Elle est une habituée des pages du
Défi-Plus. Surtout celles mentionnant les cas d’allégations d’escroquerie. Mardi, la justice vient de lui accorder le bénéfice du doute dans une affaire mais une deuxième est prise sur le fond devant la cour de Port-Louis.
Dans les jours à venir, le Central CID devrait interpeller Marjorie Bazerque, directrice de l’agence Je T’Aime Marketing, dans le cadre de son enquête sur la fraude de Rs 11 millions mis au jour à la Barclays Bank. Il s’avère que la dame devait être l’un des bénéficiaires des Rs 8 millions qui allaient être virées du compte de la firme Blue Green.
Le compte de Marjorie Bazerque devait s’enrichir de Rs 5 millions, le reste de la somme devant aller à son complice. Elle devra donc expliquer aux enquêteurs de la Special Cell, dirigée par le surintendant Hemant Jangi, comment elle a fait pour que ce pactole tombe dans son escarcelle.
En attendant les explications de la quadragénaire de Palmar, les limiers détiennent Chandra Prakashsingh Dip, le fils d’un de leurs supérieurs, l’ACP Anil Kumar Dip. Le jeune homme de 23 ans serait le cerveau de cette vaste fraude. Il avait été dénoncé par un stagiaire et un employé de la Barclays appréhendés en début de semaine.
Trois faux transfertsLa fraude a été mise au jour lundi. Un directeur de la Barclays, Ziad Joomun, a rapporté au Central CID avoir découvert trois cas de fraude. D’abord, il y a le transfert de deux fois la somme de Rs 500 000, puis de Rs 3 millions, enfin un autre client allait être dépossédé de Rs 8 millions à l’aide d’une demande de virement fabriquée de toutes pièces.
Tout démarre durant le mois de juillet, explique le banquier. Un fax lui a été transmis pour verser deux montants de 500 000 sur le compte d’un particulier à une autre banque. Un deuxième faisait une requête similaire pour Rs 3 millions. Tout laissait croire que celle-ci émanait de la branche mauricienne de Diadeis, une firme française d’externalisation de gestion et de traitement de documents, installée à Victoria House, Port-Louis.
Les fax portant les signatures autorisées, ils ont suffi à leurrer ceux qui ont autorisé les trois opérations. La Barclays n’a flairé l’arnaque qu’après une troisième télécopie qui lui a été adressée au nom de la firme Blue Green. Cette entreprise de Tamarin est spécialisée en développement immobilier et dans l’exportation et l’importation d’équipements pour hôtels.
Les banquiers ont sourcillé en voyant que le virement portait sur Rs 8 millions, à fractionner en tranches de Rs 5 millions et Rs 3 millions.
Un simple coup de fil a suffi aux responsables pour éviter la terrible fraude. La machinerie de contrôle interne se met en branle et la fraude au préjudice de Diadeis éventée.
Seront mis directement en cause, le stagiaire Avinash Kona Yerkunowdu, 22 ans, recruté comme Sales Agent et Vishwananday Ramnaya, dit Rony, 23 ans, Customer Adviser. Cuisinés par les enquêteurs du Central CID, ces résidents de Dagotière et Rivière-des-Anguilles, ne tarderont pas à révéler le nom de leur «boss», Chandra Prakashsingh Dip.
Ce jeune homme avait été remercié par la Barclays à cause de certaines irrégularités. Il les avait instruits de mener à bien ces trois opérations en contrepartie des bénéfices sonnants et trébuchants. Le rôle de ses comparses consistait à copier les signatures des firmes engageant de grosses transactions et à autoriser les faux virements.
Fraude à grande échelle
Interpellé, le fils du haut gradé, employé dans un cabinet de services-conseils réputé, nie toute implication dans cette fraude. Son «ami», le taximan Mahmad Razick Aumeerally, de Grand-Bois, a été coffré pour vol. Les policiers lui reprochent d’avoir versé les Rs 2 millions de Diadeis sur ses comptes auprès de la State Bank et de la Mauritius Commercial Bank.
Le taximan nie farouchement avoir joué un rôle quelconque dans cette fraude. Il dit avoir demandé un prêt de Rs 200 000 auprès d’Avinash Yerkunowdu mais que ce dernier aurait autorisé un virement de Rs 2 millions à la place…
Mahmad Razick Aumeerally soutient avoir rendu Rs 1,8 million au jeune homme et avoir flambé le reste, soit Rs 200 000.
Les enquêteurs de la Special Cell, dirigée par le surintendant Suchitanund Lollbeeharry, attendent beaucoup de l’arrestation de Marjorie Bazerque. Son interrogatoire devrait permettre d’y voir plus clair dans cette nébuleuse affaire. La dame est une habituée des locaux du Central CID. On lui reproche notamment d’avoir émis maints chèques en bois. Elle est accusée d’avoir touché des milliers de roupies de divers clients pour des appartements en construction, alors qu’elle n’était même pas une intermédiaire. En mars dernier, elle avait aussi été dénoncée pour avoir promis à des gens de faire fructifier leur argent par 50 %.