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Elles ciblaient les enseignantes de mandarin: Les sorcières pompent Rs 1 M à une vingtaine de sino-mauriciennes
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Abhi Ramsahaye

 
By Abhi Ramsahaye
Published on 11/1/2009
 
Trois ressortissantes chinoises sévissent actuellement chez nous. Leurs cibles: leurs lointaines cousines trop crédules ou superstitueuses. Elles auraient escroqué une vingtaine de nos compatriotes, raflant quelque Rs 1 million.

L’herbe semble être plus verte à Maurice qu’en Chine. Trois ressortissantes chinoises, âgées de 40 à 50 ans, ont trouvé la combine pour tondre leurs lointaines cousines installées sous nos cieux. LE trio infernal s’en est pris à une vingtaine de sino-mauriciennes, leur dépossédant de plus d’un million de roupies. La méthode : elles approchaient leurs victimes, leur affirmaient qu’une terrible malédiction s’abattrait sur leurs proches. Ensuite, elles promettaient de conjurer le mauvais sort contre une forte somme d’argent.

Les trois « sorcières » ciblaient les enseignantes de mandarin et elles leur baragouinaient quelques mots de hakka. Dans les hautes Plaines-Wilhems ou au Marché central, leurs victimes, superstitieuses ou naïves, se sont laissées embobiner sans coup férir. Nos compatriotes sino-mauriciennes étant de nature discrète, nul n’est venu dénoncer les escrocs et porter plainte. C’est après le dernier tour de force des « sorcières » que les langues se sont déliées.

Trois plaintes au départ

Trois personnes ont alors porté plainte. Deux dépositions ont été faites au poste de Trou-Fanfaron, Port-Louis, et une autre à Curepipe. Deux des victimes enseignent le mandarin.

Les autres personnes grugées se gardent bien de dénoncer, elles se sentiraient terriblement gênées si leur malheur s’ébruitait au sein de la communauté. Elles ont toutes perdu, soit beaucoup d’argent, soit de précieux bijoux.
Une Curepipienne a bien voulu raconter comment on l’a arnaquée de Rs 400 000. Jocelyne (nom fictif), enseignante de mandarin, raconte qu’elle s’était rendue aux Arcades Salaffa, à Curepipe, le jeudi 22 octobre pour réparer sa montre.
Près du magasin, une quadragénaire chinoise l’a heurtée de l’épaule. Elle s’exprime en mandarin et lui demande : « Où se trouve le cabinet du docteur Lee?». «Je ne sais pas », lui répond Jocelyne qui ne voulait pas engager la conversation avec l’inconnue.
Une deuxième femme chinoise, la cinquantaine, se présente. Elle lance à la première femme : «Oui, je connais ce médecin ! » Jocelyne explique que la deuxième complice l’a regardée droit dans les yeux. Elle se sent soudainement «hypnotisée » et se met à les suivre aveuglément.

En cours de route, Jocelyne entend la deuxième femme raconter que son mari était malade et que nul n’a pu le guérir sauf le grand-père de son amie, un «guérisseur », affirme-t-elle.

Peu après, une troisième chinoise vient les rejoindre. La quarantaine, elle semblait très branchée avec ses cheveux blonds, se souvient Jocelyne. C’est son grand-père qui est censé guérir les malades.

La deuxième ‘sorcière’ lui lance : « Justement, on te cherchait !» L’autre de répondre : « Je t’ai dit mille fois de ne pas raconter à tout le monde que mon grand-père est un guérisseur. Il ne reçoit que des proches chez lui… » Elle appelle finalement le ‘grand-père ’ qui refuse de les recevoir car, dit-il, sa belle-fille vient d’accoucher de jumeaux.
Entre-temps, le ‘grand-père guérisseur’ a consulté son «miroir magique». Il demande à sa petite-fille d’expliquer à Jocelyne que son fils est en danger de mort et que des «diables dorment sur le même lit que lui».

Argent et bijoux

Le ‘guérisseur’ signale aussi à sa petite-fille de persuader Jocelyne que son fils ne sera guéri qu’à la seule condition qu’elle lui apporte du riz, de l’argent et des bijoux en or. Puis, il raccroche.

La troisième « sorcière » persuade donc Jocelyne de lui apporter le riz, l’argent et les bijoux pour les rituels du grand-père, afin de chasser les esprits maléfiques. Elle lui demande ensuite où elle cache son argent.

