Vishnu Lutchmeenaraidoo sort l’artillerie lourde contre Navin Ramgoolam et Rama Sithanen. Il soutient que le départ de Bert Cunningham a été ordonné par le ministre des Finances. Et ajoute que, maintenant, « les souris vont danser ».

Quelles seront les répercussions de l’affaire Cunningham ?

Bert Cunningham est un étranger qui a combattu la fraude dans l’intérêt national. Il est devenu un symbole du bien contre le mal. Personne n’acceptera qu’on veuille l’abattre à tout prix. À la place d’une médaille, le gouvernement ne trouve pas mieux que de lui infliger une punition qu’il ne mérite nullement. La population doit savoir que la voiture comme le chauffeur lui ont été enlevés et que c’est après une pression intense de l’Opposition que sa voiture lui fut retournée. Mais, il n’est nullement protégé. Au fait, disons-le franchement, Bert Cunningham est livré à la merci de la mafia. Sa vie est en danger. S’il  lui arrive la moindre chose, Navin Ramgoolam devra en assumer l’entière responsabilité. Je dois aussi dire que le harcèlement, dont il est actuellement victime, ne fait pas honneur à notre pays. Croyez-moi, les chancelleries étrangères suivent cette affaire de très près. Il y va de la réputation de Maurice.

Dans le milieu des affaires, on redoute que le départ de Bert Cunningham ne relance la spirale de la fraude et de la corruption à la douane…
On a tué le chat, les rats pourront recommencer à danser.

En 2002, Bert Cunningham avait déclaré qu’il va finir la mafia. Six ans après, il reconnaît que cette mafia n’est toujours pas inquiétée. N’est-ce pas un aveu d’échec ?
Je ne dirais pas que c’est un aveu d’échec de sa part, mais de celui du gouvernement. Car, je le redis, la défaite de Bert Cunningham est une grande victoire pour la mafia. Tout le monde dit que la mafia a ses entrées à l’Hôtel du Gouvernement et dans les plus hautes instances administratives du pays. Le limogeage de Bert Cunningham n’est ni plus ni moins une grande victoire pour ceux qui vivent dans l’illégalité.

Que pensez-vous du conflit entre Cunningham et la Mauritius Revenue Authority ?
La Mauritius Revenue Authority (MRA) n’a ni plus ni moins limogé Bert Cunningham, le meilleur élément dont elle disposait pour combattre la fraude et la corruption. Ce limogeage a été commandité par le ministre des Finances lui-même. L’île Maurice n’arrive pas à comprendre que ce gouvernement puisse faire passer une victime pour un coupable. Car Bert Cunningham est victime de la mafia. Il n’est d’ailleurs pas le seul à le dire. Le MMM soutient depuis des mois que la mafia a infiltré la classe politique et le sommet de la Fonction publique. Il est clair que le départ de Cunningham «fine faire mafia sonne pétard». Le Premier ministre et son ministre des Finances doivent porter l’entière responsabilité de la pourriture généralisée des hommes et des institutions. Le refus de Navin Ramgoolam de nommer une commission d’enquête n’est ni plus ni moins qu’un aveu de culpabilité. Le Premier ministre est en train de défendre l’indéfendable. Comment voulez-vous que la population dans sa vaste majorité ne cesse de dire à la radio et dans les micros-trottoirs que «gouvernement pe essaye bâillonne la vérité». L’affaire est trop grave pour que le pays se croise les bras et regarde dépérir nos institutions sans réagir. D’ailleurs, j’ai pris l’engagement d’inviter Bert Cunningham à reprendre son poste de contrôleur des douanes dès que le MMM sera au pouvoir. Les rats peuvent danser quelque temps, mais le chat va revenir. Ce n’est pas la seule chose que
je vais faire !

Qu’allez-vous faire d’autres ?
Un gouvernement MMM, demain, mettra définitivement de l’ordre dans le système concernant le recrutement des conseillers. En instituant ce système en 1983, l’intention était de recruter sur contrat les meilleurs dans le privé afin d’épauler l’effort gouvernemental. Je suis choqué par le nombre de conseillers qui envahissent les couloirs des ministères. On se demande si ce sont des conseillers ou des «hommes à tout faire» ? Il est clair aussi que le système de conseillers spéciaux a débouché sur des abus considérables. D’autre part, de 1983 à 1990, dans un souci d’améliorer leur efficacité, des sociétés d’État, telles que Air Mauritius, Mauritius Telecom, la State Investment Corporation, elles ont emprunté le statut de compagnie. Au fil des années, ces entreprises sont devenues de véritables repaires pour des agents politiques. Et pour rendre la situation encore plus désastreuse, vous avez des Part-time Chairmen qui se comportent en Executive Chairmen, alors que ces institutions ont déjà un Chief Executive. Le pays a vécu, ces dernières années, de nombreux cas d’ingérence dans la gestion quotidienne de ces entreprises. Cela va à l’encontre du B.A.-BA de la bonne gouvernance. Nous aurons à y mettre de l’ordre. Cette situation est à l’origine de gros conflits entre le Part-time Chairman et le Chief Executive ou de complicité quand les deux s’entendent. Dans les deux cas, l’institution souffre et le pays avec. Il y a un niveau de laisser-faire et laisser-aller dans le gouvernement qui met en péril les institutions de ces pays. Le ministre des Finances qui aime tellement la bonne gouvernance sait parfaitement le mal profond qui est fait à nos institutions.

Bert Cunningham a fait de virulentes attaques contre nos institutions – DPP, Police, Icac. Etes-vous personnellement satisfait de leur fonctionnement ?
Étant donné les déclarations de Bert Cunningham, il est dans l’intérêt du gouvernement de mettre sur pied une commission d’enquête qui puisse faire la lumière sur toutes ces allégations. Ça permettra de purifier cette atmosphère de suspicion et de doute. En refusant la mise sur  pied de cette commission d’enquête, Navin Ramgoolam défend l’indéfendable. Si le Premier ministre, cédant à la pression d’un Senior Minister, persiste à refuser la mise sur pied de cette commission, les jours de ce gouvernement sont comptés.

Le Premier ministre a annoncé qu’un appel de candidatures international sera lancé pour trouver un remplaçant à Bert Cunningham. Le prochain directeur des douanes sera donc un étranger. Manque-t-il un Mauricien de calibre pour diriger la douane ?
Toutes les décisions prises dans les jours à venir paraîtront suspectes. Car, disons-le franchement, le gouvernement n’est plus crédible aux yeux de la population. Celle-ci accepte très mal de souffrir dans sa chair pour survivre, tout en ayant l’impression que ceux au sommet ont la vie belle. Le peuple se révolte quand il a le ventre vide. Il le fait plus violemment lorsqu’il constate qu’il y a «injustice et dominère» venant du sommet. Comme disait Abraham Lincoln : «You can fool some of the people all of the time, and all of the people some of the time. But you cannot fool all of the people all the time! »

Pour terminer, faisons le point sur les récent scandales – les affaires Curpen/ Valayden et Chady/Boskalis. Une réaction…
Tout semble indiquer que ce n’est que le sommet de l’iceberg. Quand je dis que la mafia peut infiltrer la classe politique et le sommet de l’Etat, je sais de quoi je parle. Je l’ai vécu en 1983 quand j’étais responsable de la cellule antidrogue du gouvernement. Malgré tout le soutien que j’avais eu du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, j’ai reçu beaucoup de menaces de mort. Mon chauffeur, Muslim, a été agressé. Pour combattre la mafia et la drogue, le pays a besoin d’un gouvernement fort, résolu et déterminé. Je ne peux pas dire que les conditions sont réunies pour cela.