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Trop de problèmes dans nos prisons - Le manque de personnel est la cause du mal
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Jean Claude Dedans

 
By Jean Claude Dedans
Published on 12/21/2009
 
Un manque d'effectif est la racine du mal qui ronge nos prisons. Pour une population carcérale de 2 219 détenus, il y a 936 membres du personnel, dont seulement 50 % travaillent directement avec les prisonniers. Sans compter que les détenus qui ne bénéficient pas de rémission se transforment en caïds. Constat effarant !

Le rapport gardes-chiourmes/prisonniers est de 1 pour 5. Par exemple, à la Prison centrale de Beau-Bassin, conçue pour accueillir 700 prisonniers, il y en a présentement 1 251. À la prison des femmes, il y a 137 prisonnières et 6 enfants, tandis qu’à Petit Verger, on dénombre 242 détenus. À Grande-Rivière Nord-Ouest, il y a 335 détenus, dont 44 condamnés seulement. Le reste étant des suspects « remanded to cell ». La Bastille compte 10 pensionnaires, tandis que la New Wing en compte 224.

La surpopulation est décriée depuis des années par tous ceux concernés de près par le problème. D’ailleurs, depuis 1996, la loi a été amendée pour empêcher la rémission aux personnes condamnées pour des délits de drogue. « 85 % des prisonniers sont enfermés pour des délits de drogue. Ils savent qu'ils n’auront pas de rémission. Ils n’ont aucune raison de bien se comporter. Ils deviennent alors des caïds et s’adonnent au trafic de drogue à partir de leurs cellules », affirme l’ancien prisonnier Lindsay Aza, qui s'occupe désormais de la réinsertion des détenus au sein de l'ONG Elan.
Pour lui, la rémission est primordiale dans la psychologie des prisonniers. « S'ils savent que, s'ils ont un bon comportement ou s’ils travaillent le dimanche, ils auront moins de jours à passer en cellule, ils adopteront une autre attitude. Mais là, ils n'ont rien à gagner. C'est normal qu'ils se rebellent, qu’ils deviennent violents et qu’ils règlent leurs comptes avec les gardes-chiourmes », dit-il.

Comment alors la drogue et les portables entrent-ils dans les prisons ? Sa réponse : « D’abord, par le biais des gardes-chiourmes véreux ! Pour un peu d'argent, les chefs de gang peuvent commander ce qu’ils veulent. Même en cas de fouille corporelle, on ne pourra jamais déceler de la drogue si elle est ingurgitée ou mise dans l'anus. Ce qu'il faut, c'est investir dans un scanner, qui détecte absolument tout. Cela se fait en Allemagne », dit-il.
L’autre moyen, c’est lorsque les prisonniers se rendent en cour. « Il est difficile à quelques gardes-chiourmes de surveiller 350 prisonniers qui vont quotidiennement en cour. Très souvent, les proches viennent leur apporter de l'eau ou des cigarettes. Mais, grâce à des astuces, ils arrivent à déjouer l'attention des gardiens. La drogue est immédiatement avalée et entre en prison », dit-il.

Recueillir des informations
Donc, c'est le manque de personnel qui pose problème ! Lindsay Aza et Jacky Kamanah, secrétaire de la Prisons Officers Association, en sont convaincus. « Nous sommes supposés faire ce qu’on appelle ‘intelligence’, c’est-à-dire recueillir des informations auprès des prisonniers quand ils sont dans la cour. Pour savoir ce qu'ils trament. Mais nous ne sommes pas assez nombreux pour cela », explique Jacky Kamanah.

Il donne pour exemple le fait qu'à la prison centrale de Beau-Bassin, il y a 38 officiers durant les deux premières rotations (shifts) et 21 la nuit. « Mais on dénombre 8 officiers absents pour maladie dans chacun des shifts. Comment travailler avec si peu d’officiers pour une population carcérale de 1 251 prisonniers ? Sans compter que nous devons être vigilants », ajoute-t-il.

Jacky Kamanah fustige le mauvais déploiement du personnel des prisons. En fait, sur le millier de membres du département des prisons, seuls 50 %, dit-il, sont directement concernés avec les prisonniers. Le reste étant affecté à d'autres tâches administratives. « C’est évident qu’il faudrait un plus gros pourcentage d'officiers affectés à la surveillance des prisonniers », insiste-t-il.

Suppression de postes
Comme si un malheur ne venait jamais seul. Le dernier rapport du Pay Research Bureau (PRB) recommande la suppression de plusieurs postes et le non-remplacement de 200 postes vacants. De plus, de 11 grades, le PRB n’en recommande plus que 7. Il y avait, auparavant, 801 Basic Grade Prison Officers. Ce nombre est passé à 762. Le nombre de Principal Prisons Officers est passé de 108 à 98 et celui de ASP, de 48 à 33. Finalement, tous ceux qui partent à la retraite ne seront plus remplacés à partir de 2010. La construction d’une nouvelle prison, qui accueillera 750 prisonniers, est prévue à Melrose. Les premiers coups de pioche seront donnés en janvier prochain. Mais il n'y aura pas de recrutement de gardes-chiourmes. Le gouvernement compte puiser dans l'actuel réservoir, alors que le rapport gardes-chiourmes/prisonniers est de 1 pour 5. Comme Risk Allowance, les PSS touchent Rs 1 160 par mois, alors que les gardes-chiourmes n'ont que Rs 300, selon le PRB.

Des miradors inutiles
Les quatre miradors de la prison centrale ne servent plus à rien. La raison ? La direction des prisons a décidé de construire des bâtiments au beau milieu de la cour. Ce qui fait que les officiers de la PSS, qui sont supposés avoir une vue imprenable sur la cour et sur l'extérieur, n'arrivent plus à le faire. Ce qui fait aussi qu'une autre tour a dû être construite au coeur même de la prison, tout près du Blacksmith, près de l'allée menant aux Yards 3 et 4. Ajoutons que les caméras CCTV sont hors d'usage, tout comme les jammers, censés brouiller les appels des portables des prisonniers.

Sodomie pour 4 clopes
À l'intérieur des cellules, la sodomie est fréquente. La raison ? Le fait qu’il y a parfois sept détenus dans une cellule prévue pour trois n’arrange pas les choses. Il faut préciser que, souvent, c’est carrément du viol. Mais, des fois, on peut « coucher » pour des cigarettes. Une « passe », comme ils l'appellent là-bas, vaut 4 cigarettes. Quant à la drogue, certains prisonniers ont l’habitude de plaisanter en disant qu’il est plus facile de s’en procurer à la prison qu’à l’extérieur.