« Hypnotisée », Jocelyne confie qu’elle conserve tout en banque. Les quatre femmes se dirigent vers la Bramer Bank, à Curepipe. Jocelyne effectue un retrait de Rs 300 000, soit toutes ses économies. La caissière lui a bien proposé un «chèque de banque » qu’elle refuse tout net. La caissière l’interroge sur la destination de tout cet argent. «Je vais le déposer à la Mutual Aid », lui répondra Jocelyne.

Elle place l’argent dans un sac et quitte la banque. La troisième complice attendait dehors. Elle demande à sa victime si elle a encore de l’argent. «Oui, à la succursale de la Hongkong and Shanghai Banking Corporation. Nouveau retrait, le butin s’élève alors à Rs 100 000 !

 Jocelyne et ses trois ‘sorcières’ se dirigent ensuite vers l’Hôtel de Ville de Curepipe pour discuter des rituels à effectuer. L’une d’elles lui demande de mettre tout son argent dans un sac en plastique noir. Les autres demandent à Jocelyne de se retourner tandis qu’elles bénissaient son argent.

C’est à ce moment-là qu’elles ont manipulé le sac. Les trois ‘sorcières’ en avaient un autre, identique, en leur possession. Pendant qu’une ‘sorcière’ occupait Jocelyne et lui parlait, une substituait les Rs 400 000 par une bouteille d’eau et des oranges.
Elles expliquent alors à Jocelyne qu’elle doit faire plusieurs nœuds à son sac, qu’elle devait surtout ne pas ouvrir 14 jours durant. Puis, les ‘sorcières’ lui font comprendre qu’elle pouvait retourner chez elle pour récupérer du riz et ses bijoux en or avant de revenir. Elles lui donnent rendez-vous au même endroit.

Une fois chez elle, Jocelyne place vite du riz, tous ses bijoux en or et des devises étrangères dans un sac. Son époux remarque qu’elle a l’air bizarre. «Tout va bien ?» lui demande-t-il. « Oui », lui répond -elle d’un signe de tête, un brin agacée.
Jocelyne s’en retourne à l’Hôtel de Ville. Stupeur : ses ‘sorcières’ chinoises ne sont pas là. Elle revient déçue à la maison. Quelques heures après, elle dit avoir repris ses esprits. Sans perdre une seconde, elle ouvre le sac en plastique et constate qu’il n’y a plus que des oranges, une bouteille d’eau et des journaux. Elle comprend alors qu’elle a été roulée dans la farine, qu’elle a été la victime d’une escroquerie.

Prenant son courage à deux mains, elle déballe sa mésaventure à son mari. Tout l’après-midi, ils choisissent de garder silence. Le lendemain, Jocelyne se confie à sa belle-sœur qui la convainc aussitôt de porter plainte. C’est ce qu’elle a fait.

Infos précises
Une sexagénaire a rencontré ses ‘sorcières’ au Bazar central au mois de juillet. Elles l’ont hypnotisée et l’ont obligée à leur remettre Rs 180 000 retirées de la HSBC, plus des devises étrangères et ses bijoux en or. Le tout pour Rs 300 000. «Elles savaient tout de mes faits et gestes et où j’habite», avoue-t-elle. Ce qui laisse croire qu’elles sont bien renseignées sur leurs victimes.

Poudre hypnotisante ?
Cette quinquagénaire de Beau-Bassin n’en revient pas. On lui a escroqué Rs 50 000. Elle était au Marché central, le 14 avril dernier. Dans ses poches, Rs 5 000 pour faire ses courses.  Au bazar, elle sent quelqu’un lui lancer une poudre sur l’épaule. «Immédiatement, raconte-t-elle, j’ai été hypnotisée. Trois ‘sorcières’ s’approchent d’elle et lui demandent de retirer son argent de la Barclays Bank. Elle s’exécute aussitôt et leur remet Rs 45 000 en sus des Rs 5 000 qu’elle avait en poche. Trois jours plus tard, reprenant ses esprits, elle porte plainte au poste de Fanfaron. Les policiers l’emmènent dans leur véhicule à la recherche des ‘sorcières’, en vain.  «J’ai raconté ma mésaventure à des amies de l’église. Stupeur : elles avaient aussi été la proie de es ‘sorcières’. Il y a eu une vingtaine de victimes», relate cette enseignante de mandarin.