Pour s’être associé à une mauvaise décision de hedging, le gouvernement n’a pas hésité à guillotiner Sanjay Bhuckory, le Chairman d’Air Mauritius et ami intime du Premier minister lui-même. Pour une mauvaise décision de hedging, c’est business as usual à la State Trading Corporation (STC). Pas de guillotine pour les responsables mais le passage à la moulinette pour des centaines de milliers de propriétaires de voitures, de mobylettes, de camions, d’autobus et de fourgons, à chaque fois qu’ils se rendent aux stations-service. Pour chaque litre d’essence, on paie Rs 3 pour aider à nettoyer le gâchis du hedging à la STC.

Il se passe des choses bien étranges à la STC depuis le changement de gouvernement en 2005. Ainsi, les Mauriciens devaient apprendre en 2006  que le contrat de fourniture de produits pétroliers avait été confié à la modeste compagnie indienne Mangalore Refineries alors que les grands du pays sont Indian Oil et Bharat Petroleum.  En 2007, le contrat fut étendu pour trois ans. Selon le ministre Rajesh Jeetah, le pays allait, avec ce deal, économiser Rs 350 millions par an, soit Rs 1 milliard au bout de trois ans. Le ministre n’est pas venu démontrer, par la suite,  qu’effectivement des profits avaient été réalisés. On attend toujours connaître, dans leurs moindres détails, les provisions de ce contrat.

Puis, on apprenait que le contrat de transport des produits pétroliers avait été alloué à la compagnie indienne Pratibha Shipping.  Pour qu’on puisse avoir une idée des liens bien intimes qui existent entre Pratibha Shipping et la STC, cette dernière a techniquement financé le déplacement privé de deux cadres de cette compagnie aux Seychelles. Les faveurs sont dispensées sur une base mutuelle :
le directeur de la STC, Ranjit Singh Soomarooah, a joué à la vedette, tel un membre de la jet-set internationale, lors d’une journée de courses à Mumbai. Il y avait été sponsorisé par Pratibha Shipping. Politesse pour politesse, la STC elle-même semble avoir agi comme sponsor à cette journée de courses.

Quel que soit le degré d’intimité avec Pratibha Shipping, rien n’est plus fort que les liens de sang. Ainsi, on assistera à un événement bien étrange. En effet, la STC décide un beau jour d’inviter des entreprises mauriciennes à exprimer leur intérêt à décrocher le contrat pour le transport des produits pétroliers destinés au pays. Par un incroyable concours de circonstances, c’est la firme de construction Bhunjun qui est désignée comme futur transporteur. La compagnie se positionne pour obtenir un contrat d’une durée de 15 ans et s’organise pour acquérir un tanker. Rien n’empêche à la compagnie Bhunjun de diversifier ses activités comme l’ont fait Rogers et IBL qui avaient, elles aussi,  débuté modestement. Mais l’initiative de la STC rend perplexe, le moins que l’on puisse dire. La compagnie appartient d’ailleurs aux beaux-parents du ministre
Jeetah.

La mère toutefois de toutes les manifestations bizarres dans la prise de décision à la STC reste le prix des produits pétroliers. Quand les cours montent à l’étranger,  la STC n’éprouve aucune difficulté à justifier — logiquement —  l’augmentation à la pompe. Mais quand les cours baissent, la STC trouve toujours des moyens à justifier une augmentation à Maurice.

Les décideurs à la STC semblent jouir d’une protection politique à double coque comme le futur pétrolier des Bhunjun. Pauvre Sanjay Bhuckory. Il serait resté en poste s’il était le Chairman de la STC plutôt que d’Air Mauritius.