Vendredi à la mi-journée, Bert Cunningham n'a pas l'intention de démissionner comme directeur des douanes. Le Canadien veut résister à la décision du Conseil d'administration de la Mauritius Revenue Authority (MRA) de résilier son contrat. Son argument est en béton. Ses services, dit-il, ont été retenus avant tout par le gouvernement de Maurice. De ce fait, la MRA n'a pas le droit de mettre fin à son contrat sans l'accord du gouvernement. Dans l'après-midi, il doit toutefois courber l'échine, après avoir eu la confirmation que le soutien du pouvoir ne lui est plus acquis.

Ses relations conflictuelles avec ses collègues de la MRA et des hauts fonctionnaires seraient à la base de sa mise à pied. Ces conflits ont pris naissance, l'année dernière, lorsque la direction de la MRA lui a retiré carte blanche de mener, à sa guise, les opérations à la douane. Pour toutes les décisions, même les plus mineures, il doit rechercher l'approbation de la direction de la MRA. Pis, il n'a même pas le droit de faire une déclaration à la presse sans l'aval de ses supérieurs.

Selon son entourage, les différends entre lui et ses collaborateurs sur quelques dossiers de fraudes douanières massives, dont la contrebande et la disparition d’articles hors taxes, n’ont pas arrangé la situation. « L'application de pénalités ou l'évaluation des pénalités étaient sources de conflit », précise-t-on.

Bert Cunningham est intrigué par la façon dont certains dossiers de contrebande sont traités par certaines personnes. « Il a fini par avoir l’impression qu'un réseau, dirigé par de hautes personnalités du pays, voulait limiter les dégâts dans certains cas », soutient notre interlocuteur. Il est encore plus choqué par l'attitude de certains à la MRA. Car quelques dossiers, envoyés pour être considérés, ne lui ont jamais été retournés. Bien que des décisions aient été prises. « Ces gens ont fait une erreur. Car certains dossiers avaient été copiés avant de leur être envoyés », précise un de ses collaborateurs.

Fou de rage
Selon nos interlocuteurs, Bert Cunningham était fou de rage quand un conseiller légal a recommandé qu'aucune suite ne soit donnée sur un cas de fraude massive alléguée. Le conseiller légal a conclu par la formule : « No action to follow ». Bert Cunningham n'a non plus apprécié que les autorités se soient contentées d'une réclamation de Rs 15 millions à une organisation... alors que celle-ci aurait dû être, au minimum, cinq fois supérieure.

Bert Cunningham énerve ses collègues, dans l’administration de la MRA, de même que les hauts fonctionnaires du ministère des Finances. Il les rend responsables du ralentissement du processus de réforme. « Il n'y a rien qui énerve Bert Cunningham que d'avoir à attendre leur approbation pour mener la réforme. Il n'a plus les mains libres pour initier des actions contre des douaniers ou même pour effectuer un exercice de promotion », précise un autre de ses proches collaborateurs.

Toutefois, à la MRA, on laisse entendre que
Bert Cunningham a d'énormes difficultés à évoluer en équipe.

Ciblé dès son arrivée
La nomination de Bert Cunningham en 2004, comme Contrôleur des douanes, a fait couler beaucoup d'encre. Syndicalistes et employés avaient ouvertement contesté ce choix du gouvernement. De plus, Nemduth Bissessur, qui était le numéro deux des douanes, avait exercé d'importantes pressions sur le gouvernement. Celui-ci avait dû le nommer pratiquement sur le même échelon que Bert Cunningham. Le Canadien avait braqué les douaniers contre lui en déclarant à la presse que la majorité d'entre eux sont trempés dans la fraude et la corruption. Depuis, les employés ont tout fait pour lui mener la vie dure. Plusieurs de ses décisions ont même fait l'objet de dénonciations à la police et à l'Icac, notamment le dédouanement des passeports, l'achat de scanneurs, sa visite en Chine, la disparition d’un chèque représentant une garantie bancaire et son téléviseur LCD.

Dans le collimateur de l'Icac
Bert Cunningham n'est peut-être pas au bout de ses peines. Car, deux enquêtes de l'Icac le concernent directement. Samedi, des bruits couraient que les autorités n'écartaient pas l'éventualité d’émettre une interdiction de quitter le territoire contre lui. Interrogé par Radio-Plus à ce sujet samedi, Bert Cunningham a déclaré qu’il ne « voyait pas comment on allait l’empêcher de partir », insinuant qu’on a tout fait pour qu’il quitte Maurice. Il s’est dit disposé à rencontrer le Premier ministre, tout en précisant que « it’s a sad day for Mauritius ».

La première enquête est bouclée et le dossier a été soumis au Directeur des poursuites publiques (DPP). Il s'agit de la disparition d’un chèque à la douane, soumis par un importateur en tant que garantie bancaire. La seconde concerne l'importation par Bert Cunningham d'un téléviseur LCD de 50 pouces de la marque Pioneer. L'Assessment Form contient quelques fautes. D'abord, la valeur déclarée de cet appareil a été raturée et remplacée. Ensuite, Bert Cunningham aurait accepté une allocation de voyage de Rs 15 000. Au dire du dénonciateur, cela paraît illégal. Car l'allocation de Rs 15 000 n'est accordée qu'aux détenteurs d'un passeport mauricien. Les étrangers n'ont droit qu'à Rs 7 500.

Chasse aux sorcières
Le départ forcé de Bert Cunningham représente une délivrance pour certains douaniers. Il est aussi une source d'inquiétudes pour d'autres, principalement les proches collaborateurs du Canadien. D’ailleurs, à la douane samedi, un groupe de douaniers prenaient un malin plaisir à dresser une liste d’employés qui, selon eux, méritent un transfert. D'autres réclament haut et fort la dissolution de l'unité FAST, mise sur pied par Bert Cunningham. 

Convoitise
Dès vendredi soir, les manoeuvres ont commencé. Des candidats potentiels au poste de directeur des douanes s’affairaient à rallier le maximum de soutien. Sans l'ombre d'un doute, ce poste ne pourra pas être occupé par un officier ayant un passé lourd ou par un protégé politique sans expérience. On se demande si le gouvernement lancera un appel de candidature international.