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Thursday, 14 February 2013 15:48

Analyse – Pourquoi le chômage

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On se demande parfois si nos dirigeants politiques n’aient jamais dirigé une entreprise. Dès qu’ils entendent un licenciement, ils se disent choqués. Si un pays ne peut pas accepter qu’un hôtel licencie un petit nombre d’employés pour des raisons économiques, il y a lieu de s’inquiéter de la liberté de l’entreprise. Cette même liberté que nous vantons à tous les forums internationaux pour expliquer le succès de Maurice.

Perdre un emploi est un événement angoissant, signifiant une baisse immédiate du pouvoir d’achat et une diminution de la confiance en soi. Il n’est donc pas surprenant que les hommes politiques font jouer les sentiments pour se montrer grands défenseurs de l’emploi. À sa conférence de presse de samedi dernier, le leader de l’Opposition affirmait être contre le licenciement économique. Ce qu’il semble ignorer, c’est que la perte d’emploi est inévitable dans une situation de ralentissement de l’activité économique.

Lorsqu’une firme produit moins, elle est obligée de réduire ses coûts. Or, les salaires constituent une part importante des coûts. Pour éviter tout licenciement tout en demeurant profitable, l’entreprise a d’abord deux solutions : la baisse des salaires ou une hausse de la productivité des employés. Mais à Maurice, parce que les salaires sont rigides à la baisse et qu’on n’est productif que dans le long terme, l’entreprise n’a d’autre choix que de réduire son personnel afin de survivre et de protéger ainsi les emplois existants.

Dans la vie économique, des emplois se créent et se détruisent. Ce qu’on voit, ce sont les emplois perdus, car ils reçoivent une attention médiatique. Ce qu’on ne voit pas, ce sont les emplois gagnés. Si les seconds sont supérieurs aux premiers, on a une création nette d’emplois. Celle-ci, selon Statistics Mauritius, a été de 53 000 pour les Mauriciens au cours des huit dernières années. Le problème, c’est que plus de Mauriciens sont arrivés sur le marché du travail, soit une addition de 55 500 durant cette période, d’où une hausse du nombre de chômeurs. Donc, ce n’est pas que notre économie ne crée pas d’emplois, mais elle n’en crée pas assez. Pour engendrer de nouveaux postes de travail, l’économie doit croître à un rythme beaucoup plus élevé que les taux qui font l’objet d’une polémique inutile. Qu’on prévoie pour 2013 une croissance de 3,5% (MCB Focus) ou de 3,7% (Statistics Mauritius) ou de 4,0% (ministère des Finances), cela ne changera pas grand chose en termes de création d’emplois. Il n’existe pas de solution simple pour les décideurs politiques qui souhaitent réduire le taux de chômage. Elle ne sera pas efficace, cette proposition de MCB Focus d’une « national employment policy » qui prendrait la forme d’une intervention de l’État sur le marché du travail. Car le chômage est le résultat de la combinaison d’une multitude de causes.

Commençons par celle qui est la plus discutable : le chômage serait causé par la politique monétaire suivie ces dernières années. C’est la grande théorie du président du Joint Economic Council (JEC) : l’emploi serait pénalisé par une roupie forte, par un taux d’intérêt trop élevé et par une inflation relativement faible. Si c’était vrai, on aimerait bien savoir pourquoi les grands établissements ont subi une perte nette de 5 600 emplois en 2009, lorsque le taux d’intérêt a été réduit par un total de 250 points de base, et que la roupie s’est dépréciée de 11,1% contre le dollar et de 6,4% vis-à-vis de l’euro ; et pourquoi ils n’ont pratiquement pas créé d’emplois en 2011 quand l’inflation était de 6,5%.

En vérité, ce sont les conditions réelles de l’économie qui déterminent l’emploi. La production fluctue au gré de ces conditions et fait ainsi varier le niveau de l’emploi. Cette relation positive entre la production et l’emploi se trouve au coeur des prévisions de croissance et de chômage. On comprendrait mal comment un taux de croissance amélioré en 2013 entraînerait une hausse de sans-emploi. Pourtant, indique le présent baromètre, de plus en plus d’analystes appréhendent un taux de chômage de 8,3%, comme l’estime MCB Focus.

Pour expliquer cela, il ne faut pas se concentrer sur le taux global du chômage, mais plutôt sur le chômage des femmes et des jeunes. Le taux de chômage féminin est de 12,6% en 2012, selon Statistics Mauritius, tandis qu’on peut qualifier de « chômage naturel » le taux de 5,3% chez les hommes. Parmi ceux qui étaient sans emploi au troisième trimestre de 2012, 44% avaient moins de 25 ans. Quatre facteurs peuvent encourager ce type de chômeur.

Premièrement, les chercheurs d’emploi n’ont pas tous les mêmes compétences et ne sont donc pas parfaitement adaptés à tous les emplois disponibles. Les emplois offerts exigent des qualités différentes, ce qui rend difficile l’appariement entre les candidats à l’emploi et les firmes. Néanmoins, il faut laisser le marché coupler demandeurs et offreurs à travers les annonces dans les journaux, les sites d’emploi sur Internet, les chasseurs de têtes et le bouche-à-oreille.

Deuxièmement, les syndicats ne s’intéressent pas aux chômeurs, étant un type de cartel qui négocie des salaires plus élevés pour les ‘insiders (ceux qui sont dans l’entreprise). S’ils obtien­nent des salaires supérieurs au salaire d’équilibre, les firmes concernées offriront moins de postes aux ‘outsiders’ (ceux qui n’ont pas d’emplois syndiqués). Alors, la demande d’emplois augmentera dans les autres secteurs de l’économie, ce qui fera réduire les salaires des non-syndiqués.

Troisièmement, il peut être profitable pour les firmes de fixer les salaires au-dessus de leur niveau d’équilibre. Ce sont des salaires d’efficience visant à inciter les employés à devenir plus productifs et à ne pas quitter l’entreprise. Par conséquent, on ne recrute pas même si c’est pour payer un salaire moindre.

Finalement, au cas où le National Minimum Salary envisagé par notre ministre du Travail serait supérieur au salaire d’équilibre, cela ne ferait qu’aggraver le chômage des jeunes et des femmes. Car ils sont les moins qualifiés et les moins expérimentés. Rendu plus rigide, le marché du travail se retrouverait avec plus de gens désirant travailler que d’emplois disponibles.

www.pluriconseil.com

 


Last modified on Thursday, 14 February 2013 22:54
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