Le plus gros coup de filet. Du moins c’est la tendance qui se dessine à l’Independent Commission against Corruption (Icac). Après avoir complété la phase d’analyse de tous les documents, d’ici la semaine prochaine, les enquêteurs convoqueront les entrepreneurs impliqués dans ces cas de fraudes. Ils se sont armés pour leur mener la vie dure.
Les entrepreneurs devront fournir des explications en détail sur chaque contrat décroché. A l’Icac, on admet que c’est un travail de fourmi qui s’organise, car ces contrats n’ont pas été alloués à la suite d’un exercice d’appel d’offres en bonne et due forme, mais à travers un simple exercice de cotation.
Un questionnaire très serré a été préparé dans le but de mettre ces entrepreneurs dos au mur. Ils vont être acculés jusqu’à dévoiler les combines établies. Il ne fait pas de doute qu’ils ont bénéficié d’une complicité au sein de l’administration du Nord pour être payés pour des travaux inachevés ou des travaux qui n’ont pas été effectués. Les enquêteurs croient dur comme fer que ces entrepreneurs n’ont pas participé à ces fraudes sans rien recevoir en retour. Ainsi, ils comptent leur tirer les vers du nez des entrepreneurs par rapport aux commissions qui leur auraient été accordées.
Par ailleurs, des officiers du conseil des districts du Nord seront convoqués pour fournir des explications sur le mécanisme de cotation. Notamment sur le choix des entrepreneurs et des entreprises invitées à participer à cet exercice car la grande majorité des contrats des travaux fantômes a été décrochée par deux entrepreneurs. A eux seuls, ils ont obtenu 48 des 65 contrats suspects relevés par le Bureau de l’Audit. L’un a été choisi pour 30 projets et l’autre pour 18 projets. Neuf autres entrepreneurs sont visés. Huit n’ont qu’un projet décrié à leur actif. Le dernier a décroché neuf contrats.
Au départ, l’enquête de l’Icac s’est basée sur les constats du Bureau de l’Audit. Les auditeurs ont dénoncé le détournement de fonds publics durant l’année financière 2005-06, quelques firmes de construction ayant été payées pour des travaux fantômes et pour des réclamations grossièrement exagérées : «At the very outset it should be pointed out that several works paid for by the Council with Real Money were either grossly exaggerated as morefully described below or could be termed as ‘Ghost Works’ as they could not be shown to audit.» Ces observations font suite à des visites sur les lieux par les auditeurs, en compagnie de hauts cadres du conseil des districts. Dans nombre de cas, ces derniers ont été incapables d’identifier les travaux qui ont été effectués, d’où la remarque : «The location could not be shown to Audit.»
Six puits d’absorption
Un entrepreneur semble être le favori du conseil du Nord. Il a décroché quasiment la moitié des contrats suspects. De ces 30 contrats, le Bureau de l’Audit soupçonne dans une vingtaine de cas que les travaux n’ont pas été réalisés. Et dans les autres cas, les travaux n’ont pas été achevés. A titre d’exemple, l’entrepreneur aurait empoché Rs 127 600 sans effectuer la fouille d’une tranchée de 400 mètres comme prétendu. Car l’existence d’une tranchée de 180 mètres et d’une autre de 160 mètres remonterait à plusieurs années, vu la hauteur actuelle des herbes et des arbres environnant. Il aurait obtenu également Rs 300 000 pour l’aménagement de voies d’accès à Cap Malheureux qui s’avèrent inexistants, estime le Bureau de l’Audit.
D’autres travaux fantômes de cet entrepreneur ont été dénoncés par le Bureau de l’Audit : notamment des travaux de nettoyage à The Vale (Rs 113 000), une voie d’accès à Cap Malheureux (Rs 23 200), une tranchée à Grand-Baie (Rs 60 000), des drains à Camp L’Amour (Rs 60 000), le nettoyage avec excavateur à Terre-Rouge (Rs 52 000), nettoyage de drains à Riche-Terre (Rs 53 500), nivelage de terrain à Triolet (Rs 40 300), nettoyage de drains à Arsenal (Rs 50 400), nettoyage à Rivière-du-Rempart (Rs 40 000).
Ce même entrepreneur a été épinglé par les auditeurs pour avoir été payé pour six puits d’absorption qui n’ont pas été creusés.
Sous le contrat PV 51/6, il aurait dû fouiller quatre puits d’absorption à Batoolall Lane et sur la route Royale de Roche-Terre, au coût Rs 184 000. Cependant, il n’y existe aucun puits d’absorption.
Sous le contrat PV 16/8, cet entrepreneur devait aménager six puits d’absorption, notamment à Morcellement St-André (Iqbal Road et Baureek Lane), Ilot (près de l’école du gouvernement), Rivière-du-Rempart (à hauteur de Neeranjan Shop) et Fond du Sac (First Road). Ce contrat s’élève à Rs 279 750. Cependant, il n’existe aucun nouveau puits d’absorption à Baureek Lane et First Road.
D’importants développements sont à prévoir à partir de la semaine prochaine avec l’interrogatoire de tous ceux impliqués dans cette affaire.
Onze travaux fantômes
Incroyable mais vrai ! Onze des dix-huit contrats d’un entrepreneur s’avèrent être des travaux fantômes. Le plus gros projet non-abouti mais rémunéré concerne la construction de 6 kilomètres de drains. «The 6 kms of drains are meant to include canals all around the place of Terre-Rouge as explained to audit and Head of Works Inspector. However, the 6 kms of drains and canals could not be verified for obvious reasons. Bearing in mind that several sites of work have not been satisfactorily shown at all, Audit is much sceptical about the cleaning job and it is feared that it could be tantamount to payment for 'Travaux fantômes'», dénonce le Bureau de l’Audit.
Les autres projets fantômes relevés sont l’aménagement des drains à Cap Malheureux (Rs 110 302), la fouille de puits d’absorption dans cette même localité (Rs 94 608), la fouille de tranchées à Mahatma Gandhi Road, Grand-Baie (Rs 59 200), à S. Mooktee Road, Grand-Baie (Rs 28 700), travaux de nettoyage à Terre-Rouge (Rs 33 000), travaux de nettoyage à Atlas Road, Goodlands (Rs 22 900) et à Cité Sainte-Claire (Rs 24 000). Pour le projet de drains à Cap Malheureux, la réclamation de l’entrepreneur est introuvable. Et l’aval du CEO n’est pas daté.
Rs 475 000 à l’eau
Un troisième entrepreneur a décroché un contrat de Rs 475 000. Il avait pour mission de nettoyer 1 000 mètres de drains couverts et de 800 mètres de drains non-couverts à Morcellement Raffray et 1 200m à La Source.
Première intrigue, les drains couverts du Morc. Raffray ne mesurent que 387 m et sont envahis par des herbes de 2 m de haut. Preuve qu’ils n’ont pas été nettoyés durant plusieurs années. «There was no evidence of any cleaning work for several years in the said drain», font ressortir les auditeurs. Deuxième intrigue, les drains couverts ne correspondent pas au plan du site.