Les limiers de l’Independent Commission Against Corruption (Icac) passent à l’offensive. Ils épluchent actuellement les comptes bancaires du Siddick Chady. Les allégations portent sur un transfert de $ 25 000 (environ Rs 675 000) effectuées par Boskalis International Ltd à son profit.
Les enquêteurs de l’Icac vérifient si Siddick Chady a bel et bien reçu ce transfert de fonds. Si cela s’avère, ce serait alors un cas de fraude et de corruption car, en mai 2006, la compagnie Boskalis International Ltd avait obtenu un contrat de Rs 439 millions pour le dragage dans le port.
Dans une télécopie datant 10 octobre 2006 et publiée dans un hebdomadaire, il est fait mention que la compagnie Boskalis International Ltd a « versé la somme de $25 000 à l’attention de Monsieur Chady ». A la suite de cette publication, l’Icac a ouvert une enquête et ses limiers ont récupéré de nombreux documents au bureau de la MPA pour établir si un versement a bien eu lieu.
Siddick Chady a été ensuite convoqué au bureau de l’Icac pour un interrogatoire en présence de son avocat Saïd Toorbuth. Confronté à trois officiers de l’Icac, la semaine dernière, il a nié toute implication dans un quelconque cas de fraude et de corruption.
A la recherche d’un document original
L’adresse affichée sur la télécopie est celle de la compagnie Blockbuster Video Network Ltd, dont le propriétaire n’est autre que le frère du président de la MPA, Eshan Chady. Ce dernier, convoqué par l’Icac, a expliqué, en présence de son homme de loi, Me Zahredin Jaunbaccus, qu’il ne connaît rien à cette affaire.
Selon nos renseignements, en août 2006, la compagnie Boskalis International Ltd aurait versé une somme d’argent de $25 000 sur le compte de UTV Communication, une compagnie de distribution de films indiens en Angleterre. Blockbuster Video Network Ltd, la compagnie d’Eshan Chady, est un client de UTV Communication pour les achats des films indiens.
Pour approfondir leur enquête, les limiers de l’Icac ont réclamé et obtenu un ordre de la Cour suprême afin de vérifier tous les comptes bancaires du président de la MPA ainsi que ses appels téléphoniques. Les enquêteurs passent actuellement au crible les relevés bancaires du Dr Siddick Chady pour savoir quelles sont les transactions bancaires qu’il a effectuées entre mai 2006 et août 2008 afin de procéder à une autre étape de leur enquête. La Commission anticorruption veut obtenir tous les détails au sujet des transactions qui ont été faites sur le compte de Siddick Chady. Si les documents s’avèrent compromettants, les limiers établiront alors un «prima fascie case» contre le président de la MPA.
Les limiers de l’Icac cherchent aussi à obtenir des compléments d’information auprès de Boskalis International Ltd.
D’autre part, les enquêteurs tentent de mettre la main sur un document original qui, selon leurs renseignements, démontrerait que Boskalis International Ltd a versé de l’argent sur un compte du Dr Siddick Chady.
« Mon client n’a rien à se reprocher. D’ailleurs, il a lui-même autorisé l’Icac d’éplucher ses comptes bancaires. Il ne possède aucun compte à l’étranger. Aucun versement n’a été effecté sur son compte », explique Me Saïd Toorbuth. Et d’ajouter : « Si l’Icac découvre qu’il n’y a rien contre mon client, elle doit tout arrêter immédiatement. Au cas contraire, elle se lancera dans une ‘fishing expedition’. »
Par ailleurs, mardi, le président de la MPA a logé une plainte pour diffamation contre un hebdomadaire. Il réclame à ce journal des dommages de Rs 5 millions. Des proches de Siddick Chady seront également convoqués au bureau de l’Icac pour apporter plus de lumière sur cette affaire.
Siddick Chady : «Aucune corruption avérée»
Le Défi-Plus : Le leader de l’Opposition, Paul Bérenger, réclame votre révocation. Avez-vous l’intention de démissionner ?
