Le visage émacié, Véronique pose la main sur son ventre tout rond et s’avance lentement vers le portail. Nous sommes dans un faubourg de Port-Louis. La jeune femme de 24 ans est accompagnée de son frère Lindley, 33 ans et de sa sœur Sophie, 16 ans. Deux fillettes et un garçonnet en bas âge gambadent dans la cour. Ce sont les enfants que Véronique a eus de Sonn, âgé de 28 ans. Cela fait sept ans qu’ils vivent en concubinage dans une maison à la sortie de Port-Louis. Vendredi dernier, alors qu’elle en est à son huitième mois de grossesse, son monde s’est écroulé quand elle a appris que Sonn a violé sa sœur Sophie, une adolescente de 16 ans qui étudie dans une institution préprofessionnelle.

Quand nous déclinons notre identité, la jeune femme embarrassée s’éloigne avant de nous rejoindre un peu plus tard dans le petit salon mal éclairé où sa sœur nous fait le récit de son agression sexuelle.

En apprenant la nouvelle dans la soirée, Véronique est revenue vivre chez son père avec ses trois enfants âgés entre 1 an et demi et 6 ans. Ce jour-là, dans l’après-midi, Sophie est toute excitée. Elle doit se rendre à un bal le lendemain. C’est pour cela qu’elle part récupérer les chaussures que sa sœur lui a promises chez elle.

Au moment où elle s’apprête à partir, Sophie est rejointe par Sonn qui lui aussi doit sortir. Il doit récupérer de la vieille ferraille, explique-t-il. Elle ne se doute pas des viles intentions de cet homme qui a déjà eu des gestes indécents à son égard. Dans sa naïveté, elle acceptera sa proposition d’emprunter un raccourci pour arriver plus rapidement à l’arrêt d’autobus.

Sentier désert…
Sophie s’engage ainsi dans un sentier désert, bordé de champs de canne. À un certain moment, il la saisit par le bras avant de l’entraîner entre les alignements d’un champ de canne tout en lui demandant de l’excuser. «Li dire moi sorry li pé
faire ça ar moi
», raconte Sophie timidement de sa voix fluette. L’adolescente raconte qu’elle a tenté de se défaire de l’étreinte de son agresseur. Impossible, il était trop fort pour elle qui est si maigrichonne. Ses supplications ne dissuaderont pas Sonn qui, une fois dans un endroit propice, la projette à terre avant d’abuser d’elle. Une fois ses pulsions assouvies, il talonne Sophie qui quitte les lieux précipitamment en larmes. «Pas dire personne, mo promette toi lors la tête mo garçon ki mo pas pou faire ça encore !», implore-t-il à l’adolescente qui poursuit sa route en faisant mine de ne rien entendre.

Le même soir, Patrick, le petit ami de Sophie, se rend chez Sonn. Devant Véronique, il accuse son concubin du viol de Sophie. Ce dernier nie. Patrick le conduit alors chez Sophie où il prétexte cette fois que celle-ci «ti pé zoué la main are moi». Puis, ils se rendront tous au poste de police d’Abercrombie où Sonn sera arrêté après la déposition de Sophie. L’enquête est alors référée aux hommes de l’inspecteur Domun au poste de police de Baie-du-Tombeau.

Avec l’inculpation provisoire de viol qui pèse sur son compagnon, Véronique, qui a connu la misère au sein d’une famille de onze enfants, se dit qu’elle n’a pas eu la main heureuse en tombant sur Sonn. Elle se souvient encore du choc qu’elle avait eu en apprenant il y a quatre ans que sa sœur Priscille était tombée enceinte à 14 ans. Et avait alors maintenu que l’enfant prénommée Caroline est de Sonn. Mais elle a toujours refusé de relater les circonstances de cette grossesse. Véronique n’a jamais eu d’explication de son concubin non plus. «Ene trop longue zistoire ça», lâche Priscille pour esquiver la question. Elle a aujourd’hui refait sa vie avec un autre homme.

Humiliée, se sentant presque lâche, Véronique veut que son concubin croupisse en prison. «Li bizin reste là-bas même !». Sonn est allé beaucoup trop loin cette fois-ci. Elle a tout accepté jusqu’ici, même les coups de ce dernier. Maintenant, elle est prête à tourner la page.