Comment s'annonce 2008 ?
Du pain sur la planche. Nous comptons lancer une série de projets. En 2008, l'accent sera mis sur la sexualité de la jeunesse. Dès février, nous lancerons des Youth Friendly Services qui permettront à la jeunesse mauricienne d'avoir des services spécialisés. Ces services seront à la fois au niveau médical et des conseils. A notre avis, ces services ont toute leur importance eu égard au comportement sexuel de plus en plus à risques de la jeunesse mauricienne. Il ne faut pas se voiler la face pour dire qu’une infime minorité d’adolescents et d’adolescentes est sexuellement active. Selon nos enquêtes sur le terrain, la réalité est tout à fait différente. Les jeunes sont sexuellement actifs de plus en plus tôt dans la vie. D’autre part, ils jouissent de suffisamment de liberté pour s’adonner aux actes sexuels. Par ailleurs, nous continuons à nous concentrer sur l'éducation sexuelle des jeunes.
Quoi de neuf ?
Un programme régional d'éducation sexuelle est en préparation. La MFPWA travaille en étroite collaboration avec toutes les organisations-soeurs de la région pour dégager des modules communs de formation des enseignants et des jeunes. Comme vous, savez, la MFPWA forme depuis des années des enseignants en sexualité pour qu'ils puissent répondre aux questions des jeunes.
N’y a-t-il pas lieu d’avoir une éducation sexuelle sérieuse à l’école ?
Le ministre de l’Education a annoncé son intention de venir de l’avant avec un programme d’éducation sexuelle dans les écoles. Cela se fait attendre depuis longtemps. Le moins que l’on puisse souhaiter c’est que cette intention soit traduite dans la réalité au plus vite. Et surtout avec tout le sérieux possible. L’éducation sexuelle est impérieuse pour nos jeunes. Et cela pour deux raisons principales. D’une part, ils sont de plus en plus exposés à tout ce qui touche au sexe. Souvent très mal renseignés, ils nourrissent des idées fausses. D’autre part, ils sont sexuellement actifs de plus en plus précocement. Sans compter l’ampleur que prend la grossesse prématurée dans notre société. D’où l’importance incontestable et incontestée de l’éducation sexuelle parmi nos jeunes. Elle a pour mission de responsabiliser les jeunes par rapport à la sexualité et de permettre aux garçons de respecter le sexe opposé.
La MFPWA fait de son mieux pour éclairer les lanternes des jeunes. A travers notre Family Life Education Task Force, notre personnel et des enseignants formés s’ingénient à satisfaire la demande des établissements primaires et secondaires. Nous touchons une vingtaine d’écoles primaires et une trentaine de collèges. Nous sommes à la disposition du ministère de l’Education pour toute aide possible dans l’ébauche d’un programme sur l’éducation sexuelle à l’intention des jeunes.
Comment s’opérera cette décentralisation ?
Après que nos bases se sont fortifiées, nous devons aller vers la population en ouvrant des bureaux à travers l’île. Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas une mince affaire. Il faut recruter du personnel et assurer les frais de ces bureaux. Dans un premier temps, nous allons nous concentrer sur deux bureaux existants, notamment à Bell Village et La Tour Koënig. Ces bureaux vont permettre à plus de personnes d’avoir accès à nos services. Ils serviront de ‘collecting point’ pour nos services de laboratoire. La décentralisation des services s’avère importante également pour notre campagne de sensibilisation, prioritairement sur la santé sexuelle et reproductive, le sida et la contraception, entre autres.
Nous avons du pain sur la planche d’autant plus que nous sommes très sollicités par les clubs, des entreprises, des associations et autres forces vives. A vous dire franchement, nous ne sommes pas en mesure de satisfaire une demande grandissante. Qui plus est, nous aurions pu faire mieux au niveau des projets. Malheureusement, nous avons des contraintes. A la fois, financières ou humaines. La MFPWA fait face à un gros problème de ressources par rapport aux objectifs que nous comptons atteindre. La seule façon de s’en sortir, c’est de s’assurer des sources de financement pour nos projets. Les uns plus importants que les autres.
Qu'en est-il de l'avortement ?
Bien sûr, nous poursuivrons notre campagne en faveur de sa légalisation. Nous faisons face à une cruelle réalité. L’île Maurice enregistre annuellement une moyenne de 2 000 cas de complications postavortement. Selon les statistiques du ministère de la Santé, le nombre s’élève à 2 735 en 2002, 1 686 en 2003, 2 184 en 2004 et 1 834 en 2005. Vous rendez-vous compte ? Ces statistiques ne constituent même pas un indicateur de l’ampleur de ce mal dans notre société. Ce n’est que le bout de l’iceberg. Pour la bonne et simple raison qu’il est estimé qu’un cas d’avortement sur dix débouche sur des complications. Par un simple calcul, il est clair qu’environ 20 000 cas d’avortement se pratiquent annuellement à Maurice. Cela devait être une source de préoccupation pour tout le monde. Il y a quelque chose qui est plus que préoccupante. Il s’agit des conditions dans lesquelles ces avortements sont pratiqués. Rien que pour cette raison, il y a urgence pour sortir l’avortement de la clandestinité. D’autant plus que personne n’est capable d’y mettre un frein. Ainsi, il ne faut plus pratiquer la politique de l’autruche.