« Le galvaudage idéologique et scientifique qu'a connu ce concept [créole] et ses dérivés depuis son apparition, il y a maintenant trois siècles, ne devrait pas franchir le seuil du 21e siècle. » [Robert Fournier, « Créole, une mystification »].

En se lançant aveuglément dans une politique politicienne créoliste engendrée par la France et destinée à ses Départements outre mer et, en même temps, importée à Maurice, le prêtre Jocelyn Grégoire démontre clairement son ignorance de ce qu'est un Créole qu'il confond aussi avec la catégorie constitutionnelle de Population Générale. [v. Entrevue du Prêtre Grégoire publiée dans Le Matinal du mercredi 23 avril 2008 : « Il faut affirmer l'identité créole bafouée ».]

Pour les Africains asservis, le terme Créole est un terme raciste concocté par des européens.Ces derniers identifiaient comme Créoles les esclaves qui baragouinaient en une langue à base de français, d'anglais, d'espagnole ou de portugais.Le parler créole des esclaves à Maurice était à base de français.Mais avec l'immigration massive de l'Hindoustan, depuis la conquête de Maurice par les Anglais en 1810, ce créole a longtemps cessé d'être parlé par les Mauriciens. Il n'y a aucune preuve sociologique, linguistique ou phonétique que le créole des esclaves se parle toujours par les dis descendants des esclaves à Maurice, encore moins par tous les Mauriciens.Conséquemment, quand la Constitution fut écrite et décrétée, il n'y a jamais eu de revendications créoliste.L'Île Maurice indépendante, peut-elle retourner à l'esclavage ?

Population Générale
La Constitution mauricienne déclare : « For the purposes of this Schedule, the population of Mauritius shall be regarded as including a Hindu community, a Muslim community and a Sino-Mauritian community; and every person who does not appear from his way of life, to belong to one or other of those 3 communities shall be regarded as belonging to the General Population, which shall itself be regarded as a fourth community. »Il est alors très clair que la catégorie Population Générale n'est qu'une catégorie résiduelle.La Population Générale regroupe les athées, les Adventistes, les Bouddhistes, les Mauriciens d'origine africaine comme européenne sauf ceux, parmi eux, qui préfèrent être sous les deux catégories religieuses, soit communauté hindoue ou musulmane malgré que la majorité des Mauriciens d'origine africaine soit des Catholiques.Le prêtre catholique Jocelyn Grégoire a tort de croire que « Population Générale » est synonyme de 'Créole'.Il devrait approfondir ses recherches et se demander pourquoi les Mauriciens d'origine africaine (malgache comprise) n'ont pasrevendiqué une 'identité créole' pendant plus de 200 ans.Même lors de l'accession de Maurice à l'indépendance, une telle revendication n'a pas été faite.La raison est très simple ; c'est parce que le terme créole est ni une race (v. sino-mauricien), ni une religion (v. communauté hindouiste), et il se situe dans la servitude et non dans la liberté.

« Créole, une mystification »
Dans son article, « Créole, une mystification », Robert Fournier de Carleton University fait état de racisme en évoquant le terme créole et précise que le créole n'a pas sa place dans le XXIeme siècle.Je reproduis ci-dessous quelques-uns de ses écrits :

  1. « Le galvaudage idéologique et scientifique qu'a connu ce concept [créole] et ses dérivés depuis son apparition, il y a maintenant trois siècles, ne devrait pas franchir le seuil du 21e siècle.Même si la question relève davantage de l'histoire farfelue des canulars que d'une réalité palpable, il m'apparaît que revient au petit monde de la sociolinguistique historique le soin d'amorcer le rétablissement des faits, afin d'éviter de perpétuer une idéologie à fondement raciste dépassée qui a pris l'allure ce dernier demi-siècle d'une véritable mystification scientifique. »
  2. «Je vais aboutir à la conclusion que ces langues qu'on a baptisées «créoles français» sont en fait des langues néo-françaises, ou mieux: du français «naturel». J'adapte ici une formule de Louis-Jean Calvet [4]: «le créole est une langue française comme on dit le français est une langue latine». Enfin, je soupçonne que l'idéologie qui a présidé à la désignation et au maintien du vocable créole pour désigner ces langues est tout bonnement raciste. »
  3. « Créole est également ce même concept anthropogénétique albocentriste que les mêmes Européens Blancs ne se sont pas privés d'adapter et d'adopter pour faire accroire aux Africains Noirs importés aux Antilles qu'ils ne parlaient pas la même langue qu'eux, c'est-à-dire français, qu'ils étaient incapables de l'apprendre correctement, et qu'ils l'ont apprise, si tant est, qu'avec grande difficulté en la déformant à un point tel que ce n'était plus français mais quelque chose d'autre qu'on a pris l'habitude d'appeler créole. »
  4. « Cette nouvelle expansion sémantique "naturelle" du terme créole en un concept linguistique est en fait le résultat de l'empressement des Blancs à faire accroire aux Noirs qu'ils parlaient petit-nègre, barag(u)oin, patois, jargon, idiome, pidgin, créole, n'importe quoi sauf du français, et à désigner de façon diminutive ce langage appris par les Nègres aux contacts des Blancs.»

