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Crime à Lallmatie : Sexe, drogue et sorcellerie
http://www.defimedia.info/articles/992/1/Crime-a-Lallmatie--Sexe-drogue-et-sorcellerie/Page1.html
By Reshad Toorab
Published on 9th February, 2008
 
L’enquête sur le meurtre de Jairaj Jeea pourrait prendre une autre tournure. Lors de la reconstitution des faits jeudi matin à cité NHDC à Lallmatie, une  somme de Rs 18 000 a été decouverte chez le suspect Shyam Sooknauth.
 

 
L’argent serait-il le mobile du meurtre de Jairaj Jeea, sauvagement assassiné par son ami Shyam, dans la nuit de vendredi 1er-fevrier ? Les enquêteurs de la  MCIT (Major Crimes Investigating Team), sous la supervision de l’inspecteur Ranjit Jokhoo, s’orientent vers cette piste depuis jeudi matin.  Par ailleurs, Shyam était en liberté conditionnelle depuis juillet 2007, pour une affaire de vol. Interrogé quant à la provenance de la somme de Rs 18 000,  le présumé meurtrier de Jairaj a déclaré qu’il avait reçu cet argent d’un proche. Or, le jour de son assassinat, selon les proches de Jairaj, celui-ci était en possession d’une somme de Rs 19 000.

Shyam Sooknauth, 30 ans, alias Calou, et Jairaj Jeea, 25 ans, alias Bouba, étaient des amis inséparables. Comme “caleçon et simiz ”, confie un de leurs amis. Ils avaient un même penchant pour la bouteille. Bref, ils partageaient beaucoup de choses. Selon les habitants de la localité, la jalousie serait le premier mobile du meurtre. Est-ce que Jairaj avait une affaire avec l’épouse de Shyam, ce qui a conduit ce dernier à commettre son crime odieux?

Un de trop ?
A Cité Perdue, le bruit court toujours que la victime et l’épouse de Shyam entretenaient une liaison. On voyait souvent  Preemawtee à  moto avec la victime. En 2007, plusieurs voisins de Shyam racontent avoir assisté à un affrontement entre les deux amis sur le seuil de la maison du présumé meurtrier. “Shyam reproche Jayraj èna zistore avec so femme”, raconte un habitant de la localité. D’autres voisins assurent que Preemawtee serait  une victime de violence domestique. Vendredi soir, des voisins avaient entendu des bruits de dispute entre Shyam et son épouse.

Vendredi 1er février, les proches de Jayraj Jeea remarquent que ce dernier    ne donne plus signe de vie.  Trois jours plus tard, après des battues dans la région, l’un d’eux tombe sur un sac dans un champ de canne près du cimetière de Beau-Bois. Le sac contient des vêtements calcinés, une boîte de lessive et une bouteille de Crest maculés de sang. Les soupçons se portent tout de suite sur Shyam. Mais, les proches veulent en avoir le coeur net. Rajesh Rambacus, le cousin de la victime, tente un coup de bluff au téléphone. Il affirme à Shyam qu’il connaît toute la vérité sur l’assassinat et la CID sera bientôt chez lui. Accablé, Shyam finit par cracher le morceau.

Les parents de Jairaj se rendent alors chez Shyam. Personne ne se trouve sur les lieux. Dans la cour, sur une feuille de tôle, ils découvrent du tissu calciné semblable à celui aperçu dans le champ de canne. Leur attention est attirée par une plaque en béton fraîchement posée au dessus de laquelle tournoient des mouches. Il s’en dégage une odeur nauséabonde. Après avoir dégagé la couche de béton et la plaque, ils découvrent le cadavre de Jairaj dans une nappe en plastique, et en état de décomposition avancée. La police est aussitôt alertée. La CID de Flacq, la police de la localité ainsi que la MCIT et le Dr Satish Boolell, médecin légiste en chef, arrivent très vite sur les lieux.

Quelques minutes après, la CID de Flacq est alertée de la présence de Shyam dans la localité. Il circule à bord d’une motocyclette Après, une brève course-poursuite, il est arrêté alors qu’il tente de s’enfuir.  Son épouse sera, elle, arrêtée à Caroline chez sa mère. Elle passe aux aveux et raconte que sous la menace de son époux, elle a dû l’aider à se débarrasser du corps. Shyam n’a plus qu’à se mettre à table.

