«Rama Valayden n’a pas fait de cinéma. Il a été profondément blessé par deux tracts et les allégations de Paul Bérenger.» Cest la déclaration que nous a faite Asraf Ramdin, un de ses lieutenants, lundi soir au Plaza. Quelques instants avant que le leader du Mouvement Républicain (MR) annonce être revenu sur sa décision de soumettre sa démission comme ministre.
Asraf Ramdin avoue n’avoir jamais cru qu’un événement puisse casser les ressorts de son leader : « Je le connais comme un rouleau compresseur qui fonctionne à cent à l’heure. Il est sorti indemne de tous les ouragans. Ce qui m’a fait croire que rien ne peut freiner sa marche.» Depuis la semaine dernière, Asraf Ramdin s’est rendu compte que l’honneur compte beaucoup pour Rama Valayden : «D’abord, il y a eu un tract voulant faire croire que Rama protège Sada Curpen. Un deuxième tract tente de souiller la réputation du couple Valayden en alléguant que Taslima Valayden serait associée à Sada Curpen dans les courses hippiques. Trop, c’est trop ! Rama s’est senti blessé par cette campagne qui ne vise pas que le politicien mais également son épouse. »
Selon Asraf Ramdin, Paul Bérenger fait fausse route car Rama Valayden ne s’associe jamais aux trafiquants de drogue : «Il faut faire une différence entre trafiquant et toxicomane. En tant qu’avocat, il a toujours aidé les victimes du trafic de la drogue.»
Cependant, les tractations post-annonce de sa démission ouvrent une vanne de spéculations. Plus d’un se demande si Rama Valayden a soumis sa démission après avoir essuyé des critiques sévères du Premier ministre. Cette thèse est appuyée par les négociations qu’il a eues avec le vice-Premier ministre Rashid Beebeejaun. Un observateur voit les choses ainsi : «Quelque chose ne tourne pas rond. La décision d’un ministre de démissionner ne peut pas être le cadet des soucis d’un Premier ministre. A tel point qu’il demande à son numéro deux d’aller le convaincre de revenir sur sa décision. En tant que meneur d’hommes, il aurait convoqué son ministre pour le convaincre de revenir sur sa décision.
En réaction au MMM
Tout laisse croire qu’à un certain moment, la communication était brouillée entre le Premier ministre et le ministre de la Justice.» Cette thèse est également appuyée par des commentaires acerbes de certains proches collaborateurs de Rama Valayden, au Plaza, contre un haut gradé de la police. Perçu comme étant anti-Valayden, il est soupçonné d’envoyer au Premier ministre des rapports défavorables. D’autres sont convaincus que Rama Valayden a tenté avec succès un coup de poker. Sachant que le MMM et le MSM feront feu de tout bois à son endroit, le ministre de la Justice a rallié, en public, le soutien du gouvernement. D’ailleurs, mardi, à l’Assemblée nationale, Navin Ramgoolam l’a défendu bec et ongles.
Rama Valayden, lui, maintient n’avoir jamais eu maille à partir avec le Premier ministre. Sa décision de démissionner, explique-t-il, n’est motivée que par «la campagne de bassesse du MMM et surtout de Paul Bérenger contre lui». Samedi, lors d’une conférence de presse, Paul Bérenger a enfoncé davantage le clou en lui reprochant de n’avoir pas apporté des amendements à la Dangerous Drugs Act pour pouvoir épingler les trafiquants de Subutex. Malgré qu’un an de cela, le Premier ministre lui en a fait la demande. L’Attorney General se défend : «Mon bureau planche sur les amendements. D’ailleurs, une première mouture est prête. Je vais la présenter au Conseil des ministres avant de la rendre publique.»
Dans l’après-midi de lundi, le Bureau politique du MR et les activistes lui ont demandé de renoncer à sa décision. Devant ses partisans au Plaza, lundi soir, il annonce avoir le soutien du Premier ministre : «Navin Ramgoolam finn téléphone moi. Li finn dire moi to bizin dan Parlement dimé. Mo finn dire li mo pou vinn ziste pou 10 minutes, mo la tête fer mal. Li finn dire moi reste ziska fini, kan to manz are zot, to la tête pou arrête fer mal.» Par ailleurs, Rama Valayden a donné l’assurance à ses partisans de n’être pas de mèche avec Sada Curpen d’autant plus qu’il n’a aucun lien avec lui. Il tient à préciser qu’il connaît son frère et que son couturier à Curepipe est un Carpen. Il rassure ses partisans de n’avoir jamais été hébergé par Sada Curpen à Paris : «Quand je suis en mission à l’étranger, je ne séjourne que dans des hôtels.»
Ally Lazer : «Les autorités favorisent le commerce du Subutex»
Complicité en haut lieu dans le trafic du Subutex. Ally Lazer dit avoir toutes les raisons au monde d’entretenir ce soupçon car les autorités n’ont pas adhéré à la demande des travailleurs sociaux d’utiliser le Subutex comme un substitut à la drogue dure.
Pour le président de l’Association des travailleurs sociaux de Maurice, ce refus des autorités est révélateur. Il dit leur avoir fait comprendre qu’en utilisant le Subutex comme substitut, on fera d’une pierre deux coups. Vu son prix abordable, de nombreux toxicomanes pourront bénéficier d’une thérapie sous le protocole Subutex. De facto, ce service gratuit du gouvernement fermera les avenues du commerce illégal.
Par ailleurs, Ally Lazer dit avoir renseigné, à plusieurs reprises, l’ancien Commissaire de Police, sur l’approvisionnement du Subutex de la France. «Je lui ai même dévoilé le nom du cerveau, qui n’est autre que Sada Curpen et ceux de ses principaux distributeurs».
Ally Lazer dénonce les autorités pour avoir permis à Curpen de se rendre à l’étranger alors qu’il était sous caution. « Les autorités lui ont permis de s’enrichir davantage.»
Le Subutex, avance-t-il, est plus avantageux que la Méthadone. D’abord, le gouvernement peut l’acheter à Rs 7 l’unité. Alors qu’au marché noir, il est revendu à Rs 1 000. Et, il ne provoque pas d’effets secondaires.
Ally Lazer demande aux autorités de ne pas détruire les tablettes de Subutex saisies. Selon lui, «cette cargaison saisie doit être utilisée à bon escient et distribuée, sous contrôle médical, à des toxicomanes qui désirent se soumettre à cette thérapie».