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Sunday, 17 February 2013 03:00

Démocratisation de l’éducation : de la connaissance à la transparence

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Les collèges dits régionaux commencent à faire bonne figure. L’éducation tertiaire a entamé sa révolution avec le lancement d’une « Open University ». À l’ère de l’Internet, quelle sera la signification sociopolitique de ce mouvement dans les années à venir ?
Au milieu des années 70, l’express avait une rubrique intitulée Concours des meilleures lettres, animée par feu Pierre Renaud. C’est dans cet espace que plusieurs jeunes de la génération pré-éducation gratuite (les frères Meetarbhan, Vine Ramnauth, Reza Issack, Ehshan Kodarbux…) ont fait leurs premières armes dans le domaine journalistique. L’un d’eux écrivit un article, qui fut primé, sous le titre Queue devant le savoir. Il relatait à quel point c’était difficile d’accéder aux ouvrages de référence à la bibliothèque municipale de la capitale. Il fallait ainsi littéralement faire la queue, le samedi, pour pouvoir accéder à la connaissance. Aujourd’hui, un simple click ouvre une fenêtre sur tous les savoirs du monde sur Internet. Wikipedia a remplacé l’encyclopédie Britannica.

Au milieu des années 80, il fallait avoir une passion pour la connaissance et des poches solides avant de songer à importer un livre. Le blockbuster In Search of Excellence coûtait Rs 500 (à l’époque). La vidéo du même livre, converti en matériel pédagogique pour entreprises par Harvard Business Review, pouvait chercher dans les Rs 25 000. Dans le même temps, In Search of Excellence se vendait, en copie pirate, à 50 roupies indiennes sur les pavés de Connaught Place à New Delhi. Les premières vidéocassettes de Business Studies de l’Indira Gandhi Open University, alors en gestation, étaient disponibles sur le marché à 90 roupies indiennes l’unité. Les Indiens ont par la suite envahi Silicon Valley.

Au milieu des années 90, l’on commença à évoquer la possibilité d’une Open University à Maurice. La suggestion fut notamment faite lors d’un séminaire organisé par le Mauritius College of the Air, réunissant différents stakeholders, dont les médias. Jayen Chellum, secrétaire général de l’Acim, doit encore s’en souvenir. Presque deux décennies après, ce projet est enfin opérationnel. L’éducation tertiaire à Maurice n’est plus dispensée entre quatre murs. Le  pays, par le biais d’Internet, est entré de plain-pied dans l’ère de la démocratisation de l’éducation tertiaire. Il est désormais possible à un jeune sans grands moyens d’y accéder.

Il est aussi possible à ce jeune ou à ceux, moins jeunes, qui voudraient parfaire leurs connaissances, d’étudier tout en travaillant. C’est un mix intéressant, car il cadre avec le modèle allemand qui allie études académiques et réalités du monde du travail. L’Open University devrait, dans un deuxième temps, émuler le système américain, où l’expérience et la réussite professionnelles des mature students sont prises en considération afin de les aider dans leur parcours académique.

Parallèlement, Internet, encore lui, a créé le miracle. Le rêve de l’éducation tertiaire – de qualité – pour tous est désormais à la portée de tout un chacun. Des prestigieuses universités, à l’instar de Stanford, ont commencé à mettre en ligne, notamment à travers Coursera, des cours autrefois accessibles aux seuls étudiants riches ou encore à une élite. Commentant ce phénomène dans un récent éditorial dans le New York Times, Thomas Friedman, auteur de The World Is Flat, livre que le PM a recommandé à tous les parlementaires, écrit : « Nothing has more potential to lift more people out of poverty — by providing them an affordable education to get a job or improve in the job they have. Nothing has more potential to unlock a billion more brains to solve the world’s biggest problems. »

Cerise sur le gâteau et cauchemar pour les commerçants de leçons particulières : Khan Academy propose gratuitement en ligne toute une palette de vrais cours pédagogiques, adressés à différentes catégories d’étudiants. Et nous y voilà ! Ce qui fera la différence, demain, ce ne sont pas les bâtiments construits à grands frais, mais bien les enseignants, qui devraient être de qualité, de vrais pédagogues, et bien rémunérés. Telle est la conclusion d’une récente étude de la London School of Economics Growth Commission. Celle-ci souligne, en passant, l’importance de prendre en charge les étudiants des milieux défavorisés (nous pensons là aux recalés du CPE), afin qu’ils puissent contribuer à bâtir les « skills » nécessaires à la formation du « Human Capital », richesse première des nations.

Que les étudiants des collèges régionaux commencent à faire aussi bien que ceux dits de l’élite, casés dans les collèges royaux et saints, ne doit pas trop nous surprendre. Les premiers émanent, pour la plupart, des classes moyennes, où les parents inculquent à leurs enfants la rage de réussir à travers l’éducation. À l’inverse, on entend de moins en moins parler de certains enfants de riches, gavés aux gadgets dernier cri, et dont la palme académique semble s’émousser au fur et à mesure que leurs parents, petits boutiquiers, deviennent de grands commerçants. Mais au-delà du parrot learning restrictif du système, il y a aujourd’hui un level playing field au niveau de l’accès à la connaissance. Chaque élève et chaque citoyen ayant accès à Internet peut soit papoter sur facebook, soit accéder à des trésors de connaissance. Le sésame est entre ses mains.

Cette rencontre des jeunes avec la démocratisation du dernier verrou de la chaîne éducative, le cycle tertiaire, provoquera à coup sûr des bouleversements sur la scène sociopolitique. Car cette génération Y, individualiste, exigeant et féru de liberté d’expression que lui offre le Net, ne va pas se contenter de subir les méthodes et diktats des politiciens des années 70/80/90. Citoyen du monde avide de libertés, il sera de plus en plus critique envers les discours d’un autre âge. Une bonne nouvelle pour le pays, mais une mauvaise pour les politiciens.

Néanmoins, il ne faut perdre espoir. Car, d’après les dernières déclarations, le Premier ministre accepte que la presse ait le droit de critiquer, alors que le nouveau chef de l’opposition affirme, dans l’express samedi : « Je crois que nous sommes arrivés à un moment où le pays et un gouvernement sérieux devraient réfléchir sérieusement à cette affaire de bonne gouvernance, de transparence, d’accountability. »



Last modified on Friday, 22 February 2013 12:35
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