Jalousie et colère
Que s’est-il vraiment passé cette nuit-là ? Entre sorcellerie, triangle amoureux et drogue, un autre élément troublant a été relevé par les parents de la victime. Jairaj, paraît-il, était en possession d’une somme de Rs 19 000.

A ce jour, Shyam a donné plusieurs versions à la police. Dans  la première, il explique que Jairaj aurait trahi sa confiance en entretenant une liaison avec sa femme. Pris de jalousie et de colère, il a agressé mortellement la victime. Ce jour-là, poursuit-il,  après avoir bu un bon coup avec Jairaj, il rentre chez lui. Alors qu’il somnole, il entend une conversation au téléphone entre son ami et sa femme. Cette dernière vient le réveiller en lui disant : “Lévé Calou, Bouba pe dire toi li pe vinne guette toi !” Cette conversation l’a agacé parce qu’il a reçu l’appel sur le portable de sa femme. Mais il préfère se calmer. A l’arrivée de Jairaj, ils s’installent dans le salon et picolent pendant un bon bout de temps. Vers minuit, la victime, complètement ivre, ne veut pas rentrer chez elle. Shyam lui demande de rester chez lui et installe un matelas dans le salon. Il va ensuite dans sa chambre et fait l’amour avec sa femme. Après quoi, il revient dans le salon et, à la vue de Jairaj en plein sommeil, il ne peut s’empêcher de l’agresser.

Dans une deuxième version, Shyam allègue que Jairaj cultivait du gandia dans un champ abandonné à Saint-Julien d’Hotman et les plants avaient atteint une hauteur de sept pieds. “Jairaj finne dire moi nous alle faire ène patrol pou check banne plantes-là. Mo ti refusé ”. A ce moment-là, dit-il, Jairaj se serait énervé et s’apprêtait à l’agresser avec une chaise en plastique. “ Mo fine  risse ène sabre et mo fine tape li lors so li cou ”. Jairaj a dit qu’il ne pouvait pas identifier le lieu où se trouvent les plants de gandia.

Apprenti sorcier
Shyam a fourni une troisième version aux enquêteurs où, cette fois, il a déclaré être un apprenti sorcier. Il dit avoir tué Jairaj parce qu’il avait l’intention d’utiliser son âme pour “ faire li gardien mo la cour et aussi pour faire banne travail pour moi”. Le suspect parle de son “gourou”, un habitant de la localité qui l’aurait entraîné dans diverses activités comme “ traitère ”. Le “gourou” lui aurait aussi appris comment se servir d’une âme.

Il aurait profité de l’état d’ivresse de Jairaj, puis il s’est emparé d’un sabre qui se trouvait dans son salon à côté d’une statuette de  Kali. Il a asséné Jairaj au cou.  Puis, il lui a perforé la langue avec une longue aiguille utilisée d’habitude pour le Cavadee. Il a expliqué aux enquêteurs qu’il comptait utiliser le sang de son ami, son corps et son âme, rien qu’à des fins occultes. La perforation de la langue  allait empêcher l’âme de la victime d’aller raconter ce qui lui était arrivé dans le rêve de ses proches et de ses amis. “ Li pas ti encore mort ”, a précisé Shyam.

Dans son rapport, le médecin légiste a noté cinq marques de sabre à la nuque de Jairaj, des blessures au niveau de son épaule, deux fractures à sa colonne vertébrale et une perforation à la langue. Les observations démontrent que Jairaj est décédé de plusieurs blessures et non d’un seul coup de sabre, comme  Shyam a voulu faire croire aux enquêteurs.

Dans la nuit de vendredi, il a enfoui le cadavre dans un trou d’environ quatre pieds de profondeur. Il comptait utiliser la fosse comme un pissoir. Il a ensuite brûlé les morceaux de toile qu’il a utilisés pour nettoyer le sang et ses vêtements tachés de sang. Il les a mis dans un sac et s’en est débarrassé tout près du cimetière de Beau-Bois, à 500 mètres du lieu du crime.

