Le coup de Jocelyn Grégoire parti, les états-majors politiques agissent maintenant pour faire face aux retombées de ce nouveau phénomène.

Première réaction : le PMXD et le MR se sont réunis le jeudi 8 mai sous la bannière de Gaëtan Duval. Certainement, on cherche à développer une synergie chez les héritiers physiques et spirituels de l’ancien chef historique des Bleus. Ce regroupement est nécessaire car des menaces pointent à l’horizon. Rama Valayden risque même, si un scénario particulier se réalise, les caro-cannes.

Si le mouvement de Grégoire prend de l’ampleur, se structure et se place sur l’échiquier politique comme un allié objectif de Navin Ramgoolam, le PMXD de Xavier-Luc Duval et le MR de Rama Valayden risquent d’être ses premières victimes. Leur apport à l’Alliance sociale en pâtirait car, sur le plan de la masse critique et de l’impact sur l’ensemble du pays, Grégoire pèse définitivement plus lourd que les frères Duval et Valayden combinés. Même si on y ajoute Allet et Guimbeau.

Dans le contexte de 2005, le Parti Travailliste dépendait absolument des petits alliés comme Duval, Valayden, Dulloo, Bachoo et Sylvio Michel pour grappiller des votes, à gauche et à droite, pour affronter le MMM et le MSM. Avec un allié comme le mouvement Grégoire et sécurisé dans son électorat hindou par une alliance avec le MSM, le rôle de tous ces petits alliés de 2005 sera considérablement réduit dans le contexte des prochaines élections.

Xavier-Luc Duval pourrait bien s’entendre dans le contexte d’une alliance élargie. Valayden est moins sûr, surtout qu’il aime affectionner un positionnement politiquement correct, destiné plutôt à plaire à l’électorat du MMM. Aussi, si le MSM est coopté au sein du gouvernement, une nomination de Pravind Jugnauth comme Attorney General relève du domaine du possible. Surtout si Ashock Jugnauth obtient gain de cause devant le Privy Council et qu’il n’y ait pas d’élection partielle au No 8. Quel que soit l’apport actuel de Valay
den, il ne se compare nullement à la force stratégique de Grégoire et du MSM.

Grégoire a aussi provoqué un rethinking au MMM. Alors que les Mauves s’attaquaient à lui avant le 1er-Mai, c’est une nouvelle appréciation du prêtre qu’on a notée au MMM dans les analyses post-1er-Mai. Toutefois, il n’est pas exclu que le MMM se démarque à nouveau de Grégoire si le mouvement de ce dernier se rapproche davantage des Travaillistes. Il n’est pas exclu que les Rouges prennent des initiatives sciemment dans le but précis de prouver qu’ils sont sensibles aux revendications de Grégoire.

Toutefois, si une association du Labour et du MSM avec Grégoire pourrait être appréciée comme une initiative tactique intelligente par les partisans de ces deux formations politiques, un soutien trop enthousiaste du MMM au même Grégoire pourrait s’avérer nocif à la stratégie des Mauves de conquérir davantage de territoire hindou. La revendication de 35% des postes dans la Fonction publique par Grégoire  pourrait entraîner le MMM dans un guet-apens politique insoupçonné.

Le terrain reste toujours miné pour le MMM. Car, à vouloir trop jouer la carte hindoue, le parti risque de tomber dans un autre piège, apportant de l’eau au moulin de Grégoire. Ce dernier ne soutient-il pas que les partis politiques traditionnels n’ont pas réussi à défendre les intérêts des créoles ?

Le mouvement Grégoire est appelé à peser aussi sur les options futures du MSM. En effet, si ce mouvement se consolide pour devenir un acteur politique incontournable, le MMM pourrait davantage sentir la nécessité de concrétiser une alliance avec le MSM pour stopper le ralliement de ses propres partisans vers la plate-forme créole. C’est une alliance qui pourrait créer ses propres synergies. Mais le mouvement Grégoire pourrait aussi bien inciter le MSM à aller dans l’autre direction.

Si l’attitude du MMM est jugée franchement hostile envers le MSM, ce parti préférerait négocier un deal honorable avec Navin Ramgoolam. La démission de Sekar Naidu et son ralliement prochain au MMM pourraient amener les dirigeants du MSM à croire que l’élément confiance entre les alliés potentiels fait cruellement défaut.