À Bel-Air/Rivière-Sèche : une famille dans le dénuement total

Par Raj Bissessur O commentaire
Marie Maëva

Des enfants, des adolescentes et une adulte vivent dans une pièce délabrée, sans aucune disposition sanitaire, à Bel-Air/Rivière-Sèche. Incursion dans le quotidien d’une famille laissée sur une voie de garage.

Elle s’appelle Marie Maëva. Elle est âgée d’à peine 20 ans, mais elle est déjà mère de deux enfants, une fille de 3 ans et un garçon d’un an.

Avec ses enfants, elle vit dans une petite pièce en bois et en tôle, dont le toit est une véritable passoire. Dans cette pièce vivent aussi sa mère, ses trois petites sœurs et son grand-frère, soit huit personnes au total.

À l’intérieur, il y a deux lits. Il n’y a pas de cuisine. Les repas sont préparés à l’intérieur de la pièce dépourvue d’eau et d’électricité. Pour ses besoins en eau, Marie Maëva s’approvisionne chez une voisine à l’aide d’un tuyau. Pire, la famille ne dispose pas de toilettes et pas de salle de bains.

Marie Maëva indique où elle se lave. « C’est ici. Nous devons attendre la nuit pour être à l’abri des regards. La rue est juste à côté », explique-t-elle. Donc, par bon ou mauvais temps, la maisonnée se lave à l’extérieur. Pour faire leurs besoins, ils vont dans un champ à côté.

Et pour ce logement vétuste, qui menace de s’écrouler sur eux à tout moment, ils doivent payer un loyer de Rs 500.

Je regrette de m’être laissée entraîner dans une voie qu’il ne fallait pas. C’est une erreur dont je paie le prix maintenant»

Où est le père des enfants de Marie Maëva ? « Il m’a abandonnée après la naissance de notre fils. En fait, il a coupé tout contact. On vient de célébrer Noël et le Nouvel An. Il n’a pas téléphoné, encore moins a-t-il envoyé quelque chose pour les enfants. Il ne prend aucune nouvelle d’eux », répond Marie Maëva.

La jeune femme regrette de l’avoir connu. « Je fréquentais un collège de Rose-Hill (elle habite Bel-Air et a étudié jusqu’à la Form III). C’est là que j’ai rencontré le père de mes enfants. Je regrette de m’être laissée entraîner dans une voie qu’il ne fallait pas. C’est une erreur dont je paie le prix maintenant », lâche-t-elle. Elle rêvait d’une autre vie.

Appel aux autorités

Cependant, Marie Maëva aime ses enfants, sa maman, ses sœurs et son frère. Son rêve, c’est de pouvoir leur offrir une maison décente. « Tant bien que mal, j’ai ouvert un compte Plan épargne logement (PEL). Je tente d’obtenir un logement social. On m’a dit d’attendre. Mais j’ai vu des maisons vides à Quartier-Militaire. Est-ce que les autorités ne pourraient pas m’aider et me faire avoir une de ces maisons ? Des voisins m’ont dit qu’elles sont inoccupées depuis au moins deux ans », explique-t-elle.

D’après Marie Maëva, l’argent qu’elle a épargné sur son compte PEL serait suffisant pour qu’elle soit éligible pour une maison. « C’est ce que les responsables m’ont dit. Cependant, ils m’ont demandé d’attendre. Quand je leur ai fait remarquer qu’il y avait des maisons vides à Quartier-Militairte, ils m’ont dit que ces maisons avaient déjà trouvé preneurs », ajoute-t-elle.

Les trois petites sœurs de Marie Maëva vont à l’école. La plus grande parmi les trois, Aurélie, a un visage jovial. Elle vient d’entamer ses études secondaires. L’éducation pourrait bien être son salut, à condition qu’elle soit soutenue dans ses études. Le souhait le plus cher de Marie Maëva pour sa petite sœur, c’est qu’elle ne connaisse pas le même sort qu’elle. Alors qu’elle était encore adolescente, elle a eu deux enfants sur les bras.

Marie Maëva n’a pas connu non plus des jours heureux aux côtés de ses parents. Ses sœurs, son frère et elle ont été élevés par leur mère, qui a 43 ans.

Leur père les a abandonnés pour aller refaire sa vie avec une autre femme. Leur mère s’était mariée avec lui sous le régime de la séparation de biens. Ainsi, il aurait vendu une parcelle de terrain, sans lui donner un sou.

Par temps de pluie, la mère de Marie Maëva va vivre chez la grand-mère de celle-ci. « Le toit coule et tout est trempé à l’intérieur. Constatez par vous-même comment nous essayons de lutter contre ce problème », dit-elle en nous montrant le toit.

« Ma mère n’est pas en bonne santé et vivre dans cette humidité est un poison pour elle. Elle souffre aussi de problèmes cardiaques », poursuit-elle.

Marie Maëva vit grâce à une aide sociale de Rs 3 000. Son frère travaille de temps en temps comme peintre. Aura-t-elle une maison décente dans les jours à venir ? On le souhaite vivement.