Un samedi comme les autres pour Shyam
Samedi 2 février, vers 6h30, Shyam se rend chez la famille Jeea pour reprendre ses travaux de construction pour ne pas éveiller les soupçons. Il travaille jusqu’à 10h00. Entre-temps, Meenaskhi, la soeur de Jairaj a reçu un sms du portable de son frère: “ Dire mama paye Calou, mo bien loin, mo pou retourne la cage dans 4 ou 5 semaines ”. Ce message a été envoyé dans la nuit du vendredi à samedi mais ce n’est que samedi matin que Meenakshi en prend connaissance. Vers 10h00, Shyam s’en va et emporte une pioche et une pelle. “Li finne dire moi ki li bizin alle ranne pioche-là avec la pelle-là ki li ti prend prêter avec ène camarade. Li finne même rode Bouba. Li dire : “Côte li été? Li pas encore vini ? ” raconte Meenakshi.

Vers 14h00, Shyam revient chez les Jeea pour chercher deux pochettes de ciment. “Li dire moi  : ‘Bouba côté ?’. Mo bien bizin prend deux pockets ciment, mo ti fini demande li avant. Li finne prend ciment et li fine prend Rs 2 000 pour so la paye comme manoeuvre maçon ki mo frère ti laisse pou li ”, se  souvient Meenakshi.

“Nous ti trouve li pé batte béton lors la rue”
Entre-temps, Deepti, la fiancée de Jairaj, téléphone à la maison, pour demander où se trouve ce dernier. Les parents de Jairaj commencent à s’inquiéter en apprenant de Deepti que Jairaj n’était pas allé chez elle.

Les proches se sont réunis et ont commencé à multiplier les appels.  Ils commencent à avoir des doutes sur l’authenticité du texto apparu sur le portable de Meenakshi. Son retour projeté dans quatre ou cinq semaines intrigue. “Nous finne penser quitte chose pas normale”, explique dit la soeur de la victime. Les parents de Jairaj décident alors de rapporter sa disparition à la police.

Preemawtee, l'épouse de ShyamQuant à Shyam, selon des habitants de la localité,  il était chez lui samedi et faisait des travaux. “Nous ti trouve li pe batte béton lors la rue”, déclare un habitant. Puis, son épouse et lui se sont rendus à Caroline chez sa belle-mère vers 18 h 80.

Alors que les recherches se poursuivent sans relâche, Shyam et son épouse se sont présentés chez la famille Jeea et participent aux recherches. “Li dire nous alle rode côte bord la mer, alle rode dans bois. Mais pas cote li. Calou ek so madame finne même rester mange cote nous”, confie Meenakshi. Le soir, ils repartent quand les recherches n’ont rien donné.

Qui est Shyam Sooknauth ?
Shyam Sooknauth est issu d’une famille de huit enfants : six soeurs et deux frères jumeaux.  Shyam est venu au monde avec un frère jumeau. Mais, depuis sa naissance, il a été adopté par son oncle Chadory Manoo, 73 ans, un habitant de Flacq. Après deux échecs au CPE,  Shyam abandonne l’école  et  fait de  menus métiers. Il sera tantôt tôlier, mécanicien, peintre et maçon. En 1998, à l’occasion d’une cérémonie religieuse, il rencontre Jairaj. Ils deviendront inséparables. Plus tard, à l’usine Apparel, où il travaille comme machiniste, il rencontre Preemawtee.

Shyam SooknauthPrivés du consentement des parents de la jeune fille, ils se marient cinq ans plus tard. Les  parents de Shyam organiseront eux-mêmes la célébration du mariage. Quelques semaines après, Shyam emmène sa jeune épouse chez l’oncle à Flacq. C’est Chadory Manoo qui aiderait le couple  à acquérir ssa maion. Ce sont les mauvaises fréquentations qui ont perdu son neveu, explique-t-il. Parfois, Shyam venait rendre visite à Chadory. Il avait des problèmes d’argent. Et l’oncle lui venait en aide. Depuis un certain temps, Chadory remarquait que Shyam pratiquait la sorcellerie.  Il était proche d’un certain Rajesh qui l’avait initié. “ Mo pas ti pe apprécié ki li fréquente ça dimoune là”, confie l’oncle.

