Les syndicats des employés de Mauritius Telecom (MT) ont décidé de boycotter une cérémonie qui s’annonce grandiose et qui verra l’implantation le 17 avril du label Orange dans le paysage des télécommunications à Maurice. Pour les syndicats, ce serait la consécration de la mainmise de France Télécom (FT) sur MT.

L’opposition MMM a fait part de la même appréhension devant ce qui est perçu comme l’invasion Orange. Pourtant, c’est un gouvernement MSM-MMM qui avait en 2000 formalisé l’entrée du chameau dans la tente de MT. FT avait alors acquis 40 % des actions de MT. Seulement, le rusé Paul Bérenger avait anticipé une future tentative des Français de s’approprier ce bijou de famille. Il avait alors mis un garde-fou dans le deal avec FT : tant que l’Etat  mauricien détiendrait 30 % des actions, les Mauriciens auront toujours contrôle sur l’entité.

Quand Anerood Jugnauth avança d’une année (de janvier 2004 à janvier 2003) l’échéance du monopole de MT, les Français se virent subitement coincés. Ils eurent même des doutes sur l’opportunité de leurs investissements de Rs 7,3 milliards. Mais la compétition s’annonça moins féroce que prévu et MT continua d’engranger des milliards de bénéfices. Ce qui arrangea FT. Par contre, suite à l’arrivée des Français, MT a dû roll-back ses projets en Afrique. Sans ce partenariat avec les Français, MT serait devenue un véritable player en Afrique, devenant même le principal opérateur de téléphone cellulaire au Kenya et le No 1 des télécommunications au Mozambique, qui compte maintenant cinq millions d’abonnés. Au fait, MT était déjà une compagnie hautement performante avant même l’arrivée de FT. C’est plutôt FT qui a bénéficié du deal, réussissant à extraire bien des fonds de MT en vendant des services,
tout en touchant des dividendes astronomiques. Si jamais les réserves de Rs 10 milliards de MT sont distribuées, FT qui est contrôlée par l’Etat français encaissera immédiatement Rs 4 milliards.

Le passage au régime Orange va certainement ajouter un plus à Maurice. La coïncidence veut que les premières négociations entre France Télécom et Maurice eurent lieu quand Sarat Lallah était ministre des Télécommunications dans le gouvernement travailliste de 1995 à 2000. Et c’est quand le même Sarat Lallah s’est retrouvé directeur général de MT que FT a abordé la phase décisive de son implantation à Maurice. On ne peut pas dire que ce fin Lallah manque de détermination dans sa quête de trouver le meilleur deal possible pour sa chère patrie, surtout dans le domaine des transferts de technologie.

Les syndicats ont-ils raison de voir en ce 17 mars la date mémorable d’une capitulation qui verra la mort éventuelle MT et l’hégémonie de FT ? Une Diégo économique, version 2008, au goût acide d’orange, avec vente d’une partie du patrimoine national ? Une telle crainte paraît injustifiée. Il n’y a aucune raison de croire que le gouvernement qui applique fermement une politique d’empowerment des Mauriciens entend brader son joyau le plus cher et le plus profitable au bénéfice d’un gouvernement étranger. Si jamais le gouvernement mauricien envisage de modifier l’actionnariat de MT, son choix devra logiquement se porter sur les Mauriciens, surtout cette classe de petits entrepreneurs qu’on entend créer. Il faudrait aussi donner l’occasion aux grosses entreprises mauriciennes de participer à l’actionnariat de MT.

Quand une entreprise passe du contrôle d’un état à un autre état, cela ne ressemble nullement à un exercice d’empowerment social des fils du sol, encore moins de privatisation dans le sens capitaliste du terme, et comme l’encourage la Banque mondiale. Sinon l’empowerment, style mauricien, se limitera, comme on le voit sur les écrans de la MBC, à la confection de pots d’achards par des villageoises.