« Ayo mo piti, ki zot ine fer toi ? » Le visage décomposé, Florence, 79 ans, ne peut s’empêcher, malgré son âge avancé, de courir se jeter dans les bras de son fils, Jean Josué Jolicoeur, 51 ans.
Le quinquagénaire est quelque peu embarrassé par cet élan d’amour maternel. Ce lundi, il vient de quitter l’hôpital, un énorme bandage au bras droit. Samedi soir, il a bien failli laisser la vie dans les rues de la Cité-Barkly, victime des coups de sabres du gang des jumeaux Diop et Yannick Bhoyroo.
Si Florence est au bord des larmes en lui touchant son cou balafré et sa main aux tendons sectionnés, c’est qu’elle eu très peur, ce soir-là. Plus de soixante quinze hommes armés de katanas - des sabres de samurais -, de gourdins et d’autres armes ont voulu en découdre avec le fils de Jean-Josué, Nicolas, âgé de 35 ans. Malgré une forte présence policière, ces hommes n’ont pas baissé les armes. Ils ont agressé le beau-frère de Nicolas, Patrick Pharmasse, 28 ans, d’un coup de gourdin à la tête. Même si, officiel-lement, la police explique que c’est une bagarre entre les familles Jolicoeur et Curoopen qui a dégénéré, la réalité semble être tout autre.
Victime d'un vendetta
L’échauffourée de samedi soir a pour toile de fonds les coups de feu tirés par le gang des jumeaux sur la maison des Jolicoeur, dans la nuit du 11 septembre 2007. Et cette fois encore, la police n’avait rien pu faire pour empêcher ces gros bras de semer le trouble dans ce quartier.
Patrick Pharmasse est un témoin dans cette affaire et il semble être victime d’une vendetta de la part de ces personnes. Mais Kevin Curoopen, un des membres de la famille adverse, affirme que ce débordement est dû aux coups que lui a infligés Nicolas Jolicoeur, des heures plus tôt, alors qu’il passait dans la cité.
Ses proches ont donc monté une expédition en guise de représailles. Bilan : deux blessés chez les Jolicoeur et trois blessés chez les policiers, dont un chef inspecteur qui remplaçait un subalterne. Un véhicule de patrouille a même été endommagé.
La police de Rose-Hill, sous la direction de l’assistant surintendant de police Daniel Monvoisin et l’ACP Rashid Beekhun, a requis une inculpation de rebellion contre les forces de l’ordre contre les suspects dans cette affaire.
Sur les soixante-quinze fauteurs de trouble, dix ont été arrêtés à mercredi. Ils sont André Pierre Curoopen, 55 ans ; Yannick Elly Petit, 22 ans ; Jonathan Kong Kit Wah, 27 ans ; Enzo Janvier, 22 ans ; Didier Eric Curoopen, 26 ans ; Jonathan Curoopen, 25 ans ; Rudolph Jean-Jacques, 23 ans ; Giovanni Joseph, 33 ans ; Kenny Dubois, 18 ans, et Stéphane Bisnath, 23 ans.
Cette bagarre est donc intimement lié aux activités du gang des jumeaux. Kevin Curoopen, qui s’est constitué prisonnier en fin de semaine, avait déjà été embarqué par les hommes de Hurrydeo Raddhoa sur la ferme des Bhoyroo, à La Chaumière, en octobre 2006, pour tortures et séquestration sur un chauffeur de taxi marron, Johnny Christophe Antoinette. Neuf autres personnes se sont aussi rendues à la police.
D’après Nicolas Jolicoeur, un ancien chauffeur d’un directeur de l’express, ces hommes lui en veulent pour avoir soi-disant refilé des renseignements sur les jumeaux Bhoyroo à la presse.