Ainsi, les conseillers municipaux de Port-Louis ont décidé d’élargir les attributions du fact-finding committee. Cette instance ne sera pas chargée uniquement de dénouer le récent cas de vol de barres de fer dans un hangar municipal. Il va devoir enquêter sur le fonctionnement même de la mairie. C’est une très mauvaise idée ! Tout simplement parce que, si le travail se fait comme il se doit, le rapport va dormir indéfiniment dans un tiroir. Car il sera totalement inapplicable. Les mairies sont ingérables depuis bien longtemps. Il faut savoir que les mairies ont été gérées de manière informelle pendant des décennies. C’était à l’époque où elles étaient contrôlées par un MMM – dans l’opposition – faisant face à un gouvernement voulant les empêcher de fonctionner. C’est pendant cette période, et cette période seulement, qu’on peut dire que cette gestion a été un tant soit peu efficace. Mais, à ce système disons « particulier », il faut ajouter des recrutements effectués à chaque fois sur une base politique. Le MMM contrôlant les villes et chaque mairie recrutant à l’intérieur de ses frontières, la plupart des nouvelles recrues se trouvaient être des mauves. Donc, il y a eu un personnel – peut-être pas une administration – proche du MMM dans les mairies. Néanmoins, le gouvernement en place profitait de chaque occasion pour y placer ses agents/sympathisants. Décrocher un job dans une mairie est considéré comme un jackpot. D’abord, les horaires de travail permettaient de faire un autre job. Le conseiller Raouf Khodabaccus confirme que certains employés commencent à bosser à 6 heures pour terminer à 10 heures. Deuxièmement, il y a la sécurité d’emploi. Et, dernièrement, l’employé de la mairie a presque les mêmes facilités qu’un fonctionnaire. Sinon, comment expliquer que des dizaines de milliers de personnes veulent obtenir un job manuel au sein des mairies ? Mais, plus important encore, il y a eu un sentiment d’impunité au sein des mairies. Les employés
pouvaient faire ce qu’ils voulaient sans craindre des sanctions. Ceux proches du MMM étaient protégés par le maire et les conseillers, tandis que les autres bénéficiaient de la protection des ministres et du gouvernement. La mairie était le genre d’organisation où les travailleurs manuels étaient plus puissants que le secrétaire de la ville, devenu entre-temps Chief Executive. Pendant des années, chaque Secrétaire de la ville qui a tenté de faire respecter les horaires de travail ou les règlements a récolté un transfert punitif. Après s’être fait rabrouer par le maire et les conseillers ! Les employés constituent une clientèle électorale qu’il fallait caresser dans le sens du poil. Et ce, même si le service laissait à désirer et que la performance était devenue quasi-inexistante. D’ailleurs, l’alliance MSM/MMM l’avait remarqué entre 2000 et 2005. Heureusement qu’il y avait alors le bulldozer Rajesh Bhagwan, à la tête du ministère de l’Environnement, qui n’hésitait pas à empiéter – avec raison – sur les territoires municipaux. L’Alliance sociale est maintenant confrontée à ce problème. Et, le fait qu’une bonne partie de l’ancienne clientèle électorale mauve est devenue rouge n’arrange pas la situation. Sans oublier que Rama Sithanen veut imposer un style de gestion utopique, basé sur la performance, l’efficacité et l’absence de gaspillage. Et la gestion municipale est aux antipodes de ce que veut instaurer le Grand argentier. Néanmoins, il ne faut tout de même pas penser que la mairie ne fait rien. Bien au contraire ! Quand un conseiller connaît les rouages de l’administration et les chefs de département, il peut accomplir des miracles. Et rapidement, en plus. Alors que, pour qu’un projet puisse aboutir normalement, cela prend des siècles. Tout cela fait que le récent cas de vol, découvert dans un hangar municipal, n’est pas un phénomène nouveau. Il y a beaucoup plus grave ! C’est pourquoi élargir les attributions du fact-finding committee est une mauvaise idée. Cela va prendre du temps. Pour avoir une mairie digne de ce nom, il faut tout recommencer à zéro. Cela coûte de l’argent. Mais plus important encore, c’est suicidaire politiquement.