28 July 2014
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Sunday, 10 February 2013 08:04

Liberté d’expression et Privacy : entre transparence et connaissance (1re partie)

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Cette semaine, l’actualité a été marquée par le jugement Balancy et la publication des résultats du HSC. Le jugement Balancy prône la primauté du droit constitutionnel à la liberté d’expression sur la vie privée dans les affaires liées à l’intérêt public. Les résultats du HSC mettent en lumière la bonne performance des collèges, dits régionaux, et démontrent qu’il n’y a pas de fatalité en matière d’éducation.

Les deux événements marquent une avancée pour notre démocratie, car ils dessinent en filigrane une tendance peu visible aux yeux de certains, mais qui demain deviendra la norme. À savoir une société dominée par la transparence et la démocratisation de la connaissance. 

Les experts, légistes et pédagogues, pourront argumenter à l’infini sur le bienfondé du jugement Balancy ou encore sur notre système d’éducation. Reste l’essentiel : ce sera une grave erreur de croire que la liberté d’expression n’est que synonyme de presse écrite ou encore que l’éducation s’arrête à des résultats et n’implique pas la généralisation de la connaissance. 

L’obsession que certains font au sujet de la presse écrite ou à laquelle celle-ci s’est prêtée tend à escamoter le fait que la liberté d’expression n’est pas le monopole de ce canal de communication. À part les moyens de communication de masse traditionnels (journaux, radios, télévision), il y a aujourd’hui d’autres modes de communication beaucoup plus riches, parce que instantanés et interactifs, à travers lesquels tout un chacun peut livrer ses informations et ses opinions. 

L’existence des Social Media, à l’instar de Facebook, fait qu’il est pratiquement impossible de contrôler le flux d’information/opinion qui submerge le bazar de la communication. Quand bien même un régime à tentation totalitaire croirait pouvoir restreindre les médias traditionnels (presque institutionnels, car opérant dans un cadre légal), il court le risque de se voir contrer sur le Net par une avalanche de supputations. Mauritius Telecom peut contrôler les portables, mais aucune autorité n’a prise sur le téléphone arabe. On peut restreindre la parole d’un politicien ou l’écrit d’un journaliste, mais on ne peut censurer les palabres de la rue. 

À Maurice, on peut attribuer diverses faiblesses à la presse. Il y a notamment  un reliquat des préjugés de la politique des années 60/70/80 qui perdure dans certains écrits, alors que l’économie et (de plus en plus) les libertés et les loisirs prennent le pas sur les préoccupations des citoyens des générations post-éducation gratuite. Mais aucun des journaux des groupes structurés ne peut être comparé au Sun britannique ou encore au défunt News of the World. Il n’y a pas de paparazzis ni de telephone hacking dans la presse locale. C’est plutôt certaines rédactions qui estiment être sur table d’écoute. Les « human stories » qui s’étalent dans les pages des faits divers découlent plus ou moins des échos des tribunaux ou encore des délits rapportés à la police (accidents, crimes sexuels, cas insolites). La presse ne fait là que son travail de miroir de la société. Dans 100 ans ou dans mille ans, lorsque le chercheur explorera ce qu’était la société mauricienne au début du 21e siècle, il ne se contentera pas de savoir qui était le Président, mais quelles étaient les mœurs de l’époque. 

En règle générale, la presse institutionnalisée ne s’immisce pas dans la vie privée des gens, à moins qu’eux-mêmes se projettent dans l’actualité. Et encore… Le cas Soornack et les affidavits concernant son divorce étaient un fait connu dans les milieux de la presse depuis des années, mais aucun journal responsable n’y a attaché une quelconque importance. Jusqu’au jour où la dame est descendue dans l’arène publique et qu’un politicien (et non un journaliste), mis au pied du mur, y a fait référence en guise de réaction de défense dans sa déposition. Si l’on retiendra du jugement Balancy la primauté du droit constitutionnel à la liberté d’expression sur la vie privée dans les cas touchant à l’intérêt public, il faut aussi faire ressortir que ce droit est avant tout celui du citoyen et non pas un monopole de la presse. Et à l’ère des Social Media et leurs outils de transmission/réception digitale (portables, tablettes, laptops), c’est le citoyen qui est empowered par la réaffirmation de son droit à l’expression. C’est aussi à lui de savoir comment il doit utiliser ce droit de façon responsable, afin de ne pas dénigrer et diffamer autrui. 

Aucune Media Law, surtout pas une loi restrictive, ne peut trouver de solution à cette problématique. En amont, seule une politique de transparence au niveau des autorités peut prévenir, voire contrer l’à-peu-près qui résulte des fois dans la presse (et les palabres qui se transmettent ailleurs) en raison, entre autres, de l’absence d’un droit d’accès à l’information (Right to Information Act). En aval, la démocratisation de l’éducation et l’accès continu à la connaissance devraient rendre les gens plus avisés, voire plus responsables quant à ce qu’ils lisent ou disent. Dans tous les cas, ils seront mieux armés afin de discerner qui défend les intérêts de qui. 

Vouloir cependant arrêter le cours du progrès, tant au sujet des droits citoyens que leur empowerment par le biais des nouveaux outils technologiques, par des lois ou mesures répressives, c’est autant courir après le vent. Les démocraties occidentales ont depuis longtemps compris qu’elles avaient plus à craindre de la société civile organisée, à l’instar d’Amnesty, Greenpeace ou le mouvement Occupy, que de la presse.

À Maurice, un jeune, Jeff Lingaya, a réussi ce que toute la presse réunie n’aurait pu réaliser. Pour sûr, la presse a été en partie sa caisse de résonance, mais son relais a été le téléphone arabe, Facebook et d’autres activistes. En fin de compte, les dirigeants intelligents saisissent que la meilleure politique n’est pas de nager à contre-courant, mais bien de prendre la tête du progrès en marche en épousant les nouvelles réalités du monde.




Last modified on Friday, 15 February 2013 07:03
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