Siddick Chady : La question ne se pose pas ! Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a indiqué au Parlement qu’il n’y a pas de prima facie case. Au fait, il n’existe aucun cas avéré de corruption. Ce ne sont que des allégations non-fondées. Paul Bérenger a cette fâcheuse habitude de réclamer la démission de ses adversaires. Quand des membres de son parti sont pointés du doigt, il est prêt à tout. Jusqu’à vouloir la dissolution de l’Economic Crime Office. Et, pourtant, il aurait dû lui-même démissionner pour avoir hébergé Toorab Bissessur à Madagascar. A défaut d’un projet sérieux pour la reconquête du pouvoir, Paul Bérenger tente de discréditer le gouvernement avec de faux scandales. Cette machination n’ébranlera pas l’Alliance sociale.
Sur quoi vous vous fondez pour affirmer que l’affaire des 25 000 dollars n’est pas un cas avéré de corruption ?
D’abord, Boskalis International n’avait aucune raison de soudoyer ou de récompenser qui que ce soit. Elle avait fait la meilleure offre et le contrat lui avait été alloué. Ensuite, en tant que président non-exécutif à temps partiel, je ne suis pas impliqué dans les affaires courantes de la Mauritius Ports Authority. Et encore moins dans les exercices d’appel d’offres qui sont émis par le Central Tender Board. D’ailleurs, le comité technique comprend les techniciens de la MPA (Mauritius Ports Authority), du CTB (Central Tender Board) et du ministère de tutelle. Je ne suis qu’un postier qui transmet la proposition finale de l’administration de la MPA au Conseil d’administration. Ceci dit, en aucune façon, je ne peux influencer la décision de l’allocation d’un contrat. Donc, je ne peux pas être bénéficiaire de bribes.
Combien de rencontres avez-vous eues avec les représentants de Boskalis International ?
Mes rencontres avec les représentants de Boskalis ne sont que d’ordre professionnel. Toutes les rencontres ont eu lieu dans les locaux de la MPA. Je les ai rencontrés pour la première fois lors d’une visite de courtoisie après que cette firme ait décroché le contrat. Elle était organisée par l’administration de la MPA car c’est une coutume ici à chaque fois qu’un contrat est alloué. Par la suite, je les ai rencontrés, toujours en compagnie des cadres de la MPA, pour trouver une solution pour les pêcheurs qui soulevaient contre les travaux de dragage. Je me suis impliqué avec le réflexe d’un politicien de désamorcer des bombes.
Voulez-vous dire que vous n’avez pas eu d’autres contacts avec eux ?
Je ne les ai jamais rencontrés seul, et à l’extérieur des locaux de la MPA. Je n’ai pas d’autres contacts avec eux.
Maintenez-vous n’avoir rien bénéficié de Boskalis International ?
Absolument ! Au cas contraire, je n’aurais jamais invité l’Icac à accéder à mes comptes bancaires. Par ailleurs, dans un affidavit juré en Cour, j’ai affirmé que je ne possède aucun compte à l’étranger. Il est clair que je n’ai pas pris de pots-de-vin de Boskalis.
Et votre compagnie Blockbuster Video Network Limited ?
L’Icac, qui a passé au crible les relevés bancaires de cette compagnie, n’a trouvé aucun versement venu de l’étranger.
Que répondez-vous au soupçon selon lequel Boskalis a réglé quelques factures de votre compagnie auprès des distributeurs de films en Angleterre ?
C’est de la spéculation ! Il faut savoir qu’en 2006, je n’étais ni actionnaire ni directeur de Blockbuster Video Network Ltd. Ce n’est que depuis la fin de 2007 que j’en suis le directeur.
Qui en étaient les actionnaires à cette époque ?
Mon épouse, mon fils et Bashir Nazeer.
Comment expliquez-vous que Boskalis, une compagnie européenne spécialisée dans le dragage fait du business avec UTV Communications, qui, elle, distribue des films indiens ?
Je ne peux pas répondre pour deux compagnies dans lesquelles je n’ai aucun intérêt. Mais, il faut savoir que des multinationales financent l’industrie cinématographique. De la même manière que des firmes privées sont en partenariat dans l’achat et la distribution des films.
Est-ce que Boskalis était en partenariat avec Blockbuster ?
A ma connaissance, non !