Rajesh : “Je suis religieux, pas sorcier”
Rajesh RambocusRajesh Rambocus, décrit comme le gourou de Shyam, dément en bloc les allégations selon lesquelles il pratiquait la sorcellerie. Il affirme qu’il fait du travail social et officie à beaucoup de cérémonies religieuses mais n’a jamais été “traitère” ou sorcier. “Mo ène chef spirituel, pas ène sorcier !”. Il confirme que Shyam était un membre actif d’une association qu’il préside, mais que, depuis quelque temps, il ne participait pas régulièrement aux activités de l’association. Il a été expulsé à cause de ses absences.

“Bizin remettre la loi pendi”
Les proches de la victime réclament la réintroduction de la peine capitale. “Shyam ek so femme bizin pendi parski ça qualité dimoune là perna zot place dans la société !” affirment les proches parents de Jairaj. Selon eux, il n’y a aucune d’histoire de sorcellerie ni d’adultère dans cette affaire. Ils sont convaincus que le seul motif du crime est le vol. “Jairaj a perdu Rs 19 000, son téléphone portable dernier cri de Rs 20 000  et un câble en argent”. Jairaj Jeea, alias Bouba, laisse derrière lui un frère, une soeur et une jeune fiancée, Deepti.

Il voulait terminer sa maison cette année, pour se marier l’année prochaine. Il était employé comme jardinier à l’hôtel Belle-Mare Plage.

Un cimetière réputé pour la sorcellerie
Le cimetière de Beau-Bois, coincé entre deux champs de canne, est considéré comme un endroit privilégié par les sorciers.

A la croisée conduisant à ses  portes, les offrandes les plus curieuses voisinent: limons, bougies, cigarettes. A l’entrée, on peut voir des offrandes calcinées. Les deux fossoyeurs affectés à l’endroit laissent entendre qu’ils trouvent souvent des objets personnels en creusant des tombes. Il s’agit de sous-vêtements féminins et des photos. "Banne sorciers-là vine faire travail dans tombe avec linge ou photos dimoune. Li zour kan nous là, zot pas vini. Zotte faire pli beaucoup lors la croisée”, raconte l’un des fossoyeurs.

“ Li fine menace mo tifi ”
La mère de Preemawtee, Chintamoonee raconte que, lundi vers 3 heures du matin, Shyam et sa fille ont laissé leurs enfants chez elle et sont partis à moto sans rien lui dire. Le même jour, sa fille l’informe que “Calou avait tué Bouba et que la police l’avait arrêté...”  “Mo tifi dire moi li ti menace li et banne zenfans avec sabre et ki si li dire, li touille nous.”

Elle connaît bien Jairaj,  qui aidait son gendre et sa fille financièrement. “Ti ène bon garcon ça. Li pas mérite ène kit chose pareil...”

Crimes et fantômes à Lallmatie
Septembre 2005 : Sewkurrun Ujoodha, un habitant de Lallmatie, asperge d’acide sa belle-soeur Ooma. La fille de celle-ci est également brûlée au visage.

Janvier 2006 : deux belles-sœurs Jhurry, Indira , 65 ans, et Asha, 56 ans, habitant à Bharuth Lane, Lallmatie, sont mortellement agressées à l’arme blanche à leur domicile.

Décembre 2007 : une bagarre entre deux groupes armés, à la rue Gandhi, à Lallmatie, fait six blessés, dont trois graves. La police estime qu’environ 300 personnes s’étaient massées ce soir-là autour de cette rue. Les habitants organisent une manifestation devant le poste de police.

Mai 2006 : la tombée de la nuit est synonyme de "frayeur" pour les habitants de Lallmatie. Après l’épisode du loup-garou en 1994, des villageois disent être témoins d’événements bizarres : deux vieilles femmes en blanc sur des chevaux blancs qui tirent une charrette contenant un cercueil.

Crimes liés à la sorcellerie

Avril 2005 : un guérisseur est assassiné sous la grand-croix au cimetière Bois-Marchand. Jaylall Seemanto, 59 ans, effectuait des rites  lorsque des hommes se sont jetés sur lui avec des barres de fer. Il aurait été victime d’une vengeance.

Novembre 2005 : portée disparue depuis 19 jours, Nisha Veeranah, 28 ans, est retrouvée enterrée au cimetière St-Martin. Son cadavre avait été déposé sur un cercueil mis en terre le vendredi 4 novembre de la même année. L’époux de la victime, Yessudass Veeranah, et sa tante Premila Oodun Fidou, seront arrêtés.