Le Subutex, un médicament de substitution aux opiacés et qui a défrayé l’actualité récemment, est en passe de devenir la drogue dure la plus consommée à l’île Maurice. Le Brown Sugar, un dérivé de l’héroïne, est passé en deuxième position. En Europe, les médecins spécialisés dans le traitement des toxicomanes, considèrent le Subutex comme un des meilleurs médicaments de substitution. A Maurice, également, les centres de désintoxication estiment que le Subutex est l’arme absolue pour lutter contre la toxicomanie. Leur souhait est d’obtenir que ce médicament soit autorisé dans les centres. Seul obstacle : classé dans le Schedule 2 de la Dangerous Drugs Act, le Subutex est interdit à Maurice. Pourtant, comme le Brown Sugar dans les années 80, ce comprimé est bien disponible au marché noir à Maurice.
Le nombre de toxicomanes qui dépendent entièrement des drogues dures ne cesse d’augmenter. Selon l’Oms (Organisation mondiale de la santé), ils seraient au moins de 22 000. Mais les centres parlent, eux ,d’au moins de 30 000. Parmi, il faut compter une bonne moitié désormais accoutumée au Subutex. Comment en est-on arrivé là ?
Comment un médicament destiné à traiter l’accoutumance aux drogues, surtout à l’héroïne, est devenu une drogue ? La réponse est simple. On connaît l’ingéniosité déployée par certains drogués lorsqu’ils sont en manque. Ils ont découvert qu’en broyant la pilule, et en se l’injectant à travers les veines, ils parvenaient à apaiser les douleurs ressenties par l’état de manque. Et surtout de se sentir bien dans la peau.
Des affaires juteuses
Comme les nouvelles vont vite dans le milieu des drogués, les trafiquants n’ont pas mis longtemps à comprendre les bénéfices qu’ils pouvaient tirer d’une telle situation et, rapidement, la perspective de réaliser des affaires juteuses s’est imposée à eux. En France, la boîte de sept comprimés de 8 mg de Subutex coûte légalement environ 49.40 euros, soit presque Rs 1 976. L’unité se vend à 7 euros, soit environ Rs 280. A Maurice, au marché noir, la même boîte se vend à Rs 1 400 et chaque quart du comprimé coûte Rs 350. Toutefois, le prix varie selon les saisons. Lorsque le marché n’en offre pas suffisamment, le prix d’un comprimé grimpe jusqu’à Rs 2 500. Mais les toxicos affirment que ce sont les trafiquants, eux-mêmes, qui déterminent les prix. « Pena la sécheresse Subutex dans Maurice, confie l’un d’eux. Banne marchands conné kan pou monte prix et kan pou baisse prix. Droguer ki paye lapokasé.»
Durant ces dernières années, les barons de la drogue ont fait du commerce du Subutex une activité très lucrative. C’est que la demande comble toutes leurs espérances. La moitié des
22 000 toxicomanes répertoriés par l’Oms parviennent à se faire 3 ou 4 injections avec un seul comprimé. Grâce à un petit calcul, et en dépit de la campagne antidrogue, chaque jour, 1 000 comprimés sont écoulés sur le marché et les recettes représentent la bagatelle de Rs 1 540 000 au quoditien. Au mois, ce petit commerce permet de réaliser un chiffre d’affaires de Rs 46 200 000 millions. Chiffres fantaisistes ou tableau réel d’un commerce qui ne fait que gagner du terrain ?
Au centre Idrice Goomany, son président, Imran Dhunoo, n’est nullement surpris par ces comptes. Il ne peut qu’exprimer son regret de voir un médicament utilisé dans la lutte contre la toxicomanie, et qui a démontré son efficacité à l’étranger, enrichir les trafiquants. « Aujourd’hui, les usagers de la drogue sont condamnés à en subir toutes les conséquences », fait-il observer. Les études menées auprès des drogués ont démontré que les premiers pas dans la consommation de la drogue provoquent des nouvelles sensations et là drogué éprouve un certain plaisir. Cette étape est appelée la phase « lune de miel ». Puis lui succède celle de la dépendance, où l’individu ne se drogue plus pour le plaisir mais par obligation, car il est en manque, autrement dit « fat yen ». Les symptômes sont intenables : le toxicomane ressent des courbatures. C’est là où intervient le Subutex, conçu pour combattre ces symptômes et aider le toxicomane à réduire sa dépendance de l’héroïne.
Toutefois, pour que la thérapie soit vraiment efficace, chaque toxicomane doit prendre un comprimé de 8 mg par jour. A Maurice, à cause de son prix au noir, l’usager prend un ou deux quarts du comprimé.