Anil Bachoo ne manque jamais de consulter les astrologues avant de prendre des initiatives politiques. La légende veut que neuf fois sur dix, les conseils qu'il reçoit s'avèrent utiles. Ainsi, il refusa de se joindre aux Travaillistes en 2000 alors que son ami Rama Sithanen avait fait le grand saut. Et Bachoo se retrouva dans le gouvernement MSM/MMM.

Au début de 2005, Bachoo abandonna son poste de ministre et, après les élections de juillet 2005, il regagna la Government House comme ministre. Et voilà qu'en ce beau jour de février, en plein pèlerinage du Maha Shivratree, Bachoo s'attaque de plein fouet à Patrick Assirvaden, chairman du CEB, donnant une réplique cinglante aux propos de ce dernier sur l'affaire CT Power.

Quand un ministre choisit de prendre pour cible un chairman de l'envergure d'Assirvaden, c'est qu'il a bien calculé le coût politique d'une telle initiative. Assirvaden est après tout l'homme du Premier ministre lui-même.

Ayant joué profil bas – trop bas même pour paraître innocent – pendant longtemps, Bachoo donne subitement un retentissant coup de semonce à l'intention de ceux qui osent contester ses prérogatives de ministre gardien de l'environnement. Bachoo a décidé de nommer un expert qui sera chargé d'étudier la demande de CT Power.
Cette compagnie compte produire de l'électricité à partir du charbon. C'est un procédé polluant et il incombe à Bachoo de veiller à ce que l'aspect environnement
ne soit nullement compromis. Or, Assirvaden a raison de s'inquiéter de l'avenir. Le CEB pourrait se retrouver avec une production qui ne satisferait plus la demande croissante.

Bachoo est bien conseillé et il n'est pas né de la dernière pluie. Il sait bien qu'il pourrait se retrouver en situation de conflit avec le Premier ministre lui-même, si ce dernier finit par prendre fait et cause pour CT Power et Assirvaden. CT Power, financée par des Malaisiens d'origine indienne, fait partie d'une stratégie économique internationale inspirée du mouvement Global Organisation of People of Indian Origin. D'ailleurs, c'est le réseau GOPIO local qui a parrainé CT Power à Maurice.

Tôt ou tard, le gouvernement mauricien se verra contraint de trancher en faveur ou contre CT Power, avec des répercussions à prévoir au niveau de la GOPIO.

Lui-même très proche de GOPIO quand il roulait pour l’alliance MSM/MMM, Bachoo a été systématiquement marginalisé par les Travaillistes par rapport à la participation de Maurice dans des activités concernant l'Inde et GOPIO. De ce fait, Bachoo pourrait bien se permettre de résister à tout lobbying « socioculturel » autour de CT Power.

Il souhaiterait même une révocation pour avoir mis des bâtons dans les roues de CT Power. Cette révocation faciliterait grandement son retour dans l’opposition. Un tel événement va donner encore plus de poids à l'affirmation de Paul Bérenger, qu'avec l'affaire CT Power, « ena fermé la dans ».