Plusieurs produits abîmés, endommagés ou ne portant aucune indication de date ont été saisis dans deux grandes surfaces cette semaine. Négligence ou incompétence ? D’où vient la faille ? Éléments de réponse.

Lundi matin. Le pays se réveille. Les officiers de la Central Flying Squad du ministère de la Santé sont, eux, déjà à pied d’œuvre. Ils effectuent des contrôles dans neuf grandes surfaces à travers l’île. La pêche sera bonne. Dans un supermarché à Curepipe, ils saisissent des produits laitiers, des jus de fruits, des saucisses, des nouilles... Dans une autre grande surface à Ébène, boissons gazeuses, produits surgelés, biscuits et conserves seront saisis.

La  liste des saisies s’allonge. Et les interrogations aussi. Comment expliquer la présence de produits impropres à la consommation dans les rayons ? « Le contrôle et le suivi d’expiration des produits repose uniquement sur un employé. Il suffit que ce dernier n’assume pas ses responsabilités, soit distrait, manque de temps ou de compétence pour qu’on se retrouve avec des produits expirés dans les rayons », explique un opérateur sous le couvert de l’anonymat. Dans la plupart des cas, déplore-t-il, l’employé effectue des contrôles super­ficiels. Pourtant, vérifier la date d’expiration est une règle de base pour un commerce. « Si un commerce faillit dans ce rôle, il y a des possibilités qu’il y ait d’autres failles ailleurs. »

Des actions coups de poing
Un système de contrôle n’est toutefois pas sans faille. « Ce n’est pas évident de tout contrôler malgré qu’il y ait un système en place. D’autant plus qu’un supermarché compte entre 5 000 et 10 000 références (variétés de produits) et un hypermarché entre 10 000 et 50 000 références ». D’autre part, poursuit-il, le zéro risque n’existe pas. « Ce n’est pas une science exacte. C’est la raison pour laquelle il faut un suivi continu. C’est le devoir moral de chaque commerçant de contrôler ses produits car il y va de la santé d’autrui. »

C’est pourquoi à la Central Flying Squad, on veille au grain. « Depuis l’année dernière, nous avons renforcé le contrôle dans les commerces, grands comme petits, pour veiller à ce que les produits soient propres à la consommation et que les normes soient respectées », explique Darwin Ramasawmy, ‘Principal Health Inspector’ de la Central Flying Squad. Une intensification de contrôle qui suscite pas mal de commentaires. « Nous avons été très vigilants. Nous avons mis les produits expirés et abîmés de côté afin de les retourner aux fournisseurs. Ils n’étaient ni dans nos magasins, ni dans notre store. Ce sont ces produits que les officiers ont saisis », avance Ignace Lam d’Ébène Way. Y a-t-il eu excès de zèle ?

« Les inspecteurs subissent des pressions. Ce n’est
pas parce que quelqu’un a triché que nous sommes tous des tricheurs », répond Ignace Lam.

« C’est l’affaire Innodis qui a tout déclenché. Les associations des consom­ma­teurs ont mis en cause le laxisme du ministère de la Santé qui a réagi à travers des actions coups de poing. « KFC en a fait les frais et aujourd’hui ce sont les grands commerces qui sont passés au peigne fin ». Ni­colas Kan Way, directeur de London Way, est d’un avis différent. « Les visites des officiers sont une pratique courante. Elles sont au­jourd’hui plus médiatisées. Ce qui donne cette impres­sion qu’il y en a plus ». Ca­der Sayed-Hossen, prési­dent de la Commission pour la démocratisation de l’économie, est sur la même longueur d’onde. « Ces deux derniers mois, il y a eu des saisies spectacu­laires dans des sociétés connues, respectées et jouissant d’une bonne réputation. Ce qui attire plus d’attention. »

Ne peut-on pas attri­buer les manquements aux conditions sanitaires de la part des grosses boîtes épin­glées à la compétition ac­crue dans le domaine de l’alimentation ? « Depuis ces derniers vingt ans, il y a une grosse poussée de com­pétition dans tous les do­maines, surtout dans celui de l’alimentation. Mais quelle que soit l’inten­sité de la concurrence, cela n’en­lève en rien à l’obli­ga­tion de toute la chaîne de dis­tribution (fournisseurs, importateurs, grossistes, distributeurs...) de respec­ter les normes de sécurité et d’hygiène », soutient Cader Sayed-Hossen. « La grande distribution a con­nu un développement ra­pide. Plus il y a de produits en vente, plus le suivi de l’expiration devient difficile. Ce qui impose un système de con­trôle et de suivi très strict. Il suffit qu’une en­seigne n’ait pas un système de contrôle correct pour que le risque augmente », argue pour sa part Shah-Nawaz Sha­khun, ‘Opera­tions Mana­ger’ chez Winner’s.

Cheminement d’un produit dans une grande surface
- Une fois livré dans une grande surface, le produit est mis directement en rayon ou dans le store pour pallier toute rupture de stock.

- L’employé en charge du rayon ou de la section doit s’assurer que le nouveau produit est placé au fond afin que les articles déjà dans les rayons soient vendus en priorité. C’est ce qu’on appelle la rotation ou en termes économiques « first in first-out ». L’article qui reste au fond du rayon a plus de chance d’expirer s’il n’y a pas un bon contrôle.

- Si la date de péremption du produit est proche, le commerçant  informe le fournisseur. Ce dernier décide soit de reprendre le produit ou propose au commerçant de le vendre à un prix promotionnel comme le veut la pratique commerciale. Tout dépend de la quantité du stock. Dans les commerces, on note que certains clients sont friands de ce type de promotion.

EN CHIFFRES
820 tonnes de produits alimentaires abîmés, expirés ou avariés ont été saisis depuis le début de l’année.
800 contraventions ont été établies cette année. Un chiffre qui a doublé en un an.