La tranche réservée à la Private Notice Question a été chaude.
La tranche réservée à la Private Notice Question a été chaude. Et le leader de l’Opposition a fait montre d’une agressivité inhabituelle en bombardant le Premier ministre de questions au sujet d’une ingérence alléguée du ministre de la Justice auprès de la Brigade antidrogue. Rama Valayden a passé un coup de fil à un membre de cette unité, le 23 juillet 2008, après l’arrestation de Cindy Legallant avec 21 577 comprimés de Subutex à l’aéroport.

Paul Bérenger a d’abord voulu savoir pour quelles raisons le gouvernement n’a pas pris des mesures pour lutter contre la prolifération du Subutex à Maurice. Réponse cinglante du Premier ministre : «Pourquoi le gouvernement MSM/MMM ne l’a-t-il pas fait en 2000 ? »

Le leader de l’Opposition, nullement désarçonné par la réponse de Navin Ramgoolam, demande si la police a initié une enquête sur les allégations faites à l’encontre de quatre policiers, dont «les noms sont mentionnés dans un document ». Puis, Paul Bérenger a fait une série d’allégations. D’abord, il a souligné que l’un des policiers mentionnés s’était fait agresser en 2007. Les gens ont pensé que c’était parce qu’il appartenait à l’équipe de feu Prem Raddhoa qu’il avait été battu. Or, selon Paul Bérenger, l’agression est liée au trafic du Subutex.

Le leader de l’Opposition a aussi allégué qu’une voiture de la police a même été utilisée pour la distribution de cette drogue. Il a affirmé qu’un autre policier a été filmé en compagnie de Sada Curpen, au cours d’un incident au casino de Caudan. Il est allé jusqu’à affirmer que ces quatre policiers montrent des signes extérieurs de richesse qui ne correspondent pas à leurs revenus mensuels. Enfin, Paul Bérenger a pointé du doigt un « moneychanger qui blanchit chaque semaine de l’argent » et un bookmaker « dont le nom a été cité dans un réseau de paris illégaux».

L’arrestation de Sada Curpen
Mais, Navin Ramgoolam a du répondant : «Avant même que je fasse une demande en ce sens, le Commissaire de Police avait déjà initié une enquête sur toute cette affaire. »  Le PM a ajouté qu’une enquête a aussi été instituée sur un policier qui avait arrêté Sada Curpen dans le passé.

Le leader de l’Opposition est aussi revenu sur l’arrestation de Sada Curpen en 2006 et sa libération sous caution. Il a rappelé qu’à une précédente interpellation de Jayen Cuttaree, Navin Ramgoolam avait déclaré qu’il allait initier une enquête. «Où en est cette enquête ?» s’est-il demandé.Navin Ramgoolam a souligné que le Directeur des Poursuites Publiques avait objecté à la remise en liberté de Sada Curpen. Mais la  Cour en avait décidé autrement. À une autre question de Paul Bérenger, le Premier ministre a indiqué que Sada Curpen a été condamné à 18 mois de prison et avait fait appel. Le tribunal avait décidé de lui accorder la liberté provisoire.

Les députés de la majorité ont protesté quand le leader de l’Opposition a voulu connaître la position de l’Attorney General sur cette affaire. «C’est le State Law Office que cela concerne et non l’Attorney General ! » martèle Navin Ramgoolam. Mais, Paul Bérenger ne s’avoue pas vaincu. «Le Parquet tombe aussi sous la responsabilité de l’Attorney General », réplique le leader du MMM.

Sur le gel des avoirs de Sada Curpen, Navin Ramgoolam a indiqué qu’il n’a pas de renseignements à ce sujet. Une réponse qui a étonné Paul Bérenger, qui a soulevé l’affaire de l’arrestation du steward français à l’aéroport avec une importante quantité de Subutex, ayant une valeur marchande de Rs 40 millions. «Existe-t-il un lien entre cette affaire et celle de Sada Curpen ? D’autant que cette arrestation a débouché sur l’arrestation de 24 personnes en France, dont 6 médecins et 12 pharmaciens », s’est-il demandé. Navin Ramgoolam a expliqué que grâce aux renseignements fournis par la police mauricienne que ces personnes ont été arrêtées en France.

