Les bouncers – successeurs de nos bons vieux “bhai” et “tapeurs” d'antan -– sont actuellement en vedette dans le pays.

Autres temps, autres mœurs. Dans le passé, les “bhai” d'un parti politique agressaient les agents d'un parti opposé. Dans la nouvelle île Maurice, les gros bras entrent au Parlement comme au Shoprite et ils se permettent même d'agresser un ministre de leur camp. Quand un récidiviste veut se rendre à la police, il choisit le bureau d'un ministre pour passer ses dernières minutes de liberté. Et on ose prétendre que Maurice deviendra la Suisse ou le Singapour de l'océan Indien !

“Tapeurs” en liberté sous caution au Lunch Room du Parlement agressant un ministre,  récidiviste confortablement assis dans le bureau d'un ministre, tout cela reflète un sérieux malaise de policing dans le pays. Au fait, le récidiviste aurait dû être arrêté avant même que le scénario du cinéma ministériel ne soit écrit. Autrement, en sachant qu'un numéro de spectacle allait se produire au bureau du ministre, la police aurait dû appréhender le récidiviste dans la rue même, avant qu'il ne prenne l'ascenseur pour aller participer au show médiatisé. Même si le récidiviste avait utilisé une corde pour descendre d'un hélicoptère et tenter d'accéder au bureau du ministre, comme cela se fait dans les films américains, la police aurait dû, pour préserver sa crédibilité, empêcher de telles manoeuvres et l'arrêter par la suite.

La crédibilité de la police a été entamée par nul autre que le ministre de l'Intérieur lui-même. Depuis les dernières élections générales, le Premier ministre a déstabilisé les fonctions du Commissaire de police. Ce dernier est victime des compliments que ne cessait de lui faire Paul Bérenger. Mais ce dernier faisait aussi les éloges
d'autres officiers, dont celui qui dirige aujourd'hui la Mobile Force. Pourquoi cet acharnement contre Gopalsingh ? Quels que soient les goûts personnels des dirigeants, la raison d'Etat doit toujours primer. Le président Bush n'a-t-il pas été désavoué par ses propres services de renseignements quand ces derniers ont affirmé que l'Iran ne représente plus une menace nucléaire ? à Maurice même, sir Anerood Jugnauth a eu à traiter avec au moins deux directeurs des services de renseignements qui lui étaient hostiles, ayant des sympathies pro-travaillistes, quand le PM était en guerre contre les rouges. Pourtant, le système avait fonctionné.

Le Premier ministre a raison de dire que la police mérite des réformes. Mais qu'a-t-on accompli en termes de réformes de 1995 à 2000 ? Ou encore de juillet 2005 à janvier 2008 ? En parlant de réformes rien que comme slogan sans prendre des mesures concrètes, le gouvernement déstabilise et décrédibilise sa propre police. Il n'est nullement surprenant que, dans un tel climat, les Mauriciens fassent appel à des firmes de sécurité et à des bouncers pour que des mesures efficaces et immédiates soient prises pour assurer la sécurité des gens et des biens. En donnant de mauvais signaux à la population, en recevant des hors-la-loi dans des bureaux ministériels, en accueillant des “tapeurs” comme des VVIP au Parlement, le gouvernement s'est donné une image mollassonne face aux récidivistes.
 
Une telle perception de complaisance ne peut qu’amener les Mauriciens à avoir un sentiment d'impunité face à la police. Comme si on n’avait aucun compte à rendre aux autorités. Ce qui explique les gros moyens  qui ont été déployés pour faire évacuer la discothèque Enigma jeudi. Il aurait suffi d'une intervention de quelques policiers pour rétablir l'ordre, si on vivait au temps où l'on respectait l'uniforme du policier. Mais en janvier 2008, on fait davantage confiance aux bouncers et aux samouraïs, avec les dérapages qu'on a connus, ce jeudi, à Quatre-Bornes.