La raison est toute simple : elles rechignent à se faire soigner pour ne pas avoir à affronter le regard des autres.  Toxicomanie et VIH/Sida. Deux mots qui font peur et qui sont aujourd’hui indissociables à МMaurice. Afin d’endiguer les risques de transmission du virus par voie intraveineuse, le gouvernement et la société civile conjuguent, depuis deux  ans, leurs efforts pour mener à bien le programme d’échange de seringues et celui de délivrance de la méthadone. Ces mesurent figurent toutes deux dans la HIV and AIDS Act, promulguéE en août 2007.

Il faut savoir que 80 % des personnes infectées par le VIH/Sida sont des usagers de drogue par voie intraveineuse (VDI). Selon les estimations des travailleurs sociaux, il y aurait entre 20 000 et 22 000 toxicomanes dans le pays pour 1,2 million d’habitants. Ce qui fait beaucoup. « Depuis 2002, le virus se propage essentiellement par les seringues infectées»¸ explique Imran Dhannoo¸ responsable du Centre Idrice Goomany. Ce centre, basé à la Plaine-Verte, banlieue de la capitale, œuvre pour la prévention et le traitement des usagers de drogue par voie intraveineuse.

Contraintes familiales
Pour freiner les risques de transmission du VIH/Sida chez ces personnes, le ministère de la Santé et de la Qualité de la Vie a initié, en novembre 2007, un programme de traitement à la méthadone (médicament substitut à l’héroïne), «À ce jour, 1 200 patients sont sous traitement de méthadone. Au départ, il n’était destiné qu’aux usagers de drogue par voie intraveineuse et non aux usagères de drogue par voie intraveineuse. C’est chose faite depuis mars 2008. Or, il n’y a que 150 usagères qui se font traiter», déplore le Dr Fayzal Sulliman, responsable du National МMethadone Substitution Therapy Centre.

Les raisons de ce faible nombre sont multiples. «Les femmes qui bénéficient du traitement de méthadone doivent résider un mois au centre. Bien souvent, en raison de leurs obligations familiales, elles abandonnent le traitement en cours de route, car leur priorité est leur famille », se désole Nathalie Rose. Elle est coordinatrice du Collectif Urgence Toxida (CUT), organisation non gouvernementale qui applique le programme d’échange de seringues dans cinq endroits de l’île, dont trois régions périphériques de Port-Louis.
« Il est clair que le service proposé n’est pas adapté aux besoins des femmes. L’autre raison est que la femme est souvent seule quand elle veut sortir de l’enfer de la drogue », soutient Nathalie Rose. «Lorsqu’un homme se présente dans un centre
pour se faire désintoxiquer, il est toujours accompagné d’une femme. Or, la femme qui tente de se sevrer de la drogue vient très souvent seule ».

Par rapport au programme d’échange de seringues, le constat est le même. Depuis qu’il est animateur de ce programme, Imran Dhannoo n’a vu que deux femmes venir déposer leurs seringues souillées et en prendre d’autres. «Elles sont gênées et ont peur d’affronter le regard des autres », confirme Nasseemah Toofail, travailleur social et secrétaire financier à Kinouete, ONG engagée dans la réhabilitation et la réinsertion sociale des ex-détenues. Et cela, malgré le fait que ce soit majoritairement des volontaires féminins qui procèdent à l’échange de seringues sur 34 sites du pays.

Rejet social
«Il est encore heureux que des usagères de drogue par voie intraveineuse disposent de seringues propres à travers leurs conjoints – même s’ils sont minoritaires — qui en réclament pour elles », soulignent ces travailleurs sociaux. La crainte de ces femmes d’être jugées, étiquetées et rejetées, puise sa justification dans le cas de Malini. Cette Mauricienne avait eu le courage de révéler publiquement sa séropositivité. Mais au lieu d’être saluée pour son courage, la jeune femme, disparue depuis, a été blâmée et mise au ban de la société. Elle a même été contrainte de fuir son village natal.  S’il est un fait que le programme d’échange de seringues et celui de délivrance de la méthadone comportent des limites, ils sont essentiels pour freiner la propagation du VIH/Sida.

Selon Imran Dhannoo, une nouvelle menace se profile à l’horizon. La transmission du virus par voie sexuelle est en hausse depuis six mois. La plupart des usagers de drogue affectés par le VIH/Sida sont sexuellement actifs, et ne se protègent pas durant les rapports sexuels malgré toutes les recomman-dations. Ils transmettent donc le virus à leur conjoint. Conséquence : la propagation du VIH/Sida risque fort de passer de la communauté des toxicomanes par voie intraveineuse à celle des hétérosexuels.
Les compagnes des toxicomanes par voie intraveineuse et les usagères de drogue elles-mêmes sont ainsi deux fois plus vulnérables face au VIH/Sida. En sus de sensibiliser les Mauriciens, en général, et les usagers de drogue par voie intraveineuse, en particulier, sur la nécessité des rapports sexuels protégés, un changement de regard de la société sur le toxicomane par voie intraveineuse est impératif.

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