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Jean-Claude de l'Estrac : « Si j’étais président, je décorerais Cunningham »
http://www.defimedia.info/articles/3362/1/Jean-Claude-de-l039Estrac---Si-jetais-president-je-decorerais-Cunningham-/Page1.html
By Javed Sobah
Published on 17th August, 2008
 
Pour lui, l'action du ministre de la Justice invite à spéculer sur ses vraies motivations. Jean-Claude de l'Estrac, patron du groupe La Sentinelle, estime à cet égard que RamaValayden est un récidiviste. Il affirme aussi que, s'il était président de la République, il décorerait Bert Cunningham.
 

 
La Voix Kreol ne vous a jamais épargné. Mais, récemment, son directeur a fait un intense lobbying pour que vous soyez nommé Président de la République. Paradoxal, n'est-ce pas ?
C'est avec étonnement que j'ai pris connaissance de cet article. Vous avez raison de souligner que La Voix Kreol n’a pas été tendre à mon égard jusqu’ici.  C’est le moins que je puisse dire.  Mais je ne vais pas me plaindre maintenant d’une prise de position qui semble vouloir rendre justice à une carrière et à un engagement ancien envers le pays.  Je ne peux que m’en réjouir et remercier ceux qui m’estiment digne d’une si haute fonction.  Je suis heureux aussi que La Voix Kreol ait pris soin de souligner que je n’ai pas sollicité ce soutien. La Voix Kreol est à la recherche d’un créole et ils m’ont vu comme le plus méritant. Je ne me vois pas dans la peau de ce personnage qui va représenter les créoles. D’ailleurs, je suis persuadé que ce n’est pas ce type de lobbying qui va déterminer le choix du Parlement. Un président représente la population en général et non la Population générale. LVK regarde la politique avec des visières. Attendons voir s’ils ne vont pas faire du lobbying pour quelqu’un d’autre.

Etes-vous intéressé par ce poste, malgré le soutien d’une organisation dite sectaire ?
Ne devient pas président de la République celui qui est « intéressé » ou celui qui postule.  Je souhaite que celui qui sera élu par le Parlement soit à la hauteur des exigences de cette fonction. Notez que je ne parle pas de « poste ». Ne soyons pas naïfs non plus ; il est évident que des considérations de stratégie politique influenceront également ce choix. Et je ne crois pas vraiment à l’efficacité des lobbies, sectaires ou autres, sur ce plan.  Le choix du successeur de sir Anerood Jugnauth, qui aura bien servi son pays, se fera à un tout autre niveau. Un homme décidera, notamment le Premier ministre, et le Parlement s’exécutera.

Que pensez-vous du départ de Bert Cunnin­gham de la douane ?
Ce départ est un drame national. C’est l’illustration de tous les tares et vices de notre société.  L’honnête homme Cunningham s’en va, victime à la fois des ripoux de la douane qui ont toujours voulu sa peau, de la puissance des potentats et mandarins de la bureaucratie d’Etat et de nos pesanteurs sociopolitiques.  Il est aussi victime de ses propres faiblesses. L’homme a le défaut de ses qualités. Il est psychorigide et difficile à vivre. Même ses plus fervents soutiens ont fini par jeter l’éponge.  Mais j’ai honte pour mon pays. Tiens (rires), si j’étais président de la République, je décorerais Bert Cunningham. Peu de Mauriciens ont payé autant de leur personne pour faire avancer le pays.

Il y a eu quelques têtes qui sont tombées. Doit-on conclure que les étrangers ne sont pas les bienvenus à certains postes clé ?
Ce pays est xénophobe. Les Mauriciens n’aiment pas les étrangers, surtout quand ils ont des leçons à leur apprendre. Les Mauriciens détestent les étrangers qui ne partagent pas leurs jeux dérisoires et leur goût des combines. Certains d’entre nous ont du mal à comprendre l’intransigeance éthique, le professionnalisme, le parler vrai des étrangers qui tentent de nous hisser à leur niveau de rigueur. Pourtant, je le redis : sans un apport massif d’étrangers  du gabarit des Cunningham, des Cash, des Lal dans la Fonction publique, et de beaucoup d’autres dans le privé, nous n’irons pas loin.

