«On a dû manger du pain sec avec du satini à l’île de La Réunion…» C’est verte de rage que Menatchee, (nom fictif), 72 ans, nous relate son périple à l’île sœur. «Nous, des seniors, avons été les dindons de la farce de cette soi-disant organisatrice de voyages, Parbatee Devi Sooknah. Pourtant, elle disait gérer une agence de voyages à Rivière-du-Rempart… »

Au retour de ce voyage « catastrophique » chez nos voisins, organisé il y a quatre mois, Menatchee porte aussitôt plainte à la police. Tout comme une vingtaine de retraités du Nord, elle dénonce Parbatee Devi Sooknah, 57 ans, qui leur a fait débourser Rs 8 500 pour passer un bon moment à l’île Sœur. « Ce fut plutôt un vrai cauchemar… un calvaire inqualifiable !»

Recherchée depuis juillet, c’est lundi que la quinquagénaire a été finalement interpellée par la police de Goodlands. Les enquêteurs la soupçonnent d’avoir abusé de sa position de propriétaire de l’agence Vahinee Airlines Travel Tours pour cibler les vieilles personnes afin de mieux les tondre.

«Elle passait de maison en maison, comme si elle venait nous demander la charité. Nous étions loin d’imaginer le calvaire qu’elle nous fera endurer plus tard à l’étranger », ne décolère pas une autre victime, Kareena (nom fictif).  «J’ai vécu la pire humiliation de ma vie en débarquant à l’île Sœur avec trente et un autres compatriotes.

«Les trois jours de rêve promis ont vite viré en cauchemar, sitôt débarqué du bateau ! D’abord, on nous a fait monter dans un véhicule tout-terrain, par groupe de cinq voyageurs, pour aller ensuite patienter… trois heures durant à un arrêt d’autobus. Et c’est dans un bus du transport en commun que nous avons rallié St-Denis», peste Kareena.

«Après, il a encore fallu marcher avec nos bagages sur les épaules ou sur la tête. Des Réunionnais s’amusaient en nous voyant, ils ne pouvaient s’empêcher de ricaner», relate Kareena.

Promesse d’une cuisine aménagée

Une fois à l’hôtel, la dégringolade se poursuit. Jugez donc : il n’y a aucune réservation à leurs noms. Pourtant, la gérante Sooknah leur a bien soutiré de l’argent pour «régler les frais d’hôtel…»

Nos pauvres seniors finiront par se rendre compte… avoir été menés en bateau ! Ainsi, la gérante de l’agence avait juré les grands dieux qu’ils pourraient apporter leur nourriture et que l’hôtel mettrait une cuisine à leur disposition afin de préparer eux-mêmes leurs repas. Bien évidemment, l’hôtel ne leur a pas donné cette permission. «Nous sommes rentrés avec nos colis de provision», s’emporte Kareena.

«Certains d’entre nous avaient «profité de l’aubaine» pour emmener leurs petits-enfants. Nous avons dû bouillir des mines au four à micro-ondes pour les nourrir. Je vous laisse imaginer la misère
que nous avons passée…», confie notre interlocutrice toute honteuse.
C’est un proche d’une des vacancières, installé à La Réunion, qui les aidera à mieux s’alimenter. Il leur fournira notamment des boîtes de thon. Le séjour incluait des excursions. Hélas, la seule balade que les Mauriciens s’offriront sera de quitter l’hôtel pour prendre un peu d’air : ils n’avaient pas suffisamment d’argent pour se payer la moindre promenade !
Certes, la gérante de l’agence était bien du voyage, mais elle a disparu dans la nature sitôt débarquée. Lors du voyage de retour, les Mauriciens ont été traités comme des moins que rien : personne à l’hôtel n’a levé le petit doigt pour les aider. C’est un autre parent d’une vacancière qui a affrété une camionnette pour les bagages et un bus pour les véhiculer au port.
Autres dénonciations

Une fois au pays, une vingtaine de voyageurs traumatisés ont saisi la police. Au mois d’octobre, c’est un groupe de voyageurs pour l’Inde qui a dénoncé Parbatee Devi Sooknah. Chacun d’eux avait déboursé Rs 34 000 pour s’offrir un périple dans la Grande Péninsule. Ce séjour indien devait durer vingt jours. Des aspirants touristes avaient cassé la tirelire – en puisant dans leur compensation du VRS – pour s’offrir cette petite folie.
Jusqu’à présent, Anne, ma sœur Anne…, ils n’ont rien vu venir! « Le jour annoncé du départ, nous étions mis sur notre trente et un. Nous avions tous bouclé nos bagages. Une fourgonnette devait passer les récupérer… Hélas, il n’y a jamais rien eu !», raconte une victime.

Arrêtée par les hommes de l’inspecteur Beebeejaun, Parbatee Devi Sooknah a passé deux nuits au cachot. Elle a été relâchée dans la semaine contre une caution de Rs 40 000. Elle a été inculpée d’escroquerie devant le tribunal de Mapou.

Parbatee Sooknah : «Ce sont des mensonges»
«Tout cela n’est que mensonge. Cela fait dix ans que j’exerce ce métier. Jamais, au grand jamais, je n’ai eu à rembourser un sou à qui que ce soit», se défend Parbatee Devi Sooknah. Elle rejette les allégations d’escroquerie portées contre elle. « Pour le group-tour à La Réunion, en juin dernier, j’avais réglé les frais d’hôtel. Sans réservation d’hôtel, comment voulez-vous qu’on débarque à La Réunion ? Ce sont des faussetés colportées à mon sujet. Les touristes ont bénéficié d’un transport pour les bagages. Ils voulaient seulement voyager en transport public pour frapper des mains. Certains d’entre eux avaient préparé du ‘vindaye’ et du poulet KFC… Ces aliments ne sont pas allés dans le transport des bagages. Il leur a donc fallu transporter toute cette nourriture avec eux…” Concernant le voyage en Inde, Parbatee affirme que seules quatre personnes n’ont pas fait le déplacement. «Elles ont déclaré qu’elles ne partaient pas à cause de l’épidémie de la grippe A. mardi, je devais leur rendre leur argent, hélas, j’étais en cour. Je n’ai pu me libérer. Toute cette somme récoltée, je vais le leur rembourser», affirme la gérante mise en cause.