L’enquête sur le détournement de fonds à la Barclays progresse. Ils sont six suspects interpellés à ce jour dans le cadre de cette affaire qui secoue le quartier général de la Barclays Bank. Les six suspects ont été remis en liberté durant la semaine après avoir comparu en Cour de Port-Louis. Un septième complice est activement recherché.
Les prévenus sont : Avinash Kona Yerkunowdu, un Sales Agent de 22 ans, habitant Dagotière; Vishwananday Ramnaya, alias Rony, un Customer Adviser de 23 ans, habitant Rivière-des-Anguilles; Chandra Prakashing Dip, ancien auditeur à la Barclays, âgé de 22 ans; Mohamad Aumeerally, un chauffeur de 24 ans, habitant Grand-Bois; Chitranjan Hauroo, habitant La Flora, 29 ans, et Marie Marjorie Gilberte Bazerque, directrice de la compagnie Je T'aime Marketing, 45 ans.
Ils ont recouvré la liberté après avoir fourni chacun une caution de Rs 50 000 et signé une reconnaissance de dette du même montant. Marjorie Bazerque, elle, a été relâchée mercredi après avoir soumis une caution de Rs 20 000 et signé une reconnaissance de dette de Rs 50 000.
Tout commence le 28 juillet. Ziad Joomun, directeur de la Barclays, porte plainte au Central CID pour dénoncer un détournement de fonds de Rs 3 millions au détriment d'un client et d’une tentative de fraude (de Rs 8 M) à l'encontre d'un deuxième.
Commencent le 29 juillet les premières arrestations de Avinash Yerkunowdu et Vishwananday Ramnaya, accusés de «aiding and abetting in the commission of a crime: to wit forgery». On leur reproche d'avoir «soumis les spécimens de signatures des directeurs de Diadeis Maurice Ltd à un certain Chandra Prakashing Dip pour détourner la somme de Rs 2 millions». Le dénommé Chandra Prakashing Dip, lui, est accusé d’entente délictueuse.
Mohamad Aumeerally et Chitranjan Hauroo, eux, sont accusés de vol. Le premier nommé aurait bénéficié d’une somme de Rs 2 millions, toujours détournée de la Barclays. La somme aurait été transférée sur deux comptes, l’un à la State Bank et le second à la Mauritius Commercial Bank. Le deuxième suspect, revenait de Chine après un séjour en Inde. Il a été appréhendé, mardi, par le CCID. Il aurait reçu Rs 1 million virées du compte de Diadeis auprès de la Barclays.

Enfin, une charge de tentative de vol a été logée, mercredi, contre Marjorie Bazerque, de Je T'aime Marketing Co Ltd. Elle aurait été la bénéficiaire des Rs 5 millions détournées de la Barclays. Les fonds devaient été versés sur un compte à la MCB ouvert au nom de sa fille. Etrangement, Marjorie Bazerque gère toujours le compte de sa fille, pourtant devenue majeure en janvier. Une interdiction de quitter le pays pèse sur les six suspects.
La nébuleuse Je T'aime Marketing- C’est le 17 mars 1963 que Marie Marjorie Allet, voit le jour. Originaire de Beau-Bassin, elle est mariée à Michel Bazerque et vit à Quatre-Cocos, Palma. Mère d’une fille unique, cette femme d'affaires dirige Je T'aime Marketing Co Ltd, compagnie située au no 304, Sterling House, rue Lislet Geoffrey, Port-Louis.
- A ce jour, son casier judiciaire est toujours vierge. L'article 10 de la Constitution le stipule : on est présumé innocent jusqu'à ce qu’un tribunal prouve le contraire. Son premier démêlé avec la justice remonte à février 2004. Elle répond en Cour intermédiaire d’une charge d'escroquerie (Rs 95 000) au préjudice de Mootoosamy Veerapin. Le 29 juillet 2008, la vice-présidente de la CI lui accorde le bénéfice du doute. Motif : il n’y a pas eu fraude mais prêt d’argent («Indeed the relationship between the complaint and the accused could have been one of moneylender and borrower and not one of swindler and dupe»).