L’appel de
Valayden

Paul Bérenger s’est, par la suite, intéressé à l’appel téléphonique de Rama Valayden à l’Adsu au moment même où il y avait une opération de «controlled delivery». «L’Attorney General n’a pas caché ces faits. J’ai, moi-même, recherché des explications de lui. C’est alors qu’il a remis sa lettre de démission car on avait questionné son intégrité », a déclaré Navin Ramgoolam.

Il a ajouté que, selon la version de l’Attorney General, il a été contacté par Bernard Joly qui craignait pour la sécurité de son fils, arrêté par la police. Officiellement pour un vol de motocyclette. «C’est en sa capacité de ministre responsable des Droits de l’homme que Rama Valayden a recherché des détails sur ce suspect auprès de la police. Il a donc eu une conversation avec l’ASP Lablanche, à qui il a laissé son numéro de téléphone. L’ASP Lablanche, qui ne connaissait rien à l’affaire, a alerté l’ACP Padiachy. Ce dernier a appelé Rama Valayden, qui a mis fin à la conversation dès qu’il a appris qu’il y avait une opération en cours. This has been confirmed by ACP Padiachy », a insisté Navin Ramgoolam.

Mais, ces explications étaient loin de suffire à Paul Bérenger. «Comment se fait-il qu’il a téléphoné à l’Adsu directement ?», s’est-il demandé. Le Premier ministre a alors expliqué que Bernanrd Joly savait que son fils avait été arrêté par des membres de l’Adsu, car la motocyclette volée appartenait à cette brigade.  Paul Bérenger a alors attiré l’attention du Premier ministre sur le fait que Bernard Joly est un employé de Sada Curpen. Il a même évoqué un salon de coiffure « qui sert de paravent à d’autres activités, connues de l’Attorney General». Navin Ramgoolam a maintenu qu’il s’agissait d’un père qui «recherchait des informations sur son fils » et que Rama Valayden n’a agi « que sur une base humanitaire ».

Paul Bérenger est loin d’être satisfait. Il insiste que Rama Valayden « aurait dû être révoqué». Mais, Navin Ramgoolam n’en démord pas : «Le leader de l’Opposition a la mémoire courte. Pourquoi n’a-t-il pas démissionné après avoir aidé financièrement Toorab Bissessur à quitter le pays ? »

Visiblement agacé, Paul Bérenger a argué qu’il a pris contact avec le Premier ministre. Mais qu’il n’y a pas eu de suivi par la suite. Ce n’est, dit-il, que sous Anerood Jugnauth que l’Escadron de la mort a été démantelé. Navin Ramgoolam a apporté un démenti aux propos de Paul Bérenger. « Il ne dit pas toute la vérité. Il y a eu un suivi », a-t-il souligné.

Paul Bérenger a demandé au Premier ministre de confirmer si un PPS a été en contact avec Cindy Legallant à Paris. Il veut savoir si la voiture, avec chauffeur, du PPS est même allée prendre Cindy Legallant à l’aéroport. « There is no evidence », a indiqué le Premier ministre.

Enfin, le Premier ministre a dit, à Alan Ganoo, qu’il n’était au courant si Cindy Legallant bénéficie d’un traitement VIP à l’aéroport SSR.

«Inacceptable et dangereux »
La PNQ s’est poursuivie à l’heure du déjeuner. Car le MMM et le MSM ont chacun tenu une conférence de presse pour tirer à boulets rouges sur Rama Valayden. «C’est inacceptable et dangereux ce que l’Attorney General a fait!» a déclaré Paul Bérenger. Ce dernier a même qualifié cet acte de « crime contre l’honneur du pays » et a demandé au Commissaire de Police de faire la lumière sur cette affaire en toute quiétude. «C’est une occasion pour lui de faire ses preuves », a-t-il précisé.

Le leader de l’Opposition a dit être d’avis que le Premier ministre a cédé devant son ministre de la Justice. «Au lieu de donner des explications, il a fait du chantage en soumettant sa lettre de démission », a soutenu Paul Bérenger avant de s’interroger sur « le secret liant Rama Valayden et Navin Ramgoolam». Le MSM, de son côté, a aussi réclamé la révocation de Rama Valayden. Nando Bodha, le chef de file du parti au Parlement, a souligné qu’il n’est pas satisfait des explications fournies par le Premier ministre lors de la PNQ. Selon lui, il reste encore plusieurs zones d’ombre à éclaircir.