« Ils nous traitent comme des bêtes de somme », lance d'emblée Jean-Claude Munbodh. Cet homme de 53 ans a travaillé pour la Zambi Sugar Estate pendant moins d'un an. Mais, après s'être rendu compte de la situation précaire qui sévit là-bas, lui et son fils Bernard ont très vite compris qu'ils se sont fait avoir.

C'est à travers les journaux que Jean-Claude apprend qu'une entreprise zambienne est en train de recruter des Mauriciens. « J'ai tout de suite sauté sur l'occasion », explique-t-il. Il entame très vite les démarches auprès de l'entreprise Emineo, le prestataire de service. « Là-bas, ils m'ont rassuré que les conditions de travail étaient très encourageantes et que je n'avais aucun souci à me faire », indique Jean-Claude Munbodh.
C'est ainsi qu'au mois de novembre 2007, père et fils mettent le cap sur Zambie. Mais, une fois sur ces terres australes, ils se sont très vite aperçus que c'était l'enfer. « Les superviseurs nous traitaient comme des moins que rien. Ils sont toujours en train de nous taper dessus. Nous n'avons même pas droit à des jours de congé. Nous travaillons sept jours sur sept et, ce, dix heures par jour », s'indigne-t-il. Sans compter que certains droits ne sont pas respectés. «
Ou pas gagne droit malade. Si ou pas lor chantier grand-matin, missié la vine lev ou ar zouré », ajoute-t-il.
Contrat pas honoréDe plus, allègue-t-il, l’hygiène laisse beaucoup à désirer. « Je ne vous parle pas des toilettes, ni des salles de bains qui se trouvent à des kilomètres des dortoirs », se plaint-il. Le pire, raconte-t-il, c'est que l'entreprise n'a même pas honoré son contrat. « Je me souviens avoir signé un contrat d'une année avec eux. Cela aurait dû prendre fin en novembre 2008. Mais Joël Harel, le directeur d’Emineo, m'a fait comprendre au mois de juin, qu'on n'avait plus besoin de mes services et que je pouvais faire mes valises », allègue-t-il.
Jean-Claude Munbodh est donc parti sans préavis. De retour à Maurice, il a porté plainte contre Emineo au ministère du Travail. Ils sont quelques centaines de Mauriciens à travailler pour l'entreprise Zambie Sugar Estate. Ils sont tous logés dans des conteneurs, aménagés pour deux personnes. Plusieurs d’entre eux sont actuellement à Maurice. Nous les avons

contactés. Mais, comme ils appréhendent des représailles de la part du prestataire, ils n’ont pas voulu faire de commentaires. Mais tous ont confirmé que les conditions là-bas sont horribles. Et que, pour rien au monde, ils n'y retourneraient.
Contacté au téléphone, Joël Harel a confirmé les situations difficiles dans lesquelles travaillent ces Mauriciens. « En tant que prestataire de service, je ne peux nullement intervenir. J'ai reçu plusieurs doléances provenant des Mauriciens. Mais, c'est comme ça. Ils doivent faire avec. Travailler en Afrique, ce n'est pas du gâteau », a-t-il déclaré.