Leur vie ne tient qu'aux fils d'une guitare. Leur rythme se rattache au son agité du cuivre. Pour eux, bonne musique rime avec voix suave. Composition à thèmes, la musique doit rester engagée quoi qu'il advienne. Ils sont fans d'une musique où les préjugés sont monstres. Une musique qui, constamment, fâche. Pourtant, elle est perçue comme légendaire dans les quatre coins du monde.

Ce n'est un secret pour personne qu'à Maurice le cliché musical réprime. Le commercial est roi. Alors, certains décident de réfracter. Ils ne se laissent point berner par le mainstream, ne glorifient pas l'elektro et n'adhèrent pas au réchauffé. Skeptical, Feedback, Transpoz,  des formations qui représentent une culture qui met en évidence les contrastes et les ambiguïtés qui traversent un monde post-moderne. Ils veulent faire du rock une musique de toutes les langues, de tous les instants. Une musique qui transcende.

Si ça ne tenait qu'au groupe Skeptical, l'hymne national se conjuguerait aujourd'hui sur l'air du rock. Une sonorité qu'ils comparent à un fleuve dans lequel découlent des notes de diverses influences. «Le rock ne connaît aucune limite», lance Dorian, 21ans, membre des Skeptical. Adepte de rock, il ne se montre guère tendre envers la tecktonik, une mouvance qu'il compare à un tube de dentifrice. «Uniquement pour le marketing», lâche-t-il. Ils n'approuvent pas le copy/paste, mais veulent prôner une musique responsable et avertie. Ils ont ainsi recours au rock pour mener cette mission à bon port. Ils ne se laisseront donc pas porter par le courant commercial. Pour eux, il n'y a aucun doute, le rock n'a jamais capitulé devant quoi que soit. «Cette musique n'a encore rien perdu de sa superbe, ni de son courroux, elle est bel et bien omniprésente; ceux qui vénèrent cette musique savent quoi faire pour la trouver», indique Joël, le chanteur du groupe.

Ils manifestent leur musique loin du tapis rouge. Le vrai rock ne se chante pas n'importe où. Mais dans des sites qui traduisent le mythique et le culte, histoire de donner libre cours à l'alchimie. «Les connaisseurs savent de quoi on parle», disent-ils sur un ton espiègle.

Faute de mieux, leur musique peine à se déployer. Elle se fait de plus
en plus rare sur le hertz. Alors pour qu'elle circule, le rock Made in Mauritius se fait entendre en petit comité. «La demande pour le rock sur le marché local est là, encore faut-il être capable de réunir le cash pour répondre à ce manque», expliquent-ils.

Éradiquer les préjugés qui font de l'ombre au rock. Faire comprendre aux gens que cet art n'exalte pas le satanique. Humanoïd, une génération qui a pour mission de réorienter une musique malade. Ils ne sont en aucun cas des fidèles du «dirty rock», mais d'une acoustique qui encense le positif. Ils blâment les faux qui ont pendant longtemps associé le rock aux déboires. «Notre musique vise à dissocier le mal du rock. Car, aussi étrange que cela puisse paraître, le rock peut également aider à éveiller les consciences», souligne Siro, le chanteur du groupe.

Le groupe Humanoïd.Hymne socialiste
Leur chanson 'Kill The Monkeys' est un hymne socialiste. «Il est grand temps que les disparités entre pauvres et riches s'effacent», disent-ils avec conviction.

Lors de leurs différents passages sur scène, ils disent avoir étonné leur audience. «Nous nous sommes rendus compte que le public revendique cette musique, c'est juste que les Mauriciens  n'y ont pas accès», indique Siro.

C'est à ce stade que Rock Society décide d'intervenir. Une forteresse musicale regroupant des formations de différentes régions de l'île. Ils envisagent de faire campagne pour leur musique. Une série de concerts est à prévoir. Une intention qui force l'admiration. Où le rock s'entendra à merveille avec le vertueux. Rien à voir avec le Sexe, Drogue and Rock 'n' Roll.

Il ne cesse de séduire. Fait toujours autant parler de lui. Ne cesse de créer sensation. Rock is dead ? Alors là, jamais, car ses apôtres ne meurent jamais. Si l'ère Sex, Drogue and Rock 'n' Roll semble peu à peu s'éteindre, sa résonnance carillonne toujours. Sauf que le rock Made in Mauritius prend une toute nouvelle dimension. Mais dans l'ensemble, ses pulsions sont toujours aussi palpitantes. La génération Bono, Kurt Cobain, Bob Dylan peut dormir tranquille. C'est dur de casser du rock...