A l’écouter, on lui donnerait facilement le bon Dieu sans confession. Bien baraqué, le regard impénétrable, Marcelin Humbert, 41 ans, détonne derrière le comptoir de sa minuscule «tabagie» à Cité-Barkly, Beau-Bassin.

Depuis mardi, son nom est de nouveau cité dans la presse. Il a été balancé par le leader de l’Opposition, Paul Bérenger, au Parlement, comme étant un «protégé» du ministre de la Justice, Rama Valayden. Bien qu’il soit un multirécidiviste en puissance, selon les propos de Paul Bérenger, Marcelin Humbert a été libéré, soit sur parole, soit sous caution chaque fois qu’il a eu maille à partir avec la police. Tous connaissent ses liens avec Rama Valayden  et le Mouvement républicain (MR) dont il est un de ses chefs agents.
A Cité-Barkly, les voisins rechignent à parler de lui. L’homme entretient des liens étroits avec les jumeaux Diop et Yannick Bhoyroo. Il a été arrêté avec eux, en 2006, par le surintendant Hurrydeo Raddhoa de la CID pour séquestration et torture sur un chauffeur de taxi «marron» sur leur ferme à La Chaumière, St-Martin.

Pour les uns, il est un «bandit», pour les autres, il est un «bon bougre» qui s’occupe de son business. A demi-mot, certains rappellent qu’il a été pris, en mai 2007 à Cassis, par une patrouille de la brigade antidrogue avec 35 tablettes de Subutex sur lui. Ainsi que Rs 12 425 soupçonnées de provenir de la vente de ce comprimé de substitution à l’héroïne.  
Bien qu’il soit père de quatre enfants, Marcelin Humbert ne s’est jamais départi de sa réputation de «vacabon». Dès 1985, il est fiché aux Casernes Centrales pour divers délits : du simple vol, aux coups et blessures et crime d’incendie.

Il a été condamné à une quinzaine de reprises. Le 18 février 1992, gros bras du Parti mauricien social-démocrate (PMSD) - du temps de sir Gaëtan Duval-, il ira moisir au trou trois mois durant, pour avoir levé la main sur son vieux père…

Le 20 janvier 1995, il est reconnu coupable d’incendie criminel. Il récidivera et sera aussi condamné pour possession d’un bâton de la police et d’une arme dangereuse le 13 septembre 1998.

Depuis, il se tient à carreau. Peu après la vague rouge de juillet 2005, il est arrêté pour viol et sodomie sur une adolescente de 14 ans. Elle l’accuse de l’avoir emmené dans un pensionnat de Roches-Brunes avant d’abuser de son innocence.

Vendetta politique
Marcelin Humbert invoque une vendetta politique. Ni plus ni moins. Il avoue connaître la mineure mais soutient que ce sont ses parents, sympathisants d’un parti adverse, qui l’ont forcée à consigner une déposition contre lui.

Traduit
en Cour de Rose-Hill, le «tapeur» est remis en liberté contre une caution de Rs 3 000 et une reconnaissance de dette de Rs 20 000. C’est en raison de cette sordide affaire de moeurs que les gens verront d’un mauvais œil sa proximité avec Rama Valayden.

Il y a deux ans, c’est fort de ces relations haut placées, disent les policiers, qu’il se permettra de pénétrer de force dans le poste de police de Cité-Barkly. Il y arrache une page de l’Occurrence Book relative à une autre agression dont il serait l’auteur.

Dans l’ombre du pouvoir
De plus, en mars dernier, il est impliqué dans l’agression mortelle de Jean-Noël Touche, à Cité-Barkly, avec ses complices Clency et Clifford Eléonore.

Son rapprochement avec Rama Valayden, il le doit à Hervé Duval, le frère de sir Gaëtan, qui l’a présenté, dit-on, au leader du MR. Déjà, il est dans l’ombre du pouvoir aux côtés de Régis Finette, Rajesh Bhagwan et Xavier-Luc Duval.

Si le leader de l’Opposition tape sur le ministre de la Justice cette semaine, c’est surtout à cause du rocambolesque accident contre un taureau qui a eu lieu à Arsenal dans la nuit du 24 au 25 décembre 2007. Il revenait d’une soirée très arrosée. L’une des deux voitures dans lesquelles voyageaient Marcelin Humbert et ses amis a stoppé pile devant les cornes de l’animal.

Les voitures entrent en collision. Ivre, (de rage), Marcelin Humbert exige des dommages au propriétaire de la bête. La police de Terre-Rouge est mandée sur les lieux. Les officiers se rendent compte que l’un des chauffeurs n’a pas son permis et une bagarre éclate. Le sergent Rajnath prend des coups et les clés de son véhicule sont volées. La CID de Terre-Rouge cueillera Marcelin Humbert alors qu’il vient signaler son accident au poste des Line-Barracks. Il omet bien sûr de préciser qu’une deuxième voiture est impliquée et que ses amis ont pris plaisir à «corriger» des policiers.

L’alcootest se révèle positif et Marcelin est inculpé de coups et blessures avec effusion de sang sur un agent de l’ordre dans l’exercice de ses fonctions et de vol sur la voie publique. Un délit qui pourrait lui coûter cher.

Des témoins affirment qu’il se serait vanté de ses bonnes relations avec le pouvoir : «Line tire so portable, li téléphone bane missié-là. Ene ti moment après, ène responsable division la police téléphoné et dire laisse zot aller», se souvient un policier.

Rama Valayden, lui, réfute avoir reçu un appel de Marcelin ce soir-là. Il indique que ce sont des proches qui l’ont contacté et qu’il aurait appelé les Line-Barracks pour demander aux policiers de consigner la déposition du suspect.

Le ministre soutient que ce dernier n’aurait pas apprécié que les policiers s’adressent à lui en bhojpuri, preuve qu’ils ne voulaient pas entendre sa version de l’accident. En tout cas, Marcelin Humbert est devenu, du jour au lendemain, une épine au pied de Rama Valayden.