Du haut de ses 26 années au service de la sécurité dans les boîtes de nuit, c’est un regard réaliste que James Eddy Rock, 42 ans et videur à la boîte de nuit Aux Enfants Terribles, porte sur le métier de bouncer. Ni enfants de cœur, ni grosses brutes, les bouncers remplissent une fonction qui témoigne du développement de la nightlife  mauricienne et du souci sécuritaire qui l’accompagne.

Le métier doit aujourd’hui répondre à des attentes pressantes, parmi une sécurité absolue en boîtes et la conduite professionnelle des videurs. Il ne suffit plus d’être adepte des arts martiaux, avoir des muscles saillants et de dévisager la clientèle. Aujourd’hui, le métier exige une bonne dose de psychologie et doit s’exercer dans la discrétion. «Il faut être subtil. Il faut ressembler aux clients sans pour autant se comporter comme eux. Il ne faut pas donner l’impression qu’on les surveille mais il faut avoir l’œil sur tout ce qui se passe ». Formé au taekwondo et au kickboxing, James reconnaît que ces techniques de self-defense sont indispensables en cas de coups fourrés. « Aujourd’hui, si vous mettez à la porte d’une boîte, un type un peu violent, la semaine d’ensuite, il peut revenir avec des amis armés jusqu’au dents.»

Une approche psychologique
Comment reconnaître le client ‘correct’ de celui qui cherche les ennuis ? A sa façon de se mouvoir, répond notre interlocuteur. Pour mettre hors d’état de nuire les fauteurs de troubles, rien ne vaut une approche psychologique! « Il faut les aborder doucement, leur parler… Si ça ne marche pas, à ce moment, on les entraîne dehors». Le moindre mouvement maladroit doit interpeller
le bouncer. «On connaît bien les drogués. Lorsqu’un d’entre eux se manifeste bruyamment, on l’invite à aller prendre de l’air.» Comme dans presque toutes les boîtes de nuit, l’abus d’alcool conduit parfois à des gestes inconsidérés. Et il arrive qu’on prête aux bouncers des actes violents sans en vérifier l’exactitude.

James cite le cas d’une boîte de Quatre-Bornes où des employés avaient organisé leur fête de fin d’année et qui avait été le théâtre d’affrontements impliquant des bouncers.  Ce type d’incident, indique-t-il, est l’exemple parfait des excès auxquels mène l’abus d’alcool.

Pas exempt de dérapages
Concernant les deux frères communément appelés les «jumeaux», il attend qu’on vienne démontrer leur culpabilité avant de les ‘condamner’. Notre interlocuteur admet que le métier n’est pas exempt de dérapages, mais, nuance-t-il, « un bouncer professionnel ne risque pas de commettre des brutalités, car il peut perdre son travail et être grillé pour la vie.

L’association que James veut mettre sur pied vise à redorer l’image ternie, et parfois malgré eux, des videurs. Grâce au concours d’un confrère belge, il compte mettre l’accent sur la formation psychologique des videurs. «L’attitude physique doit aller de pair avec les dispositions psychologiques. Il y a tellement de pressions dans ce métier qu’il est important de savoir se maîtriser ». Et pourquoi pas aussi mettre sur pied un barème salarial ? « Ce serait une bonne idée, mais il faut prendre en considération que chaque bouncer est en droit de négocier son salaire et ses conditions de travail selon ses aspirations, fait observer James.  Comme quoi, le métier reste résolument libéral.