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Sunday, 27 January 2013 09:47

Pour une Révolution de la transparence

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Dans sa dernière livraison, Le Défi Plus révèle les noms de quelques-unes des grandes firmes du pays ayant contribué des millions dans les caisses des partis politiques majeurs durant l’année financière écoulée.
En mai 2012 déjà, Le Défi Plus révélait que sept groupes ou compagnies avaient contribué pour un montant de Rs 30 millions au financement des principales formations politiques aux dernières législatives.

Nous commentions alors : « Bien sûr, on est loin, très loin du compte. Car il ne s’agit là que de chiffres officiels, volontairement rendus publics par une poignée de groupes ou de compagnies listés à la Bourse des valeurs. Sans doute estiment-ils qu’ils doivent un minimum de transparence à leurs actionnaires. Ou alors veulent-ils simplement faire savoir combien ils ont à payer pour pouvoir faire du business... » (Lire l’intégralité de cette analyse, intitulée L’argent de la politique, qui est toujours d’actualité à l’adresse : http://www.defimedia.info/blog/item/11900-l%E2%80%99argent-de-la-politique.html )  

Les derniers chiffres publiés par Le Défi Plus tendent à démontrer que le financement a diminué dans certains cas. Est-ce en raison de l’absence de grands enjeux, d’élections législatives, par exemple ? Les chiffres puisés des comptes annuels de ces grosses firmes sont cependant inquiétants.

Cela pour deux raisons au moins. Primo, les chiffres semblent indiquer que, élections ou pas, certains groupes et compagnies versent ou sont contraints de verser de l’argent aux partis politiques. Secundo, bien que des chiffres et des noms aient été portés à la connaissance du grand public en mai dernier, aucun des grands partis n’a eu le courage jusqu’ici de révéler combien il perçoit de ces grosses boîtes. Encore moins les faveurs qu’il a octroyées en retour à ces compagnies pour de telles largesses.  Peut-être que Nandanee Soornack ferait figure de « marchand bajias » si l’on découvrait les sommes qui ont changé de mains lors de deals qui se sont joués à coups de centaines de millions, voire de milliards de roupies.

Après ses caisses noires – à l’instar de celle d’Air Mauritius et d’autres sociétés-écrans, dont le but est de « défalquer » de l’argent, comme dirait l’autre, au profit des mignons comme pour s’acheter des contrats et autres avantages –, le secteur privé joue de plus en plus la carte de la transparence. Non pas de gaieté de cœur, mais contraint par tout un arsenal de lois et de règlements. De la Compagnies Act à la Stock Exchange Act, en passant par leurs gendarmes, la MRA, la FIU et la Competition Commission.

Outre cet encadrement légal et institutionnel, le gros du secteur privé commence à comprendre qu’il est dans son intérêt d’être transparent s’il veut attirer des investisseurs privés étrangers et étendre ses activités dans la région et le reste du monde. De toute façon, la guerre contre le blanchissement d’argent, dans le cadre de la guerre globale contre le terrorisme, exige l’accountability et son pendant, la transparence. Et la petite île Maurice n’a pas intérêt à badiner avec les grands de ce monde en la matière !

Le hic, c’est que l’État, qui contraint le secteur privé à être plus transparent, devient lui-même de plus en plus opaque en ce qui concerne l’argent public. Pour diverses raisons... d’État. Le projet Jinfei en est un exemple. Or, il y a beaucoup d’autres projets, où des milliards de roupies sont en jeu, qui sont en chantier : NeoTown, métro léger, énergie alternative, Toll Road Network (péage)… Serons-nous croqués à la même sauce que lors des négociations avec les Independent Power Producers ? Pire ! Même les procédures d’appels d’offres ne seraient  qu’un leurre, à en croire l’ancien ministre des Finances.

