La fillette de 10 ans donnait le bain au bébé. Elle l’a laissé seul pendant un court moment, lorsque le drame s’est produit, vendredi. Cindy Perrine, 30 ans, la maman du petit William, est encore sous le choc. « Si mo ti gagne l'aide avek governement, mo pas ti ava travail autant. Mo ti capave passe plis beaucoup letemps avek mo trois zenfant », lance-t-elle.
Lorsque la grande soeur dont la mère avoue qu’elle ne mange pas toujours à sa faim, est revenue, il était déjà trop tard. Le petit William Perrine était mort noyé dans une cuvette d’eau. La famille Perrine habite sur un terrain de l'état, tout comme une vingtaine de familles rodriguaises. Sa maison en tôle et en bois est dépourvue d'électricité et d'eau potable. Une atmosphère tendue règne dans cette région, appelée Camp Rodriguais, à Folle Herbe, Bambous.
Chez les Perrine, c’est la colère. Cindy Perrine rend les officiers de la sécurité sociale responsable de son malheur. « Mo finne alle guette zotte plusieurs fois pou zotte augment pension ki mo gagner pou mo zenfan. Coume ca mo ti capave passe plis letemps avek zotte ou mo ti capave arrete travail. Ou alors mo ti ava kitte zenfants kotte voisine », pleure-t-elle.
En effet, au moment du drame, les deux enfants étaient chez une voisine, qui était elle à des toilettes assez éloignées de sa maison. Cindy est une femme laboureur. Elle vit séparée de son époux depuis quelques mois. Le mari, qui travaille au département dépotage à la douane, contribue très peu au budget familial. Cindy est donc le seul gagne-pain de la famille. Elle arrive difficilement à subvenir aux besoins de ses enfants, dont la cadette Doriella, âgée de 8 ans souffre d’un handicap.
Une des voisines, excédée par les mauvaises conditions de survie de cette famille, ne mâche pas ses mots. « Des fois, grand tifi la pas capave alle l'école quand mama là péna cash ou péna manger. Péna dilait pou donne ti fille handicapé la. Eski ou croire qui avec Rs 2 500 ou capave soigne ene zenfan handicapé ? Bizin acheté couche pou change li ek dilait ki so seul nourriture. Zotte la vie bien difficile », dit-elle.
Les funérailles du garçonnet ont eu lieu samedi après-midi à l'église St-Sauveur, à bambous.
Joyce Marion : « Ce drame aurait pu être évité »
Joyce Marion, travailleuse sociale de Bambous et secrétaire de l'Association des citoyens de l'Ouest et du Sud, exprime sa révolte. Elle pointe du doigt les officiers de la Sécurité sociale. « Si seulement ils avaient considéré ce cas comme étant urgent ! J'ai accompagné cette famille pendant des mois. Nous avons informé la Sécu des conditions dans lesquelles vivent ces enfants et leur mère. Nous avons réclamé plus d’aide. Mais l’inspecteur de Bambous a répondu qu’elle devait régler le problème avec son ex. Entre-temps, il y a une fillette de huit ans qui est mal nourrie. Elle ne vit que sur le lait que, des fois, la maman n'a pas le moyen d’acheter. L'autre fillette de dix ans ne mange pas à sa faim et ne va pas à l'école quand la maman n'a pas d'argent », dit-elle.