Il est mort pour la malheureuse somme de Rs 47 000. Rabindeo Rabidut Jhowry, Rahul pour les intimes, est mort asphyxié, tué par trois cambrioleurs encagoulés aux petites heures de samedi matin. Cet ancien lecturer du Mauritius Institute of Education (MIE) se trouvait à Mon-Choisy, chez sa vieille tante qui habite seule dans une vaste demeure.
« Cela fait huit ans qu'il est venu s'installer chez moi. Il était comme un fils pour moi », pleure Dewantee Ramtohul, âgée de 85 ans. Vendredi soir, Rabindeo Jhowry, célibataire, est sorti comme à son habitude pour une petite virée qui a pris fin au casino du Caudan, à Port-Louis. Avant de partir, il a remis la somme de Rs 35 000 à l'épouse de son cousin décédé l'an dernier, Indu Bala, une Indienne de 37 ans. L'argent devait servir à payer les charpentiers rénovant son domicile, à Montagne-Longue.
De retour du Caudan, peu après deux heures du matin, Rabindeo Jhowry s'est installé devant la télévision, sa cigarette en main, dans sa chambre à l'étage. Tout laisse croire qu'il était attendu par les trois malfrats encagoulés. Selon toute probabilité, ils se sont introduits dans sa chambre par une fenêtre laissée ouverte et dépourvue d'anti-vol.
Elle entend du bruit
Selon Indu Bala, il était aux alentours de 3 heures du matin quand elle a entendu du bruit provenant de la chambre de Rahul. Elle a d’abord cru qu'il avait monté le son de son téléviseur. Puis, elle s’est rendu compte qu'une personne se faisait agresser. Effectivement, Rabindeo Jhowry vivait un calvaire. Les trois hommes lui ont ligoté les bras avec une chemise, les jambes avec une serviette de bain, tout en lui fourrant des morceaux de tissu, d'une chemise et d'une « veste » (un singlet) dans la bouche. Comme il ne cessait de geindre, ils l'ont roué de coups de poing au visage.
Indu Bala a alors composé le numéro de Rabindeo Jhowry pour savoir s'il se portait bien. Lorsque son portable s'est mis à sonner, les trois cambrioleurs l'ont piétiné, réalisant immédiatement qu'il y avait une personne dans la chambre d'à-côté. L'un d'eux a alors enfoncé la porte d'un coup de pied. Malgré le bruit, Dewantee Ramtohul ne pouvait rien entendre. Elle est atteinte de surdité et avait avalé deux comprimés (Pyrithon) la veille au soir. Muni d'une cagoule blanche – un polo en coton – un des malfrats a empoigné Indu Bala par les cheveux tout en tentant de l'assommer à coups-de-poing. Il lui a pris ses Rs 12 000, les Rs 35 000 de son beau-frère, ainsi que son téléphone portable, valant Rs 1 000.
L'Indienne, qui devait rentrer dans son pays samedi, l’a mordu à la main droite jusqu'à l’os. Dans l’autre chambre, les deux autres voleurs se sont rendu compte que Rabindeo Jhowry avait rendu l'âme. Ils se sont enfuis par la fenêtre. Mais l'un d'eux s'est pris le pied droit dans les décorations en fer bordant le mur d'enceinte de la maison de Dewantee Ramtohul. Mandée sur les lieux, la police a retrouvé la chaussure du suspect qui s'est blessé sur le mur d'enceinte. Il est tombé face contre terre et, groggy, il n'a pu récupérer la chaussure de sport blanche, de la marque Umbro et de taille 40. Une demande de vérification d'identité des blessés à la tête et à la jambe droite, ainsi qu'à la paume droite a aussitôt été donnée.
Entre-temps, la dépouille de l’ancien lecturer a été autopsié par le No 2 du service médicolégal de la police, le Dr Sudesh Kumar Gungadin. Si la victime gémissait autant face à ses assaillants, c'est qu'elle avait de grandes difficultés à respirer. Rabindeo Jhowry était diabétique et souffrait de tension artérielle et de bronchite. Selon le rapport du médecin légiste, il est mort asphyxié. Deux de ses dents ont été retrouvées dans son appareil digestif.
À samedi soir, les hommes de l’ASP Manaram de la CID de Trou-aux-Biches, sous la supervision du surintendant Devanand Reekoye ont arrêté plusieurs récidivistes notoires, présentant de blessures à la jambe, de différentes régions de l'île. L'un d'eux a été mordu à la jambe par le chien de son ami qu'il aidait à construire un kawal en vue de la Maha Shivaratree. Une opération a été menée tard dans la nuit à Cité la Cure.
À Montagne-Longue, les frères de Rabindeo Jhowry décrivent ce dernier comme un flambeur. « C'était un célibataire sans histoire et très réservé. Mais, dès qu’on lui parlait de casino, ses yeux brillaient », explique Ramesh Jhowry. Outre sa passion pour le jeu, Rahul était un fin intellectuel. « Il a eu un parcours brillant. Il a fait ses études en Angleterre et dispensait des cours en Technical Drawing au MIE », indiquent-ils.
Vel Moonien/Irshaad Olitte/Thierry Laurent
Le frère d’un éminent légiste victime de vol
Qui est cette bande de trois qui a sévi sur le littoral nord vendredi ? La police fait actuellement le lien entre un premier cas de vol, rapporté vers les 21 heures, vendredi, à l'avenue Beach Club, en face de la plage de Péreybère, et le cas de Mon-Choisy.
La victime, un comptable de 68 ans, frère d'un éminent légiste, vit seul dans sa maison, qui est en phase terminale de construction, depuis deux ans. Depuis son retour au pays en 1991, il vivait à Péreybère, mais dans une autre maison.
Il regardait les infos sur la BBC quand des individus ont surgi chez lui. « Il faisait très chaud. J'avais laissé la porte de la varangue ouverte. Les voleurs, encagoulés, ont su que j’étais une proie facile », dit-il. Le sexagénaire peut toutefois identifier l'un des bandits. « Il est assez maigrelet. C’est lui qui menait la bande. Il a le visage rond et il est de teint brun », explique la victime.
L’un des voleurs l’a menacé avec un couteau et l’a forcé à s’allonger au sol pendant que d'autres vidaient l'armoire. Ils l’ont ensuite emmené près de la cuisine. « L’un d'eux a dit de me tuer d’une balle. Je les ai supplié de me permettre de réciter ma prière à haute voix. J'ai commencé à le faire et un des voleurs a prononcé ‘Allah o Akbar’ avant d’ordonner à ses compères d'évacuer les lieux », affirme ce comptable.
N’ayant pas les pieds ligotés, la victime s’est précipitée chez son voisin. Les malfrats ont emporté la somme de Rs 9 000, une tronçonneuse, un lecteur dvd et un téléphone portable. Le comptable remercie le ciel d’être toujours en vie.
Terrains en friche : un vrai danger
C'est la terreur à Trou-aux-Biches. Les touristes qui vivent actuellement dans cette région disent vivre dans l’angoisse. « Nous sommes en vacances à Maurice depuis le mois de novembre et nous avons déjà été témoins d'au moins six vols. C'est de la mauvaise publicité pour votre île ; nous ne nous sentons pas en sécurité », explique Jean-Claude Esmal, un touriste français. Celui-ci fait aussi un appel auprès des propriétaires de terrains vagues afin qu'ils les nettoient.