C’est le 28 juillet que Vijay, habitant de La Tour Koënig, consigne une déposition au poste de police de l’hôpital Brown-Séquard. Et sa fille Reema a écrit au surintendant de l’hôpital pour dénoncer l’insécurité dans cet établissement psychiatrique.
«Il y a eu de graves négligences de la part des préposés», soutient Reema Hunnea. «Depuis l’agression, le 25 juillet, mon père n’avait reçu aucun soin. Ce n’est que le 28 juillet que le médecin a apposé huit points de suture pour coudre la blessure reçue à la joue gauche. Mon père est diabétique. Sa plaie aurait pu s’infecter», dénonce la fille.
Nous avons rencontré Vijay qui avait du mal à marcher. Petit de taille et mince, il portait une chemise et un short. Sa joue gauche était gonflée et au niveau du cou, il portait des traces de strangulation. Son épouse Brinda est révoltée. Elle est triste de le voir dans un tel état. En l’internant à l’hôpital Brown-Séquard, elle pensait vraiment qu’il irait mieux. «Or, c’est le contraire qui s’est produit. Il saigne toujours de la bouche et ses mains tremblent.» Brinda se dit très déçue et veut poursuivre le ministère de la Santé «pour négligence et insécurité».
De quoi souffrait donc Vijay ? Cet ancien peintre avait cessé de consommer de l’alcool depuis huit mois. Vijay souffre du diabète, de la goutte et de l’hypertension. Actuellement, il reçoit une allocation du ministère de Sécurité sociale. Hélas, sa mère décède soudainement au mois de mai et il sombre de nouveau dans l’alcool. Puis, il s’arrête. Le 23 juillet, il recommence à boire. Dans la nuit du 24 juillet, il tombe gravement malade et souffre d’hallucinations.
«Ce soir-là, Vijay criait, criait, et disait qu’il voyait des personnes qui marchaient devant lui», raconte son épouse. Immé-diatement, sa fille Reema demande l’assistance de la police. «Les policiers nous ont accompagnés jusqu’à l’hôpital Brown-Séquard où Vijay a été admis en salle C1», ajoute Brinda. Le lendemain, 25 juillet, elle rend visite à son époux qui allait nettement mieux.
Etranglé à l’aide d’un drap
Cependant, le 26 juillet, Brinda constate quelque chose d’anormal. Son mari est allongé sur le lit, replié sur lui-même. «J’ai constaté une situation anormale. Quand il s’est retourné, j’ai vu qu’il portait des blessures au visage. Il avait l’oeil, le nez et la joue gonflés», précise la quinquagénaire.
«Il avait des traces de strangulation au cou. Je me suis renseigné auprès des infirmiers. L’un d’eux m’a lancé que ce genre d’incident a déjà eu lieu et qu’un d’eux avait été agressé à l’arme blanche par un interne. J’étais stupéfaite par cette révélation et j’avais peur …», ajoute-t-elle.
Dans la nuit du 25 juillet, un interne dénommé «Agathe» aurait agressé Vijay, ainsi qu’un autre patient. Il les aurait tabassés tous deux. Les autres internes le qualifient de «dangereux». Cette nuit-là, Agathe aurait fermé la porte et aurait voulu se pendre. Voyant cela, Vijay est intervenu. Mal lui en a pris. Agathe se saisit du drap et tente de l’étrangler. Puis, il le roue de coups et lui saute sur le ventre à plusieurs reprises.
Il ne doit la vie sauve qu’aux autres internés et aux infirmiers accourus à son secours après avoir entendu ses cris de détresse. Agathe sera placé dans une autre salle, dans une cellule d’isolement où il restera enfermé. C’est à sa sortie d’hôpital, le lundi 28 juillet, que Vijay pourra consigner sa déposition.
C’est ce même jour qu’on lui apposera huit points de suture après avoir obtenu un document de «Form 58» pour faire soigner ses blessures. Vijay souffre énormément. Sa joue gauche reste gonflée et sa blessure continue à saigner. Il a du mal à manger et à marcher. Le 29 juillet, il s’est de nouveau rendu à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo pour se faire soigner mais son état ne s’est guère amélioré.
Du côté de la Santé, un premier rapport a été soumis au sujet de cet incident. Le document explique qu’après l’incident, le patient Agathe a été transféré dans une autre salle et que le patient Vijay a reçu les soins adéquats. Les deux patients seraient ensuite rentrés chez eux après que leur état se soit stabilisé. Toutefois, ils suivent toujours un traitement à Beau-Bassin. Par ailleurs, la police a ouvert une enquête sur cette affaire.