- Le 18 avril 2008, le CCID l’accuse d’avoir émis un chèque en bois de Rs 1,3 million au préjudice de Biosphere Trading. Les faits remonteraient au 7 juillet 2007. Elle retrouvera la liberté après avoir fourni une caution de Rs 40 000.
- Le 5 août, le CCID l’interpelle dans le cadre du détournement de fonds à la Barclays. Accusée de tentative de vol, elle est remise en liberté, mercredi, contre une caution de Rs 20 000 et une reconnaissance de dette de Rs 50 000. Rebondissement ce même jour, la CID de Flacq l’accuse d’avoir émis deux chèques, sans provision, pour Rs 4 millions et Rs 1,5 M au préjudice de Mohammud Mangou. La transaction portait sur un terrain situé à Bois Marchand, Pamplemousses. Les délits remonteraient au 30 octobre 2007 et 20 janvier 2008, à Flacq. Le 7 août, elle a comparu devant le tribunal de Flacq. Elle est libérée contre deux cautions de Rs 50 000.
Maintes plaintes à la police et procès en CourLes plaintes contre Marjorie Bazerque ne manquent pas : au CCID, à la Harbour Police, à la CID de Flacq et à la Commission anticorruption (Icac). Si le CCID a consigné cinq plaintes, certaines n’ont pas débouché à son arrestation, vu qu'elle a réglé ses dettes auprès de ses victimes. Deux plaintes ont mené à son arrestation, l’une faite par le représentant de Biosphere Trading Ltd et l’autre par celui de la Barclays.
Dans sa plainte du 15 mai, en Cour suprême, Biosphere réclame à Marjorie Bazerque et Je T'aime Marketing Rs 1 million de dommages, plus le remboursement de Rs 400 000. Biosphere est engagée dans l’exportation de singes vers des laboratoires. Bazerque, dit la plainte, aurait reçu Rs 400 000 pour engager les procédures devant permettre à Biosphere d’obtenir le permis d'exportation nécessaire. N'ayant obtenu aucune licence, Biosphere soutient que Marjorie Bazerque et Je T'aime Marketing Ltd se sont enrichies «sans cause» à son détriment. Elle réclame donc le remboursement de la somme plus des dommages.
Mené en bateauA la CID de Flacq, Mohammud Mangou se plaint, le 19 mai dernier, que Marjorie Bazerque lui aurait remis un chèque en bois de Rs 5 millions. C’est en 2006 que Mangou la rencontre et lui achète sa voiture. La dame lui fait ensuite miroiter l'achat d'un terrain, à Bois Marchand, Pamplemousses. L’homme lui remet Rs 5,34 millions pour conclure l’affaire. Une controverse surgit sur ledit terrain et Mangou veut récupérer son argent.
D’ailleurs, un document atteste que Bazerque a bien pris de l'argent de lui. En octobre 2007, à Flacq, elle lui remet un chèque de Rs 4 millions. Fureur du client lorsque le chèque n’est pas honoré. Il reprend contact avec la dame et réclame son dû. Elle lui remet diverses sommes, soit au total Rs 1,5 million. Le 15 février, elle lui remet un autre chèque de Rs 1,5 million, chèque de nouveau impayé. Fatigué d’être mené en bateau, Mangou se rend au poste de Flacq pour consigner une plainte contre elle.
D'autre part, le 7 juillet, Mohammud Mangou entre une action en Cour suprême pour demander à Marjorie Bazerque la somme de Rs 4,49 millions, plus tous les intérêts cumulés.
L'affaire sera appelée le 20 novembre.
Autre plainte. Le 18 avril 2008, un couple de Curepipiens écrit l'Icac pour dénoncer Marjorie Bazerque pour un chèque sans provision de Rs 500 000. L’argent devait servir à l'achat de deux appartements à Flic-en-Flac. Le couple avait vu une annonce dans un hebdomadaire en 2006. Il a même visité les appartements alors en construction et estimés à Rs 3 millions. Un premier dépôt de Rs 500 000 est fait. Quelque temps après, stupeur : le couple apprend que les appartements ne sont pas en vente. En 2008, Bazerque leur remet un chèque en bois de Rs 500 000 d’où la plainte du couple à la Harbour Police, puis à l’Icac qui va transférer sous peu le dossier au CCID pour enquête. Une réclamation au civil en Cour suprême n’est pas exclue.