L'affaire Sada Curpen met au jour le lien incestueux entre la mafia et les politiciens de tous bords. Comment peut-on éviter l'ingérence politique dans ce monde mafieux ?
N’allez pas trop vite en besogne.  Cette affaire n’a pas démontré l’existence de « liens incestueux », comme vous dites, entre la mafia et les politiciens de tous bords. Elle a établi jusqu’ici combien un ministre peut manquer d’éthique et de rigueur morale pour tenter de protéger ses amis malfamés. Il est vrai que cette action de Rama Valayden invite chacun à spéculer sur les vraies motivations du ministre. D’autant plus que, sur ce plan, comme l’a démontré le leader de l’opposition, Valayden est un récidiviste. Il y a un seul moyen d’éviter ce type d’ingérence : faire en sorte que les ministres coupables soient durement sanctionnés. Une engueulade premierministérielle, suivie d’une cajolerie, ne peut suffire...

Paul Bérenger a déposé un document au Parlement faisant état de l'intervention de Rama Valayden dans le cadre d’une enquête policière. Le ministre devrait-il démissionner cette fois-ci ?
C’est ce qu’un homme d’honneur devrait faire !

L'animosité entre le président et le directeur d'Enterprise Mauritius a gagné la place publique. Qui des deux devrait partir ?
J’avoue que, pour l’essentiel, ce que je sais du conflit à Enterprise Mauritius, je le tiens de ce que m’a rapporté mon ami Darga. Je sais qu’il est un gestionnaire plutôt autoritaire, mais je sais aussi qu’il sait produire des résultats.  Je ne peux arbitrer, mais ce que je peux dire, c’est que ce conflit n’a que trop duré, qu’il handicape le travail si nécessaire de Enterprise Mauritius, et qu’il compromet gravement les ambitions de la National Empowerment Foundation sur le plan de son soutien aux entreprises. Le Premier ministre devrait trancher.

Quelle est votre opinion sur les organisations socio-culturelles qui veulent dicter au gouvernement certaines décisions ?
Je ne crois pas que les gouvernements se laisseront « dicter » leurs décisions par des organisations socio-culturelles.  Je sais que la plupart des politiciens savent parfaitement que beaucoup de ces organisations ont une influence relative, qu’elles sont animées souvent par des dirigeants qui défendent leurs propres intérêts. Les politiciens font semblant de leur accorder de l’importance uniquement parce qu’elles procurent des publics bienveillants. Celles qui parlent le plus haut sont celles qui ont le moins d’influence.

Dans votre dernier édito, vous vous posiez la question de savoir si on avait un ministre de l'Intérieur. Estimez-vous que les choses vont aussi mal que ça ?
Pas désespérément mal.  Mais il est certain que la complexité de la situation, la nature des problèmes sociaux, la sophistication croissante des méthodes des hors la loi, leurs ramifications internationales, exigent de l’Etat une réponse autrement organisée, une attention constante, une expertise pointue, des experts formés dans diverses disciplines des sciences humaines.  Les quelques bureaucrates du département de Home Affairs au sein du bureau du Premier ministre n’ont pas les moyens de leur mandat.  C’est la raison pour laquelle je plaide depuis longtemps pour la création d’un ministère de l’Intérieur.  Je préfère un ministère sans ministre plutôt qu’un  ministre sans ministère.

Vous êtes un homme des medias. Pensez-vous que le « web-journal » est appelé à réduire l’importance du journal papier ?
Oui, un peu.  C’est ce qui se passe déjà aux Etats-Unis, en Europe, mais pas en Asie, pas à Maurice. à réduire éventuellement mais pas à remplacer.  Jamais un nouveau média n’a remplacé son devancier, mais l’arrivée du journal web nous oblige à réinventer notre métier.  Pour tout vous dire, c’est mon obsession du moment.