal-Bundhoo-Varma, le
ministre a affirmé qu’il n’exerce aucun
contrôle sur le Conseil d’administration
d’Enterprise Mauritius étant donné que
les représentants du gouvernement n’y
sont pas en majorité. «
I do not hold any
control on the Board because, as I said,
Government does not have a majority on
the Board. », répond-il. En vérité, le
gouvernement est en majorité au sein du
Conseil d’administration. La parité est
comme suit : quatre représentants du
gouvernement –Amédée Darga, Zeenat
Gulbar, Vailamah Pareeatambee et Jean
Suzanne – contre trois du secteur privé,
Ahmed Parker, François de Grivel et Arif
Currimjee. Cette semaine, Suren Dayal a
attiré l’attention du ministre sur le fait
qu’il a été induit en erreur.
Conséquemment, Rajesh Jeetah a
annoncé qu’il prendra des actions : «
I will
not accept being misled and I will not
accept that Government is being misled.»
Amédée Darga :
«J’ai le soutien des
directeurs»Interrogé par
Le Défi-Plus, Amédée Darga, le président du Conseil
d’administration, affirme qu’il a le soutien des directeurs. «Ce sont des personnes
crédibles qui prennent des décisions en connaissance de cause. Le Conseil
d’administration est déterminé à assurer la bonne performance de cette institution»,
précise-t-il.
Au sujet de l’offensive des parlementaires du PTr contre lui, Amédée Darga dit
ne pas vouloir «
impute motive à des honorables membres. » Tout de même, il a
l’impression qu’ils font le jeu « des gens qui ont détruit une institution comme la
MIDA. » Il voit dans la présente situation une répétition de ce qui s’est passé à la
MIDA : «Après avoir paralysé laMIDA pendant trois ans, ils cherchent d’avoir le
même effet par le biais d’autres moyens.»
Sévère avertissement au CEOLe 25 juillet 2008, le Conseil d'administration d'Enterprise Mauritius a pris la
décision de donner un sévère avertissement au Chief Executive Officer, Prakash
Beeharry. Le Conseil d'administration lui reproche d'avoir engagé l'institution
dans l'achat d'une voiture de Rs 3,1 millions sans avoir eu son approbation. Le
ler avril 2008, le Conseil d'administration a refusé d'approuver le paiement de
la nouvelle voiture, une Mercedes E 200, acquise en février 2008.
Cette haute instance lui a même ordonné de retourner cette grosse cylindrée au
concessionnaire. Mais fort de l'aval du gouvernement, le CEO ne l'entend pas
de cette oreille. «
Government has no objection to an official car being
purchased by Enterprise Mauritius in favour of its Chief Executive Officer in
accordance with the provisions prevailing in the public sector. », informe le Chef
du Cabinet du ministère de l'Industrie et du Commerce.
D'autre part, bientôt, le Conseil d'administration pourra se pencher sur les
dépenses encourues par les dommages commis à cette voiture lors des
accidents dans lesquels elle est impliquée.
En bref- Pour l’année financière
2008/09, le gouvernement a fait
une provision budgétaire de Rs
40 millions pour Enterprise
Mauritius.
- Sa structure d’actionnariat est
comme suit : le gouvernement y
détient Rs 79 782 000 d’actions
contre Rs 100 000 à la Chambre
du Commerce et d’Industrie, Rs
100 000 à la Mauritius Export
Association et Rs 100 000 au Joint
Economic Council.
- L’organisme compte 51
employés, dont 36 sur contrats.
Dans le cadre de la
restructuration, les contrats ne
sont pas renouvelés aumoment
de l’expiration.