Rodrigues n'est pas une entité municipale faisant partie de la République de Maurice. Rodrigues est une île autonome à qui la Constitution de la République a confié certains pouvoirs et responsabilités.

C'est par décision politique de l'alliance MSM/MMM que Rodrigues est devenue territoire autonome. L'ancien gouvernement avait pris la mesure des conséquences futures d'une telle décision, surtout en cas d'un éventuel conflit entre l'île principale et la petite île. Au fait, depuis les années soixante-dix, Serge Clair a milité pour l'autonomie de l'île.

L'alliance MSM/MMM entretenait d'excellentes relations avec le leader de l'OPR. Sir Anerood Jugnauth avait accordé une grande importance à Rodrigues en s'y déplaçant de façon systématique et en s'assurant que l'État accorde des subsides, par tête d'habitant, plus élevés à Rodrigues qu'à l'île principale. Le Parti Travailliste a pratiqué une politique différente vis-à-vis de Rodrigues. Les blessures de l'histoire sont profondes. Aux élections générales de 1967, Rodrigues vota à plus de 95 % contre l'Indépendance. Le 12 mars 1968, le quadricolore ne fut pas hissé à Port-Mathurin. Par la suite, les Ramgoolam -  et même Jugnauth à un certain moment - n'ont pas été bien chauds à l'égard de Serge Clair. D'ailleurs, après les élections de 1995, Navin Ramgoolam hésita avant de nommer un ministre rodriguais. Depuis 2005, c'est lui personnellement qui détient le portefeuille de Rodrigues. Et la coïncidence veut que c'est au moment même où le Premier ministre se plonge dans l'euphorie du White Christmas à Londres que s'annonce la plus grave crise dans les relations entre Port-Louis et Port-Mathurin.

La cause principale de cette crise: l'insistance de Port-Louis de pratiquer de la rigueur dans les dépenses à partir des fonds publics.
Or, Rodrigues ne dispose pas de grandes ressources. Il est tout à fait normal que l'île principale prenne en charge ses dépenses. Presque toutes les nations du monde pratiquent une telle politique de solidarité envers les régions éloignées et les citoyens démunis. Et, dans presque tous ces cas, les dirigeants laissent une large marge de manœuvre aux élus locaux. Il n'est pas sain et productif de jouer au Big Brother. On investit énormément pour amener ces citoyens à “feel good” dans une nation plus large.

Vouloir pratiquer la rigueur dans la gestion des ressources de l'Etat est, en lui-même, une initiative fort louable. Mais, fallait-il se montrer si pointilleux avec les Rs 1 085 des pêcheurs rodriguais? À Maurice même, les gaspillages du gouvernement central et des corps paraétatiques s'élèvent à des milliards chaque année. Le ministère des Finances devrait commencer par être plus vigilant avec les milliards qu'avec une allocation de Rs 1 085. Ce ministère a décidé de payer une allocation spéciale de Rs 500 000 aux fonctionnaires qui ont préparé le Budget 2007/08. Mais, une telle tâche ne relève-t-elle pas de leurs activités normales?

L'ironie de la situation veut que c'est bien du dirigeant rodriguais que l'Alliance sociale a favorisé qu'est venu le slogan Indépendance pour Rodrigues. L'indépendance n'est pas qu'un vain slogan. Une île Rodrigues indépendante relève d'un scénario bien réel. L'océan Indien a assisté à des cas de démembrement de territoires.  Les Britanniques n'ont-ils pas excisé l'archipel des Chagos? Les Français ont bien démembré les Comores pour créer un nouveau territoire français qu'est l'île de Mayotte.

Quelqu'un devrait vite apprendre quelques leçons de géopolitique à Rama Sithanen et à son conseiller spécial, Ali Michael Mansoor. Pour une poignée de roupies, Maurice risque de perdre tout un territoire et plusieurs milliers de kilomètres carrés d'eaux territoriales.