Arvind Nilmadhub, économiste : «L’économie mauricienne est en progression»

Par Chrisitina Vilbrin O commentaire
Arvind Nilmadhub

Le Metro Express et autres projets de construction vont doper l’économie en 2018, prévoit Arvind Nilmadhub. L’économiste s’attend, d’ailleurs, à ce que la barre de 4 % de croissance soit largement franchie l’an prochain.

« Le salaire minimal va certainement booster la consommation, mais je ne crois pas qu’il entraînera une hausse générale des prix des produits locaux. »

2017 tire à sa fin d’année. Quel bilan faites-vous de la situation économique pour l’année qui s’achève ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes.  L’économie mauricienne est sur une pente ascendante.  Avec des projets de grandes envergures qui ont démarré cette année, on constate que tous les secteurs économiques progressent. D’ailleurs, on va accueillir plus d’un million de touristes cette année. On enregistre aussi un nombre record de voitures vendues. Parallèlement, le secteur financier et celui des Tic sont aussi en train d’accroître.

Cette année encore, les événements politiques et les scandales ont relégué l’économie au second plan. Avec les prochaines élections générales, qui devraient se tenir, en 2019, il y aura encore des distractions politiques. Quelle en sera l’incidence sur la performance du pays ?
Je ne pense pas que les événements politiques ou autres scandales ont eu un effet sur l’économie.  D’ailleurs, on n’a qu’à regarder les indicateurs économiques.  L’économie est en progression.

Des organismes, à l’instar de la Chambre de Commerce ou encore de la Banque de Maurice, se montrent optimistes tablant sur une croissance supérieure à 4 % l’an prochain. Partagez-vous le même optimisme ?
Je me joins à l’analyse faite par la Banque de Maurice et la Chambre de Commerce que la croissance économique sera au-delà de 4 %, en 2018.  Le Métro Express et autres projets de construction vont doper l’économie, en 2018.

Maurice se transforme graduellement en un vaste chantier. L’un des plus gros projets d’infrastructures est le Métro Express qui contribuera à injecter plus de Rs 18 milliards dans l’économie. Quel en seront les bénéfices sur le plan socio-économique ?
Avec l’objectif de faire Maurice devenir un pays à haut revenu, on devrait avoir plus de véhicules sur nos routes. Ce qui créera plus d’embouteillage et d’accidents.  Sur le long terme, le Metro Express aidera à diminuer les embouteillages et le nombre d’accidents. Ce projet entraînera aussi dans son sillage la création de beaucoup d’emplois et l’ouverture de plusieurs commerces.  Cependant, le Metro Express peut mener vers la fin du Duty Free Scheme pour les fonctionnaires.  Mais, tout dépendra de la politique du gouvernement.

Le salaire minimal deviendra également une réalité l’an prochain. Pour certains, cette mesure va relancer la consommation et, par ricochet, l’économie. Pour d’autres, elle va entraîner sur son passage une hausse générale des prix des produits locaux. Ce qui fera grimper l’inflation. Vos commentaires ?
Le salaire minimal touchera plus les gens au bas de l’échelle et cette augmentation sera très importante pour ces personnes vulnérables.  Cette mesure va certainement booster la consommation, mais je ne crois pas qu’elle entraînera une hausse générale des prix des produits locaux.  Il faut comprendre que c’est la classe moyenne qui dicte la consommation d’un pays. Or, la classe moyenne n’est nullement touchée par le salaire minimal.

Sortir du statut de pays à revenu intermédiaire pour devenir une économie à revenu élevé. C’est l’objectif des autorités. Les ingrédients sont-ils réunis pour que l'on réussisse cette transition ?
Le gouvernement a pris une série de mesures qui vont dans cette direction.  Par exemple, le salaire minimal, l’impôt négatif, l’augmentation des pensions ou encore les mesures incitatives au secteur privé et aux PMEs.  Ces décisions vont aider à faire la transition.  Cependant, ces mesures ne prendront effet qu’avec le temps.

L’Economic Development Board, constitué depuis peu d’une nouvelle équipe, est officiellement en opération. Dans quelle mesure cet organisme peut aider à relancer le pays ?
La mise sur pied de cet organisme est une très bonne initiative.  D’ailleurs, cela va aider à diminuer les dépenses du gouvernement, surtout celles qui sont liées à la promotion d’investissement.  Le seul souci, c’est que le conseil d’administration est majoritairement constitué des personnes du secteur privé.  Est-ce que ces personnes seront impartiales dans leurs décisions ?  J’en doute, car beaucoup d’entrepreneurs se plaignent que leurs projets sont souvent rejetés par les autorités. Or, je pense que la diaspora mauricienne, le secteur public et le secteur privé doivent, tous être partie prenante dans la décision et la façon de modeler notre environnement économique.

La situation internationale reste incertaine avec la volatilité des devises ou encore le Brexit. Dans quelle mesure ces facteurs exogènes influeront-elles sur la performance de l’économie ?
Notre économie a toujours été influencée par les événements mondiaux. Les experts financiers s’attendent à ce que la livre sterling plombe vis-à-vis de l’euro l’année prochaine. Cela va certainement impacter sur notre balance de paiements.  Il y a aussi d’autres facteurs qui vont influencer la performance de notre économie. À titre d’exemple, avec le changement de pouvoir en Afrique du Sud, l'on peut s'attendre qu’il voit ses investissements étrangers grimper. Cependant, avec l’incertitude politique qui règne en Afrique du Sud, les investisseurs peuvent privilégier Maurice comme tremplin.