Un policier a passé un sale quart d’heure entre les mains de quelques fidèles sortant de leur prière, mercredi. Il était sous l’influence de l’alcool et la voiture de police qu’il conduisait est entrée en collision avec deux autres véhicules. Il doit une fière chandelle aux dirigeants de la Jummah Mosque. Une scène filmée sur portable et disponible dans cet article.
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«Li pi larak». C’est ce qu’a lancé un fidèle à l’adresse du policier, visiblement sous l’influence de l’alcool, alors que ce dernier tentait de se frayer un chemin dans la foule hostile, massée aux abords de la Jummah Mosque. La scène de l’agression du policier Seenundun a été filmée sur un portable.
Mercredi, c’était la nuit de Mehraj (la nuit de l’ascension du prophète). Est prévue une dernière prière après le Namaz Eshaa. Vers 22 heures, une voiture de police, venant de la rue Louis Pasteur, débouche sur la rue Royale. Elle entre en collision avec un véhicule avant de finir sa course contre une voiture, garée près de la Jummah Mosque.
Au volant, le constable Vikash Seenundun, 36 ans, et son collègue de travail. Ils sont manifestement de service car ils portent l’uniforme de police. Les fidèles massés devant la Jummah Mosque s’approchent pour s’en-quérir de la situation. Le chauffeur du véhicule, pris de panique, tente de retirer son uniforme pour prendre la fuite. Mais il est vite rattrapé par des badauds, qui ont compris qu’il y avait quelque chose de louche.
L’agent qui était sur le siège passager a néanmoins réussi à s’enfuir, laissant son collègue seul aux mains de la foule. La situation dégénère car les personnes présentes se sont aperçues que le policier Seenundun était sous l’influence de l’alcool. Choquées, certaines ont voulu lui donner une correction. D’autant que le policier, selon un des témoins de la scène, « a tenu un langage ordurier ». Plusieurs fidèles se sont jetés sur lui et l’ont roué de coups. Vikash Seenundun a même été frappé à l’aide de casques de mo-tocycliste.
La scène a été filmée sur des portables. D’autres témoins ont pris des clichés. Dans l’un de ces mini-clips, on voit clairement le policier, entouré par des hommes de forte corpulence, vêtus d’une djellabah et portant le bonnet. Nous vous proposons un de ces mini clips ci-dessous.
« Mo fer dominère moi ? » Agacé par la tournure des événements, le constable Seenundun tente de dissimuler son visage pour échapper aux nombreuses caméras-portables. «Sa pou lor Internet», entend-on un témoin lui lancer. C’est le brouhaha. Un religieux s’amène alors, debout sur le caisson d’un véhicule. Il tente de ramener le calme. Le policier Seenundun, au milieu de la foule, est méconnaissable. Il fait des gestes avec ses mains et regarde dans toutes les directions. Il semble comme perdu.
«Tous bane bon mussali (ceux qui font le namaz) rentre dans masjid. À cause Allah, aller ! Banne qui en plus aller», hurlent des dirigeants de la mosquée à l’adresse de la foule. Cependant, celle-ci reste compacte. À l’inté-rieur de la mosquée, la prière se poursuit. Subitement, les esprits s’échauffent. On peut entendre le policier demander à la foule : «Mo faire dominère are l… moi ?»
Le flic tente à ce moment-là de s’en prendre à un membre de la foule qui réplique : «To habitié faire dominère are l… même». Vikash Seenundun évite une deuxième raclée de justesse. «Pas batte li», lance une voix. L’uniforme du policier est déboutonné. On peut voir son torse nu. «Ene la police sa ? Li pi larak», dit un jeune homme.
Puis, sur le clip, on peut entendre une conversation téléphonique. «To kapave desanne vite Shakeel. Bel beser kot masjid la». Par la suite, plusieurs personnes viennent calmer les esprits, dont le président de la Jummah Mosque, Nisar Ramtoola, le député Shakeel Mohamed et le conseiller Salim Abass Mamode.
Le policier est ensuite conduit au poste de police de Trou-Fanfaron, où l’alcooltest s’avèrea positif.
Interrogations des policiers Les policiers de Trou-Fanfaron, qui mènent l’enquête, veulent comprendre comment une fourgonnette de la police de Pailles s’est retrouvée dans la région de Port-Louis Nord. Certaines sources dignes de foi expliquent que le policier testé positif avait été déposer le sergent Kissondoyal, chez lui à Roche-Bois. Le constable Seenundun était passé à la rue Desforges pour acheter des cigarettes, du pain et des gato piments. Quant au policier qui était dans le véhicule au moment de l’accident et qui a pris la fuite, il s’agit du constable Nagawa.
Des policiers adeptes de Bacchus, ce n’est pas une nouveauté. «Tous les policiers ne sont pas des ivrognes. Il est vrai que certains boivent durant leur service, surtout lorsqu’ils sont de service de nuit. C’est interdit. Je ne les excuse pas. Cependant, c’est un job difficile et ce ne sont que des humains», explique un haut-gradé.
Ce qui étonne le plus dans cette histoire, c’est que les policiers impliqués dans cet incident ont été simplement mutés à la SMF. Les procédures veulent que les dépo-sitions des policiers soient consignées avant qu’une plainte ne soit logée contre eux en Cour. Même s’ils sont reconnus coupables et qu’ils ont un casier vierge, ils seront sans doute mis à l’amende, sans risquer de perdre leur emploi.
Toutefois, la sentence reste à jamais inscrite à leur dossier. Et cela jouera contre toute possibilité de promotion. Sollicité pour un commentaire a ce sujet, un haut-gradé de la police nous a fait la déclaration suivante : «C’est une affaire interne à la police. »