« Idéologie à fondement raciste »
Le prêtre Jocelyn Grégoire importe tout simplement une politique raciste de la France qu'il essaie d'imposer sur les Mauriciens à travers la mobilisation des Mauriciens d'origine africaine, mobilisation qui peut facilement déraper en violence.Il se noie dans la contradiction quand il veut être un groupe de pression (lobby), et en même temps apolitique.Il veut forcer le gouvernement mauricien à reconnaître une communauté dite 'Créole chrétienne' au niveau constitutionnel, c'est-à-dire, une catégorie non seulement fictive, mais aussi basée sur le racisme et la discrimination religieuse, car il existe bien des Mauriciens d'origine africaine qui sont de foi islamique ou hindouiste.

Mais, dans son entrevue dans l'Express dimanche du 27 avril 2008 (« L'Évènement – Le phénomène Grégoire »), contrairement à ses revendications du 28 octobre 2007 aux Champs de Mars, le prêtre Grégoire ne semble plus insister sur l'inclusion de 'Créole chrétien' dans la Constitution mauricienne, mais de 'Créole' tout court, un terme qu'il n'arrive même pas à définir.Si le prêtre Grégoire a changé de ton, il a le devoir d'expliquer de quel 'Créole' il s'agit – catholique, musulman, hindou, athée ? Ou, parle-t-il d'un Franco-Mauricien de race blanche, ou d'un métis, voulant dire entre blanc et noir issu du colonialisme ?

Néanmoins, cette déviation, aussi adoptée par l'historien Benjamin Moutou, ne fait pas du 'Créole' un terme moins raciste.Benjamin Moutou, de toutes les personnes, aurait dû certifier que le terme Créole est un terme raciste de fabrication inventé, qui n'est que pure vérité, mais non la déformer et la corrompre dans le but d'induire les Mauriciens en erreur.Il n'explique pas, non plus, ce qu'il veut dire par « un demi-siècle de frustration » par ladite communauté créole car le terme Créole date de plusieurs siècles.Robert Fournier est bien plus véridique dans ses analyses et, tout en rétablissant les faits, il dit bien qu'il faut « éviter de perpétuer une idéologie à fondement raciste dépassée qui a pris l'allure, ce dernier demi-siècle, d'une véritable mystification scientifique. »« L'espérance »,dont parle le prêtre Grégoire, veut dire plutôt que les dits descendants des esclaves, chrétiens ou pas, doivent nécessairement se libérer de la créolité.

Conclusion
Par ailleurs, le gouvernement ne devrait pas avoir de problème à reconnaître une catégorie « Afro-mauricienne », soit « AFRICAN-MAURITIAN », ou une « communauté chrétienne ».Maurice n'a jamais été un État laïque, car il reconnaît les religions et les origines du peuple.La créolité est une politique raciste et anticonstitutionnelle, et qui ne peut en aucun cas former parti dans la Constitution mauricienne.L'arrogance des propos du prêtre qui ne sait ou donner de la soutane, ainsi de l'extrémisme de son manifeste politique, ne font de lui qu'un autre politicien à la recherche de sa place au sein de l'arène politique mauricienne en se servant de l'Église catholique.

M Rafic Soormally

Londres

Ce dimanche, 27 avril 2008