Un Navin Ramgoolam qui mean business face à la dégradation au niveau du law and order à Maurice ? De la parole aux actes, le ministre de l'Intérieur aura maintenant à prouver, de façon convaincante, qu'il est capable de prendre des mesures concrètes pour rétablir l'ordre public dans le pays. Navin Ramgoolam n'a pas été avare de paroles pour faire comprendre qu'il est un homme de grandes décisions. Il a été ministre de l'Intérieur de décembre 1995 à août 2000 et pendant ce mandat, il n'avait cessé d'affirmer sa détermination d'opérer des reformes au sein de la police. Il importa même un réformateur professionnel britannique, en la personne de David Shattock.

C'est pendant que Shattock prodiguait ses précieux conseils que le pays assista aux pires émeutes enregistrées depuis l'indépendance. Pendant les trois jours que durèrent les émeutes Kaya, la police mauricienne avait cessé d'exister. La plus grande reforme qu'apporta Shattock dans les affaires de la police mauricienne fut un changement de stickers sur les portes des voitures de police. Le sticker de Rapid Intervention Brigade (RIB) fut remplacé par celui de l'Emergency Response Service (ERS). C’est de la bonne communication que de mentionner des mots comme reforme, réorganisation ou encore rationalisation. Mais il est toujours difficile de les mettre en pratique, surtout s'il y a absence évidente de volonté d'agir. Outre le changement de stickers à la Shattock, une autre décision portant sur la reforme fut le gel de recrutement de nouveaux effectifs dans la police. Le ministre de l'Intérieur avait vu juste : le nombre n'est pas nécessairement synonyme d'efficience. Or, en même temps qu'on avait cessé de recruter, on n’avait aucunement investi dans les nouvelles technologies de détection d'actes criminels. La police mauricienne ne dispose toujours pas d'un laboratoire digne de ce nom pour procéder efficacement et rapidement à des tests d'ADN. Ainsi, dans le cas du viol de la petite Jolita à Mahébourg, on a pris 30 mois pour compléter l'analyse d'un échantillon. En abordant
la question de l'insécurité dans le pays, des éléments malintentionnés ont eu tort de tout mettre sur le compte de Navin Ramgoolam. Le Commissaire de police est le premier à être blâmé car il détient des pouvoirs d'action étendus, d'après la Constitution du pays. Il est vrai que les relations entre le Premier ministre et le Commissaire de police sont loin d'être cordiales. Mais cela ne justifie pas l'immobilisme apparent du No 1 de la police. Il est maintenant sorti de sa torpeur. Tant mieux pour le pays.

C'est dans la durée qu'on sera en mesure de juger si les réveils soudains du ministre de l'Intérieur et du Commissaire de police auront l'impact recherché sur le terrain. Certains incidents laissent croire que ce n'est pas dans les jours qui viennent que le pays retrouvera sa sérénité. Ainsi, six jours après l'agression de deux touristes allemandes sur la plage du Goulet, deux touristes français, sous la menace d'armes, ont été dépouillés de leurs téléphones cellulaires et de l'argent en leur possession, toujours au Goulet. Cela s'est produit après que le Commissaire de police eut annoncé des mesures musclées. Il est néanmoins salutaire que le ministre de l'Intérieur et le Commissaire de police se soient engagés tous deux à prendre des mesures draconiennes contre les fauteurs de troubles, les criminels et les milices. Ils ont le mérite d'avoir reconnu que réellement le pays fait face à un problème qui mérite toute leur attention. Cette prise de position, bien que tardive, vient remettre en question un autre postulat qui allait dans la voie de la facilité. En effet, certains ont accusé les médias d'avoir exagéré la portée des événements et d'avoir créé une psychose, alors que tout allait supposément bien dans le pays. Les politiciens ont été aidés dans ce postulat par des personnes qui vivent dans des tours d'ivoire et qui se présentent comme des autorités des médias, alors qu'ils n'ont jamais passé une demi-heure dans une salle de rédaction. Ces soi-disants spécialistes sont encore moins exposés aux réalités brutales du law and order que sont les journalistes spécialisés dans le police beat.