Les carottes sont cuites pour Sada Curpen, présumé cerveau du trafic de Subutex sur l’axe Paris-Plaisance. Ce médicament substitut de l’héroine n’est pas en vente libre à Maurice. Outre le fait que la nutritionniste Cindy Legallant, 31 ans, l’ait formellement identifié comme celui qui lui a demandé de faire la mule pour la quatrième fois, en introduisant 22 755 comprimés de Subutex (pour Rs 22,7 millions) à Maurice, une preuve de taille vient s’ajouter au dossier à charge.

Il est établi que Sada Curpen, 34 ans, a bien utilisé son cellulaire pour contacter la passeuse et le videur Bernard Joly, 26 ans, ce mercredi 23 juillet. L’appel venait bien du numéro 910-5582, un numéro que la rédaction du Défi-Plus et de L’Hebdo connaît bien pour l’avoir appelé à plusieurs reprises. Il était alors en conflit avec son «ami», l’avocat Samad Golamaully, à propos de la propriété d’un salon de coiffure situé face à l’immeuble Happy World, à Port-Louis.

Le relevé des appels reçus sur le cellulaire de Cindy Legallant corrobores ces déclarations aux policiers de la brigade antidrogue de Plaine-Verte. Le commanditaire aurait appelé sa passeuse une première fois pour lui demander de déposer le colis de Subutex à Port-Louis.

La deuxième fois, il l’informe qu’une tierce personne viendra prendre livraison du colis sur le parking de l’hypermarché Jumbo, à Riche-Terre. Passant au crible la carte SIM de Bernard Joly, les limiers de la police constatent qu’entre deux appels à Cindy Legallant, Sada Curpen a bel et bien appelé Bernard Joly...

Le fameux «colis»
L’homme nie toujours toute implication dans cette importation de 22 755 comprimés. Il lui sera difficile d’expliquer comment des appels ont été effectués de son téléphone sans qu’il n’en sache rien. Sada Curpen affirme avoir rencontré Cindy Legallant lors d’une soirée en boîte, sans plus.

Les relevés téléphoniques sont sans pitié. Ils démontrent qu’il a appelé Cindy Legallant, en France, la veille de son retour au pays. La jeune femme, quant à elle, affirme qu’il l’a appelée pour lui signaler qu’un contact allait venir déposer le colis de Subutex.

Cindy Legallant précise dans sa déposition que, peu avant d’embarquer pour Plaisance, un homme qui semblait Mauricien l’a approchée et lui a remis le fameux «colis». L’Adsu a contacté son homologue français pour solliciter son aide dans cette partie de l’enquête.

Si la transaction a bien eu lieu à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, l’Adsu aimerait bien voir la bande vidéo des caméras de surveillance. Elle pourra ainsi identifier l’intermédiaire présumé de Sada Curpen et étoffer son dossier à charge.

En attendant, les hommes de l’adjoint au Commissaire de Police Rampersad Sooroojbally vont réclamer un ordre d’un juge en Chambre pour passer au crible les appels de Sada Curpen. Il sera alors intéressant de savoir qui sont les contacts du « cerveau»…

Les
limiers de la Brigade antidrogue veulent savoir où le jeune homme a passé les derniers onze jours avant qu’il ne refasse surface, lundi matin, pour se constituer prisonnier, dûment accompagné de son avocat, Me Raouf Gulbul.

«French Connection»
Une reconstitution des faits a été organisée vendredi matin. Cindy Legallant, qui a retenu les services de Me Gavin Glover, donnera sa version des faits dans les prochains jours. Pour chaque «colis» introduit au pays, la «mule» touchait une commission de Rs 1,5 million. Un pactole qui lui était nécessaire pour éponger ses «dettes».

Le videur Bernard Joly, lui, a cessé toute collaboration avec la police après qu’il eut expliqué à la Brigade antidrogue que c’est Sada Curpen qui l’a envoyé à Riche-Terre récupérer le colis de Subutex. Il sera désormais entendu en présence de son avocat.

De son côté, le militant antidrogue Ally Lazer veille au grain. Il soutient que Sada Curpen est bien le cerveau de la « French Connection » concernant le trafic de Subutex. Il maintient que le colis de Rs 51 millions de Subutex saisi sur Christophe Caterino, un steward d’Air France, le 10 août 2007, lui était destiné.

Si la police a des doutes à ce sujet, elle n’a réuni aucune preuve. Le steward connaîtra sa sentence le 21 septembre. Il a toujours affirmé ignorer le nom du destinataire de son colis.

Au cœur du réseau
Sada Curpen, résidant au complexe NHDC de Lower Vallée-des-Prêtres, n’est pas inconnu des services de police. Il a été arrêté le 10 août 2006 en possession de Rs 3,5 millions de Subutex par les hommes de l’inspecteur Kailash Dussoye à Trou-aux-Biches. Il disposerait d’un vaste réseau pour écouler ce substitut de l’héroïne fort apprécié des junkies.
Des lettres anonymes dénoncent à la police les noms des divers protagonistes du réseau. Certains complices seraient des policiers !

Les sanctions n’ont pas tardé. L’un des agents, attaché à une unité spécialisée de la brigade criminelle, a été muté. Ses supérieurs lui reprochent ses liens de parenté avec Sada Curpen. Il serait un maillon fort du réseau de distribution après ses heures de travail !

L’autre policier dénoncé a été muté d’une unité de la brigade antidrogue vers une unité où les chefs regardent passer le temps en jouant à la pétanque…

Les lettres anonymes aux Casernes Centrales intéressent beaucoup la commission anticorruption car elles mentionnent un blanchiment d’argent. Un habitant du Nord serait le comptable de Curpen.

Son rôle consiste à lessiver les recettes issues de la vente du Subutex - Rs 1 000 l’unité - et à les convertir en euros. Les millions provenant de la vente de ce comprimé seraient aussi blanchis au Champ-de-Mars.

Outre les noms de gros bras notoires des faubourgs de Port-Louis, ceux d’une famille impliquée dans le trafic de «Brown Sugar» sont aussi cités. Placés sous surveillance policière, ils ne sauraient être arrêtés faute de preuves suffisantes. Rappelons que les peines de prison prévues pour ce juteux trafic de Subutex sont dérisoires, comparées à celles infligées pour le trafic de gandia.