Il pensera désormais à deux fois avant de passer un appel. Mohess Bhoyroo, 28 ans, a cru sa dernière heure arrivée dans la soirée du jeudi 28 août. Cinq hommes l’ont sauvagement passé à tabac sur les ordres de son ancien employeur. Il n’aurait pas apprécié qu’il passe des coups de fil à son épouse, bien après qu’il lui ait soumis sa démission.

Le jeune homme rentrait chez lui, à Vacoas, lorsqu’une voiture ralentit auprès de la sienne. Un homme de forte corpulence en descend et demande à parler à Mohess Bhoyroo. Mécaniquement, ce dernier décline son identité. Sur un signe de tête de l’inconnu, quatre hommes descendent, puis l’extirpent de son véhicule avant de le frapper à coups de poing et de pied. Traîné sur l’asphalte, Mohess ne doit son salut qu’aux habitants du quartier qui accourent à son secours.

Ses agresseurs le laisseront le visage en sang, à quatre pattes sur l’asphalte, non sans lui avoir lancé : « Arrête téléphone ça fam-la ! ». Mohess Bhoyroo parviendra à se rendre chez une personne de sa connaissance pour réclamer de l’aide.

« Li ti pé saigner, line dire moi amène li l’hôpital, line gagne batter », relate un témoin. Maintenant que ces hommes savent où il habite, Mohess Bhoyroo craint de remettre les pieds dans la maison qu’il loue depuis sa séparation avec son épouse. « Line dire moi li pas pou revini aster », confie
une voisine.

A l’unité des soins intensifs de l’hôpital, Mohess Bhoyroo donnera à la CID de Vacoas quelques indices sur ses agresseurs et leur voiture. Les hommes du sergent Naiko ne perdront pas de temps à les coincer.

Le lendemain, Fréderic Mootien, la trentaine, un «videur» habitant Beau-Bassin, est appréhendé. Pressé de questions, il balance le nom de ses acolytes.

Fréderic Mootien révèle également aux enquêteurs qu’il a agi sur les ordres d’un certain Chandan Kowlessur, habitant du Nord, l’un des responsables de la firme Usa Rama Computers. Le «bouncer» souligne que leur commanditaire a demandé expressément de « donner une correction au jeune homme », car il le soupçonne d’entretenir une liaison avec son épouse.

Au fil de son enquête, la CID de Vacoas constatera que la version du «videur» tient la route. La victime a bien travaillé pour la firme Usa Rama Computers comme chauffeur et avait pris l’habitude de téléphoner à la femme de son patron.

Quatre complices de Frédéric Mootien sont interpellés : Jonathan Jacquotte, Noris Saydraooten, Jacques Béchard et Bébé Jenny Louisa. Seuls trois d’entre eux sont passé aux aveux. Après leur comparution devant le tribunal de Curepipe mardi, quatre hommes ont été libérés sous caution, sous une accusation de vol avec violence car ils ont gardé le téléphone portable de la victime.

Fréderic Mootien et Chandan Kowlessur, eux, ont comparu devant le tribunal de Curepipe, vendredi. Kowlessur sera poursuivi pour avoir commandité cette agression. Lors de son interrogatoire, il a dit connaître la victime mais a nié en bloc les allégations portées contre lui.