Dix jours viennent de s’écouler, et toujours pas de Sada Curpen à l’horizon. Agé de 33 ans, cet habitant du complexe NHDC de Lower Vallée-des-Prêtres est recherché depuis le mercredi 23 juillet. Soit après l’interpellation, pour l’importation de Rs 22 millions de Subutex, de Cindy Legallant, nutritionniste de 31 ans, qui revenait de Paris.

Dans un communiqué, jeudi, le Commissaire de Police Dhun Iswur Rampersad rappelle au public que le recel de malfaiteur (‘harbouring criminal’) est un délit passible d’une amende de Rs 100 000, et d’une peine de prison ne dépassant pas cinq ans en vertu de l’article 329 du Code pénal et de l’article 29(1)a de la Dangerous Drugs Act.

Malgré cette débauche demoyens – la police fait circuler une photo du fugitif avec un coucher du soleil en arrière-plan – ce n’est pas pour autant que Sada Curpen sera retrouvé. Il y a deux mois, c’est après 86 six jours qu’elle a mis la main sur Asraf Mohamed-Ali, le nouveau baron du «Brown Sugar», 34 ans.

Asraf Mohamed-Ali, mouillé et blanchi dans deux grosses affaires de drogue, avait réussi à prendre la poudre d’escampette lors d’une opération de «controlled delivery» à Bain-des-Dames. Le colis d’héroïne,d’une valeur de Rs 15 millions, avait été importé par un Américain, le 30 mars. Le baronn’a été arrêté que le 23 juin par une équipe du surintendant Dev Ramasawmy, à Rose-Hill.

Des policiers complices
Les deux affaires ont des similitudes – ces deux trafiquants ne manquent pas d’argent – les enquêteurs travaillent sur les réseaux de soutien sur lesquels Sada Curpen peut compter pour vivre dans la clandestinité. Les services de renseignements passent au crible ses nombreuses relations, au sein de la police et des trafiquants de drogue. Un «screening» de son cercle intime a été effectué depuis une semaine, après réception d’une lettre anonyme détaillant l’organigramme du réseau Curpen et qui indique qu’au moins deux policiers lui seraient proches.

L’un d’eux était affecté au sein d’une unité spéciale de labrigade anti drogue. Il a été renvoyé dans une unité qui ressemble plus à une voie de garage. Le second oeuvrait jusqu’à peu dans une unité spéciale de la brigade criminelle. Ses activités «après l’heure travaye» ont poussé ses supérieurs à le muter.

Un habitant du Nord est décrit comme le comptable de Sada. Son rôle serait de blanchir l’argent récolté de la vente de Subutex et de le convertir en euros. Les millions de la vente de ce psychotrope trouveraient aussi les pistes du Champ-de- Mars, lieu idéal pour un lessivage de cet argent sale.

Une surveillance accrue
Outre les noms de dealers, dont des «bouncers» notoires des faubourgs de Port- Louis, celle d’une famille impliquée dans le trafic du «Brown Sugar» figure sur ce document. L’Adsué pie leurs moindres faits et gestes depuis que Sada Curpen s’est évanoui dans la nature.

Le littoral fait aussi l’objet d’une surveillance accrue, afin qu’il ne lui prenne l’envie de gagner la Grande île. Madagascar est, pour tout criminel en fuite, l’endroit rêvé pour se fondre parmi la population, avant de disparaître ailleurs sous une fausse identité.

Sada Curpen a toutes les raisons de se tenir tranquille, étant en liberté conditionnelle pour possession de Rs 3,5 millions de Subutex, le 10 août 2006. Le 8 juin 2007, la Cour intermédiaire le condamne à 18 mois de prison pour ce délit. Il était en attente de son appel. Depuis l’interception de Cindy Legallant
à l’aéroport, l’Adsu de Plaine-Verte a de bonnes raisons de le considérer comme le cerveau du trafic de Subutex sur l’axe Paris-Plaisance. D’ailleurs, la passeuse et le videur Bernard Joly, 26 ans,venu récupérer les comprimés sur le parking de Jumbo, à Riche-Terre, l’ont dénoncé comme étant le cerveau de l’affaire.

Ce qui rend furieuse la brigade anti drogue, c’est que Sada Curpen a toujours obtenu des dérogations (‘waivers’) pour se rendre en France, malgré ses avis défavorables et ceux du Parquet.

Sada Curpen bénéficie d’un permis de séjour français. Sa mère, Bibi Latifah, est installée dans l’Hexagone comme garde malade – elle vient d’hériter d’une propriété de Rs 260 millions ! C’est du reste en France qu’il a négocié les 22 755 comprimés de Subutex. Il y a fait un saut le 24 juin avant de rentrer à Maurice le11 juillet.

Cindy Legallant, elle, a précisé que c’est la quatrième fois qu’elle faisait la mule pour le cerveau, en contre partie d’une commission de Rs 1,5million.

Toutefois, même si Sada Curpen était pris, il ne risquerait pas plus de cinq ans de prison, la loi ne faisant nullement référence au trafic de Subutex.

Dérivé de l’opium, le Subutex est considéré comme un médicament de substitution à l’héroïne en France. Il fait fureur auprès des junkies locaux qui se le shootent. «On ne peut le mélanger. Il fait des ravages et peut provoquer des overdoses», déplore Imran Dhanoo, président du Centre de désintoxication Idrice Goomany, à Plaine-Verte.

Rama Valayden : «Je ne suis pas intervenu»
Le ministre de la Justice et des Droits humains, Rama Valayden, se défend de toute interférence. Il ne serait pas intervenu auprès de la brigade anti drogue qui tendait un piège à Sada Curpen. S’il a appelé l’unité anti drogue, ce 23 juillet, dit-il, c’est bien après que Cindy Legallant l’eut balancé. «Si j’ai passé ce coup de fil, c’est parce que le père de Bernard Joly, le videur, est venu à mon bureau, se plaignant de n’avoir aucune nouvelle de son fils embarqué par l’Adsu des heures plus tôt». Il se défend : «C’est une rumeur infondée ! On me fait le même procès d’intention comme pour le hold-up de la MCB et dans l’affaire Sabapathee». Le ministre Valayden déplore, par la même occasion, que l’Adsu n’ait pas été prompte à perquisitionner le domicile de Sada Curpen dès qu’il fut impliqué par Cindy Legallant. Interrogé sur ses relations avec sa famille, il répond : «Je connais beaucoup de monde, et je sais quelles sont leurs activités. La police ti bizin clair ki sane la pé fer interférence. Zot pé dire en dehors mwa ça.»

Lazer : «Il avait le monopole du Subutex à Maurice»
Il ne pouvait dormir sur ses lauriers avec l’affaire Sada Curpen. Ally Lazer reprend son bâton de pèlerin et lance des piques aux autorités. Il veut savoir du PM et du Commissaire de Police le nom de la personnalité qui a appelé les enquêteurs de l’Adsu alors qu’ils étaient en pleine opération de livraison contrôlée après l’arrestation de Cindy Legallant et de Bernard Joly. Il veut aussi comprendre comment un homme soupçonné de trafic de Subutex a-t-il pu voyager aussi librement. La police compte sur la collaboration de la police française pour savoir où il s’est procuré autant de comprimés qui ne sont délivrés que sur ordonnance dans l’Hexagone. «Il avait le monopole du trafic de Subutex à Maurice », affirmait le porte-parole de l’Association des travailleurs sociaux de l’île Maurice (ATSM) lors d’un point de presse, à Port-Louis, vendredi.