Les législations existantes ont fini par imposer un code de bonne gouvernance, du moins aux compagnies listées en Bourse. Sauf que ce code n’est pas appliqué dans la majorité des compagnies d’État et des corps paraétatiques. Pourquoi ? Est-ce normal ? Il paraît aussi que nous avons un Office of Public Sector Governance à Maurice. A-t-on jamais entendu ses responsables expliquer à la population à quoi sert cet organisme ? Le Rwanda, pays africain enclavé, quatre fois plus pauvre que Maurice, possède un Rwanda Governance Board (RGB) qui s’affiche à travers d’immenses billboards dans sa capitale, Kigali.

C’est le premier bureau que les investisseurs étrangers visitent dans ce pays qui aspire à devenir le Singapour de l’Afrique centrale. Ne rigolez pas ! Kigali est quatre fois plus propre que Port-Louis. L’auteur de ces lignes l’a constaté de visu. Un Américain soutient même sur le Net que Kigali serait la capitale la plus propre du monde. Qu’est-ce qui explique qu’un pays pauvre, sans ressources, victime d’un génocide dans les années 90 et aux frontières duquel la guerre fait fréquemment rage, arrive malgré tout à faire la différence dans certains domaines ? Est-ce cela qu’on appelle la volonté politique ?

Mais revenons aux partis politiques ! Au vu de l’implication de leurs dirigeants, membres et autres protégés dans les scandales qui secouent le pays d’un gouvernement à l’autre, il est clair que, comme pour le secteur privé et l’État, il y a nécessité de venir de l’avant avec des législations pour y mettre un frein. Dénoncer le clapotis des scandales ne sera qu’un mythe de Sisyphe et, au bout du compte, un exercice répétitif et futile si le pays ne se dote pas de l’arsenal nécessaire pour contrecarrer la lame de fond. Il faut s’attaquer au mal à la racine. À savoir, aménager un encadrement légal de l’exercice de la politique, afin d’obtenir un meilleur contrôle sur le rôle et les agissements des politiciens.

Les solutions sont connues. Il faut commencer par établir une Right ou Freedom of Information Act pour permettre, au-delà des journalistes, aux citoyens d’accéder à l’information, surtout celle ayant trait aux dépenses publiques. Il faut aussi une loi régissant le financement des partis politiques, ainsi qu’un code de conduite pour les politiciens. Il faut également une limitation des mandats à certains postes-clés de l’État et du gouvernement afin, d’une part, d’empêcher l’enracinement des réseaux à tentation mafieuse et, de l’autre, promouvoir le renouvellement de la classe politique.

Comme le dit Rajen Bablee, directeur exécutif de Transparency Mauritius : « Il faudrait amender les lois. Qui le fera ? Bien sûr, il appartient à l’Assemblée nationale d’apporter ces changements, mais en même temps, on réalise que toutes ces affaires concernent les politiciens et leurs proches. Voudront-ils changer quelque chose si le peuple ne les pousse pas à faire des changements ? » (Le Défi Plus du samedi 26 janvier)

Le 1er mai prochain, les grands partis politiques vont s’organiser, avec l’aide de l’argent du « gros capital » et d’autres sources occultes, afin de « défendre l’intérêt des travailleurs » et promettre monts et merveilles à la population. Et si, entre-temps, une plate-forme citoyenne (comprenant associations de consommateurs, syndicats, ONG) se dégage afin de leur imposer des demandes minima, articulées autour de quatre à cinq points fondamentaux ?

Entre parenthèses, après l’Église catholique, l’association Halkae Quadriac Ishaat-I-Islam a obtenu qu’aucun politicien ne prenne la parole à l’occasion de la fête religieuse Yaum Un Nabi. Nos leaders politiques ont une moyenne d’âge de 70 ans. Ils réalisent qu’ils ne sont pas éternels. Ils peuvent faire mieux, grâce à leur expérience et sans doute aussi leur sagesse, en prenant des initiatives qui aideront le pays à avancer sur la voie inévitable d’une meilleure transparence en politique. Certes, ils devront diminuer leur ego politique, mais ils grandiront aux yeux de la population.



Last modified on Sunday, 27 January 2013 10:04
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