Full many a flower is born to blush unseen,
And waste its sweetness on the desert air.

L’homme ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche. Cette réflexion nous est venue, en méditant sur le drame humain qui a succédé à la construction du Midlands Dam. Il fallait le construire, ce réservoir, car il nous faut de l’eau. Notre agriculture en redemande.

Il suffit d’une averse pour voir verdir nos champs. L’eau n’est pas une denrée rare ; il pleut sur l’île Maurice des milliers de millimètres de pluie chaque année. C’est l’usage que nous en faisons qui est à condamner. Il n’y a pas suffisamment de barrages (pour ne pas dire qu’il n’y en a pas du tout) pour contenir et canaliser l’eau. Et c’est l’océan qui en profite ; et ce sont nos poissons qui sont soumis à des toilettes forcées.

L’eau ne manque pas ; ce sont les idées qui font défaut. Des idées pour une politique d’eau qui réponde à la densité de notre population et aux besoins de notre million de visiteurs. La construction du Midlands Dam a été une sage décision. Vu son étendue, le réservoir dut empiéter sur des terrains avoisinants. Certaines localités durent être évacuées, et les habitants relogés ailleurs, contre promesses d’un mieux-vivre.

Le réservoir terminé et opérationnel, les promesses d’une vie meilleure ne se réalisent pas. Ce ne fut qu’un vœu pieux. Les déplacés du village de La Pipe disparaissent, tout comme leur village, sous les eaux du Midlands Dam. On les a oubliés. Moralité : lorsqu’un homme politique fait une promesse, prenez-la with a grain of salt. Et, comme nous le disons en bon patois-créole, l’homme politique est « gran prometer, ti donner ». (Nos excuses au président Obama qui a tenu une promesse faite à son épouse de l’emmener à une soirée dansante, s’il remportait les présidentielles.)   

La saga des délogés
de La Pipe (aujourd’hui Anoska, à 16e Mille) ne s’arrête pas là. Ils ont été dupes des hommes politiques. Leur confiance a été violée. Pour ajouter à leurs humiliations, on les considère comme des moins-que-rien. Quoi de plus cruel que de blesser un homme dans sa dignité, de comparer son petit village à un dépotoir ? Et de prendre ses parents et sa famille pour des  assistés, auxquels on distribue des produits (alimentaires, s.v.p.) périmés ?

Face à ces humiliations et injustices, la jeunesse d’Anoska s’est réveillée et s’organise. Pas pour faire la guerre aux détracteurs et dénoncer les imposteurs ! Elle s’organise pour se faire valoir et respecter. Il suffit à Isaac Newton la chute d’une pomme pour établir les lois de la gravitation. Il suffira à nos jeunes d’Anoska un ballon de volley-ball pour bondir au-dessus de cette société parsemée d’hypocrisie et se bâtir une vie ayant pour point de repère le sport. Lorsqu’on sait les sacrifices à faire, les efforts, physiques et mentaux, à consentir pour réussir en sport, y a-t-il une meilleure activité pour des jeunes qui veulent réussir dans la vie ? Qui veulent, en se faisant respecter, amener les autres à respecter le petit village d’où ils viennent ? Donc, mettre fin aux préjugés dont ils sont victimes de la part de la société.

Aujourd’hui, ces jeunes ont grandi, physiquement et mentalement. Ils sont fiers d’avoir su éveiller une conscience Anoska. Ils seront encore plus fiers de pouvoir, un jour, offrir à la nation mauricienne des sportifs. Ils font des vœux et des projets. Et on peut ressentir chez eux, ces rejetés et méconnus de la société mauricienne, l’espoir de pouvoir un jour faire flotter haut notre quadricolore. Ils aiment leur patrie – cette patrie, hélas, balkanisée pour des raisons politiques.

Dans son euphorie (ou désespoir), un de ces jeunes aurait dit : « Nou parey kouma tou lezot morisyen ! » Nous, nous leur dirons qu’ils ne sont pas « parey kouma tou lezot morisyen ». Pendant qu’eux s’organisent, se fédèrent, font du sport, se rencontrent pour des échanges… les autres se saoulent et commettent des actes ignobles.