Maurice a fait de réels progrès ces dernières décennies. Grâce à une politique économique libérale, corrigée toutefois par l’État-providence, le pays a été épargné jusqu’ici des troubles, liés ailleurs à une croissance économique en panne, exacerbée par le chômage et les inégalités croissantes. Or, ces deux facteurs déstabilisants, bien que somnolents, sont bien présents à Maurice. Le taux de chômage, selon Statistics Mauritius, connaîtra une hausse marginale de 7,9 % en 2011 à 8 % en cette fin d’année ; 44 % des chômeurs, soit 20 500, ont moins de 25 ans.
Le coefficient de Gini – mesurant le degré d’inégalité dans la distribution des revenus –, après s’être rétréci de 45,7 en 1980 à 37 en 1987, reprend l’ascenseur à nouveau. Il tournait autour de 39 en 2006, selon le CIA - World Factbook. Depuis, l’écart entre riches et pauvres se creuse de manière alarmante, à l’image du directeur de banque qui perçoit un million de roupies par mois, en comparaison avec le planton, qui en touche 10 000. Notons que le coefficient de Gini est de 25 en moyenne pour les pays scandinaves, considérés parmi les plus égalitaires au monde.
Maurice a d’autres problèmes récurrents, notamment la pénurie d’eau, qui affecte ces temps-ci l’ensemble de l’île, surtout dans l’Est et le Sud. On en parle à chaque période de sécheresse, mais cela fait des décennies qu’on n’arrive pas à apprivoiser les 50 % d’eau qui se perdent dans la nature à cause du réseau désuet de la Central Water Authority (CWA).
Dans les années à venir, l’électricité risque de nous réserver de fréquentes coupures, comme celles survenues en Inde et en Afrique du Sud, en raison de la paralysie décisionnelle concernant la politique énergétique à adopter, lobbies économiques et socioculturels obligent.
Notre petite île détient deux tristes records. D’abord, 20 000 Mauriciens sont toxicomanes, selon les ONG, 12 000 selon la police. « Heroine abuse is a serious problem in Mauritius with a reported two per cent of the population abusing drugs, by far the highest reported prevalence in Africa », est-il indiqué dans un rapport du département d’État américain, daté de mi-2012.
Ensuite, avec ses 120 000 diabétiques, Maurice est la championne du monde. Si le diabète est une maladie héréditaire – contre laquelle on ne peut faire grand-chose, sinon surveiller de près son hygiène de vie –, la toxicomanie peut être domestiquée à travers des politiques de prévention et de répression. Pour le moment, elle constitue un cancer qui détruit à la fois la cellule familiale et la société mauricienne. Elle engendre d’innombrables vols, agressions et meurtres.
Le nombre de forfaits commis sur des touristes est alarmant, cela risque à terme d’endommager le secteur touristique, l’un de nos principaux pourvoyeurs en devises étrangères. L’insécurité pose aussi de sérieux problèmes aux Mauriciens dans la vie de tous les jours.
L’inflation s’attaquera, dès début 2013, au pouvoir d’achat de ceux issus des couches sociales les plus vulnérables, dans le sillage de l’application du rapport PRB et de la compensation salariale. Celle-là, on peut la chiffrer. Mais il y a une autre érosion qui, petit à petit, si l’on n’y prête pas attention, finira par enfoncer le pays dans les abîmes : l’érosion des institutions et des valeurs.
Les remarques du Privy Council sur les agissements d’une chambre de la Cour suprême doivent être un « eye opener », tandis que l’utilisation des institutions, dont la police, à des fins politiques ou partisanes, devrait interpeller tout citoyen responsable.
Les institutions n’appartiennent pas aux personnalités politiques, aux partis au pouvoir ou aux mandarins en place. Ils n’en sont que les gestionnaires provisoires. Seul le peuple est souverain et propriétaire de l’État. Et on différencie un État de droit d’un État sauvage par la santé de ses institutions et le degré de respect des lois communes par les premiers de ses serviteurs : ceux qui sont au pouvoir et ceux qui exercent des fonctions dites constitutionnelles.
Maurice fait face à des problèmes et des défis réels. Grâce au diktat de nos maîtres économiques que sont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), le pays a évolué, bien que le progrès demeure fragile. En revanche, la mentalité de la classe politique est encore au stade des enfantillages, dixit Reza Issack, et des vendettas, dixit Pravind Jugnauth, cela au mépris des préoccupations quotidiennes des Mauriciens.
Le monde change, mais nos dinosaures politiques et leurs affidés, ceux du gouvernement comme ceux de l’opposition, se comportent comme des féodaux, jaloux de leurs pouvoirs et prérogatives. Il est temps d’y mettre un frein, en leur imposant le seul agenda qui vaille en la circonstance : un état des lieux de la politique à Maurice ; un code de conduite pour les politiciens, a priori des élus régionaux et nationaux ; une loi sur les finances et le financement des partis et des politiciens ; et surtout limiter le nombre de mandats afin d’assurer un nécessaire renouvellement de la classe politique.
Le pays et la population ne peuvent plus être otages des éléments d’une même classe politique qui s’arrangent, par des alliances souvent contradictoires, à se succéder en circuit fermé et exclusif, reproduisant à chaque échéance la même corruption, la même arrogance, les mêmes dysfonctionnements. Le système et la manière de faire de la politique sont dépassés. Le citoyen du monde qui émerge à Maurice, sur fond de mondialisation et de nouvelles technologies de l’information, a le droit d’aspirer à mieux en 2013.
19 June 2013

Sunday, 30 December 2012 10:00
Sur le fond
C’est le député travailliste Reza Issack qui le dit dans un mini-entretien accordé au Défi Quotidien : « Ramgoolam et Bérenger doivent cesser avec leurs enfantillages ». Parallèlement, la guéguerre entre Ramgoolam et les Jugnauth s’enlise et prend l’allure d’une vendetta. Entre-temps, qui se soucie des problèmes du pays et du petit peuple ?
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